Vous avez sollicité pas mal de monde pour les musiques en particulier… Dans le premier disque, par exemple, il y a Portal, il y a Holmès, des pointures…
Oui, mais ça s'est fait tout seul… Ils étaient des copains… ils faisaient partie de ma vie. Portal, je l'ai eu, comme musicien de séance d'enregistrement, et puis je le connaissais parce qu'il a été notamment parmi les accompagnateurs de Claude Nougaro, à l'époque…

Et ce premier 30 cm, "Pour lui", avec ces chansons "de femme" quel a été son impact ?
Il y avait très peu de femmes auteurs et interprètes. Parce que les femmes portaient un costard qui leur était taillé sur mesure par les hommes, exactement comme leurs fringues sont faites par des hommes. Quand j'ai sorti ce disque, des auteurs compositeurs de chansons que je connaissais m'ont dit "Ah ! mais tu ne peux pas faire ça, une femme ne peut pas dire ça !". J'ai dit "Pourquoi et au nom de quoi ?". Et je ne sais plus sur quelle chanson, Jean Schmidt qui travaillait avec Jean Frédénucci, m'a dit "Mais on ne peut pas dire ça, tu comprends, une femme qui dit qu'elle a un amant, etc… S'il n'y a pas un petit côté un peu "larme à l'œil", c'est impardonnable !" Je lui ai dit "Quoi, c'est impardonnable ? Les hommes qui trompent leurs femmes les trompent avec qui en général ?" C'est ce que reflète tout ce qui a été écrit dans la presse à ce moment-là, avec bravo ou pas bravo… J'ai un superbe article de Claude Sarraute : "Ah, enfin, en voilà une qui dit les choses !". Et Jean Monteaux a dit la même chose et a été interdit de séjour dans la loge de Barbara parce qu'il a, deux fois de suite, écrit dans "Elle" des papiers extraordinaires sur moi ! Lucien Rioux dans "Le Nouvel Observateur", Guy Silva dans "L'Humanité", la même chose. J'ai eu dans "Témoignage Chrétien" et dans "La Croix" des papiers sublimes, mais qui se terminaient par "Mais alors, où va-t-on si les femmes se mettent à dire ce qu'elles pensent des hommes" ! Ce disque a eu un accueil de la presse dont Jacques Souplet, qui était le patron français de CBS et qui venait de chez Barclay, m'a dit "Je n'ai jamais vu une presse pareille pour aucun artiste pour un premier disque".

C'est flatteur !
Oui, mais ça ne lui faisait pas spécialement plaisir parce qu'il n'avait pas tellement envie de me voir me mettre à chanter autrement que pour me distraire, il me préférait comme directeur artistique ! Voilà. Alors à ce moment-là, j'ai fait du cabaret et beaucoup d'émissions de radio, et j'ai eu beaucoup de passages radio, mais la volonté de Jacques Souplet n'était pas de promouvoir ce disque !

Et le deuxième s'est fait dans la foulée ?
Le deuxième, chez CBS, ça a été dans la foulée, oui… Ca a été superbe aussi sur le plan de la presse. Sur le plan des médias, j'ai commencé à faire de la télévision à ce moment-là. Il y avait quand même beaucoup d'émissions de télévision, entr' autres Jean-Christophe Averty, Mick Micheyl qui faisait des émissions le samedi après-midi, et Denise Glaser, le dimanche midi…

Et les disques se sont succédé à grande vitesse… Les quatre premiers 30 cm font un ensemble, où il y a une sorte d'inspiration commune des chansons autour de l'amour, des hommes…pourquoi cette inspiration-là alors qu'après vous avez exprimé d'autres préoccupations, plus environnementales par exemple ?
Mais moi, je n'ai pas du tout la conscience de ça… Pour moi l'écriture est une chose qui est un flot ininterrompu ou interrompu pour des raisons extérieures, mais je n'ai pas eu le sentiment de faire des choses différentes…

Vous avez exprimé ce que vous aviez envie d'exprimer au moment où vous l'exprimiez…
Complètement ! Ce que vous me dites, ça correspond vraisemblablement au fait que, après ce quatrième disque, je suis allée vivre à la campagne, et j'y suis restée pendant treize ans. Donc, moi je n'écris pas les mêmes choses à la ville et à la campagne ; quand on est à l'abri de tout, quand on sait qu'on va manger le lendemain, on n'écrit pas les mêmes choses que quand on n'est pas assuré de ça, c'est tout… C'est circonstanciel ! (rire) !

Donc, à partir de ce moment là, quand vous êtes entrée chez PES, vous n'aviez plus d'autres activités annexes, vous ne faisiez plus que vos chansons ?
Que mes chansons et les chansons pour les autres, pour Colin Verdier, pour Joël Rocher, pour des gens qui ont essayé avec plus ou moins de succès. Colin Verdier a eu une chanson qui marchait très fort qui s'appelait "Avant l'heure, c'est pas l'heure" ! J'ai vécu d'une façon plus qu'honorable pendant un paquet d'années, grâce à mes droits d'auteur…

Et à ce moment-là, on sent dans les chansons que vous avez une inspiration, une expression, plus sereine, et c'est curieux parce que ça se remarque autant dans les musiques que vous ne faites pas toujours, que dans les textes… Est-ce que vous avez une explication là dessus ?
J'ai arrêté de fumer d'abord, ça comptait ça aussi… J'ai vécu dans une autre ambiance, pas au même rythme, comme les gens qui sont partis traire des chèvres dans le Larzac ! je n'ai pas trait de chèvres et je ne suis pas allée dans le Larzac, mais c'était une autre vie.

Vous avez parlé de votre famille, de votre Grand'mère, du mariage de maman, c'est une nouvelle source d'inspiration ?
La mort de ma grand'mère m'a énormément touchée, et j'ai écrit cette chanson-là comme une nécessité, au moment où on peut commencer à en parler.

Et cette nécessité, c'était vis à vis des autres ou vis à vis de vous-même ?
C'était vis à vis de moi-même. Dans les familles chacun voit les autres selon son propre tempérament : j'ai écrit un bouquin sur ma grand'mère, je suis la seule à avoir ce regard-là. Cela dit, ma mère quand elle était encore vivante l'a lu, et m'a dit "oui évidemment, c'était TA grand'mère"… Ma tante l'a lu et m'a dit "Moi j'aurais dit d'autres choses sur maman", je lui ai dit "Oui, mais toi tu aurais parlé de ta mère, moi j'ai parlé de ma grand'mère"… C'est vrai, ma sœur n'aurait pas écrit le même livre sur ma grand'mère, ma fille non plus, c'est clair… On fait pas ça pour sa famille, on fait ça pour sortir un truc qu'on sent devoir sortir…

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