Mais, pas naïve, la chanteuse sait qu'un tel amour est rare et exceptionnel et qu'il est illusoire de penser le trouver dès la première rencontre. C'est pourquoi elle chante aussi les essais et les bilans "Pour compter mes hommes / Compte les bagues à mes doigts"(4). Cet amour total est tellement enthousiasmant et attirant qu'il faut en permanence être à sa recherche : il se cache peut-être derrière d'innocentes amourettes, derrière des nuits de plaisir partagé "Est-ce un homme pour une nuit / Est-ce un homme pour la vie"(5), derrière des coups de foudre pour lesquels il faut être disponible "On se trouve, on se sépare, par hasard"(6), derrière des amitiés "…Sur l'amitié / Et même sur l'amour il avait son idée / Mais une idée si avancée / Qu'il fallait d'abord l'expérimenter"(7). Ces amours passagères, ouvrant ou non vers le grand amour, sont donc détaillées dans de nombreuses chansons, sur tous les tons, avec toute la palette des nuances entre gravité et humour.

Et parce que cet amour-là ne peut se vivre qu'avec un homme, on aborde là le morceau de choix de l'œuvre de Sophie Makhno : les hommes. Tout un programme. Ils ne sont pas épargnés : immatures, inconscients, paresseux et lâches, mufles et égoïstes, ils sont habillés sur mesure au fil de nombreuses chansons "J'en trouve partout de ces hommes en paille / Dans mon bénitier dans mon lit dans mon bêtisier"(8) ! Mais curieusement, ces reproches, assez courants chez les auteurs un peu féministes, ne sont jamais appuyés, jamais définitifs. Toujours le texte, la musique ou simplement le ton de voix relativise le reproche et le met en perspective avec les responsabilités des femmes. Et au fond, l'homme est considéré avec un regard tendre et indulgent : l'homme est tel qu'il est "T'es pas tout vilain pas tout beau… / Tu n'es qu'un homme un point c'est tout"(9), mais semble dire la chanteuse, il est indispensable et il faut faire avec, on ne peut s'en passer. A une époque où les féministes pures et dures excluaient les hommes de leur environnement, Sophie Makhno assure qu'elle aime les hommes "Et moi je suis la reine des pommes / Quand j’ suis pas dans les bras d'un homme"(10).


Elle ne les absout pas de leurs défauts, mais semble indiquer qu'il leur manque peu de choses pour qu'hommes et femmes puissent vivre ensemble le plaisir et le bonheur de l'amour et de la vie à deux. Et loin de les vouer aux gémonies, elle suggère que c'est à leur portée.
Et elle ajoute que les femmes, du moins celles qu'elle stigmatise, sont loin d'être parfaites : elles n'ont que les hommes qu'elles méritent ! Elle les décrit comme capricieuses, superficielles "Tu me demandes ma main tu es fou de mon corps / Moi je veux une voiture de sport"(11), trop sensibles, influençables et pas toujours lucides "A chaque fois j'ai tort, je marche, je cours encore / J'arrive pas à penser qu'ils sont bêtes"(12), même si souvent plus responsables !
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