Préambule

J'ai vu une fois le spectacle des "3 Horaces". Ce fut sans doute en 1961 ou 1962, à l'occasion d'une réunion nationale des aînés du scoutisme français qu'on appelait alors "Les Routiers" – qui se reconnaissaient grâce à leurs chemises grises ! J'avais déjà vu "Les Frères Jacques" sur scène et avais été très impressionné par leur récital : à mes yeux, ils représentaient le meilleur de ce qu'on pouvait faire sur les planches avec des chansons. En voyant les 3 Horaces et leurs mises en scène absolument originales et différentes, je fus autant époustouflé, et réalisai que l’excellence pouvait être multiforme. J'ai longtemps écouté jusqu'à l'usure leur disque souple deux titres que mes petits moyens m'avaient permis d'acquérir (et de faire signer !) lors du spectacle. (Je l'ai encore, mais il est inaudible...) Et puis, je n’ai plus beaucoup entendu parler des 3 Horaces...

A la fin des années 1990, il m'est arrivé de chiner parmi les vieux vinyles dans les conventions, les marchés aux puces ou les vendeurs spécialisés. Et quelle ne fut pas ma surprise de retrouver chez Philippe Richeux des 45 tours des 3 Horaces, ceux justement que, faute de moyens, je n'avais pas pu acquérir au début des années 60... De recherche en recherche, et avec de la patience, j'ai fini par les retrouver à peu près tous. On ne dira jamais assez ce que l'histoire de la chanson doit à ces collectionneurs et vendeurs de disques vinyles d'occasion. J'en ai alors numérisé (et nettoyé !) les plages pour les transférer sur CD. Ce processus n'était pas encore courant, les cartes-son et les graveurs n'étaient pas encore démocratisés. Mais l'opération a été profitable : elle a permis de réécouter dans des conditions correctes ces chansons oubliées, de distribuer ces titres introuvables à quelques amateurs, au premier rang desquels Christian Stalla, qui n'était pas encore le responsable inspiré de cette collection "Cabaret", ou Paul Tourenne, le benjamin des Frères Jacques toujours intéressé par ce qu'avaient fait ses collègues ! En prévision d'une éventuelle réédition (à cette époque-là, on pouvait rêver, les rééditions CD fleurissaient dans les bacs) j'avais cherché à prendre contact avec l’un des 3 Horaces, François Parrot, devenu cadre à l'ADAMI, pour d'éventuels articles d'accompagnement de la sortie du disque. (Lettre ci-dessous) Je sais que la lettre lui est bien parvenue, mais il ne m’a fait aucune réponse. Participant aussi à une revue de chansons intitulée "Vinyl – Musique Hors Bizness" (dont la première vocation était comme son nom l’indique de créer du lien entre ces accumulateurs d'anciennes galettes en partageant les informations et les trouvailles), j'écrivis en septembre-octobre 2005, retenez bien la date, un petit papier basé sur la discographie des 3 Horaces (et mes souvenirs anciens) et se terminant par : "La qualité de leur passage dans la chanson et l’originalité de leur jeu de scène mériteraient bien une réédition, et un résumé biographique plus consistant. Que tout lecteur qui pourrait nous mettre sur la piste de l'un des membres du trio, contacte Vinyl par les signaux de fumée !" (Article ci-dessous) Un exemplaire du magazine a été envoyé à François Parrot par le rédacteur en chef Robin Rigaut avec un mot d’accompagnement. J’ai constaté que l’envoi était bien parvenu à son destinataire. Il n’y eut aucune réaction, pas même un accusé de réception. J'ai décidé de mettre cet article sur internet, avec quelques autres, sans résultat.

J'avais fini par faire mon deuil d'une quelconque rencontre avec l'un ou l'autre des 3 Horaces, lorsque, en janvier 2008, je reçois un message de Claude de la Caffinière, de passage-éclair en France... et qui repartait en Algérie. Quelques échanges plus tard, on promet de se rencontrer lors de son prochain séjour en France, et puis plus rien. A ce moment-là, je me dis que c’est une occasion manquée.

Le 9 avril 2012, je reçois le message suivant : "Bonjour, Je suis la fille de François Parrot, membre des 3 Horaces. J'ai répondu à vos signaux de fumée de 2005. A bientôt et merci pour cet article si sensible. Sophie Parrot". Sept ans après... La fumée avait mis du temps à faire son périple, mais il ne fallait pas désespérer. Simplement, je m'étonne que ce soit la fille de François qui me contacte, et en recherchant, je trouve la nouvelle de sa mort, début 2011... Après condoléances, nous échangeons nos adresses et numéros de téléphone, on promet de se rencontrer... Et deux semaines après, le 22 avril, autre message : "Bonjour, je suis l’un des anciens 3 Horaces, Michel Orphelin, et je vous remercie de votre sympathique article sur nos exploits de jeunesse… J’ai un peu de "matériel" souvenir. Je ne sais malheureusement pas ce que sont devenus mes anciens partenaires mais, si vous êtes dans la région parisienne, j’aurais du plaisir à bavarder avec vous, à vous rencontrer quelque part. Cordialement. Michel Orphelin" Ils ne s'étaient pas donné le mot ! Le contact là aussi est rapide, et nous programmons une rencontre qui aura lieu chez lui, le 18 mai 2012... J'y enregistre un long entretien pour mon émission de radio, et je suis impressionné par tous les souvenirs et documents qu'il a conservés de cette période... Ce jour-là prend naissance l'idée d'exploiter tous ces trésors dans un livre.

Cette perspective prendra corps progressivement : Michel est partant pour collaborer à l’écriture d’une histoire des 3 Horaces. Il prend contact avec Sophie Parrot qu''il n'avait pas revue depuis plusieurs dizaines d'années, et nous convenons d'une rencontre-retrouvailles chez elle le 20 décembre 2013. Très touchant moment dont je suis spectateur (et responsable !) : le projet de ce livre permet de belles émotions. Au cours de la discussion apparaît la nécessité de retrouver Jean-Claude Sergent et Claude de la Caffinière... Après une recherche compliquée, par l’intermédiaire de sa belle-famille, Michel retrouve Jean-Claude qu'il n'avait pas revu depuis 1966 à la Maison de la Culture du Havre ; grand émoi là encore, et nous pouvons recueillir son riche témoignage chez lui, le 25 février 2014. Claude de la Caffinière, de passage à Paris, sans rien connaître de notre dessein, reprend spontanément le contact établi en 2008. Je lui explique nos perspectives et lui donne les coordonnées de Michel. Ils se fixent un rendez-vous et Michel est submergé par toutes ces impressionnantes retrouvailles. Trop de hasards convergent pour qu’il n’y ait plus d'alternative possible : le livre doit se faire !

François Bellart

 

Lettre à François Parrot :

 

Article dans VINYL :

 

Emissions de radio enregistrées avec Michel Orphelin :

Première émission consacrée aux groupes de chanteurs des années cinquante-soixante, l'entretien avecMichel Orphelin commence vers la fin de l'émission :

Seconde émission consacrée entièrement aux 3 Horaces, la suite et l'essentiel de l'entretien avec Michel Orphelin :

Bonne écoute !

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