Alors après, il y a eu les enregistrements chez Ibach. Pourquoi avez vous eu envie de faire des reprises dans ce dernier disque chez Ibach ?
Parce que mémé Ibach m'a dit "Tu devrais faire des reprises"… (rire) ! C'est aussi bête que ça ! Je me suis dit "Pourquoi pas ?"… Et j'ai repris des chansons de mes débuts et des chansons qui avaient été chantées par Charles Dumont, par Jean-Claude Pascal et par Barbara…

Donc on arrive en 81 et vous faites votre dernier 45 tours. Est-ce que vous pouvez détailler un peu ce besoin que vous avez eu de faire ce 45 tours et ces chansons-là ?
Il était dans la foulée de ce que je venais de faire… Je n'ai jamais considéré ça comme un dernier enregistrement… Je n'ai jamais eu de plan de carrière. Jamais.
Il y a une chose qu'il ne faut pas oublier là-dedans, c'est qu'il y a eu à l'intérieur de ça un autre fil qui était tout ce que j'ai enregistré pour les enfants, c'est entremêlé…

Alors justement, j'allais vous poser la question : ces disques pour enfants, ils correspondent à quelle envie, à quel besoin, à quelle nécessité ?
L'enfant m'a toujours habitée, fascinée. Tout ce qui a été fait pour enfants, que j'ai vu, lu, entendu quand j'étais enfant, qui m'a touché, je trouve que c'est un émerveillement auquel on se doit d'apporter son témoignage de remerciement. Et c'est comme ça que j'ai fait des chansons pour enfants. Parce que je trouvais, exception faite d'Anne Sylvestre, le paysage de la chanson pour enfants d'une tristesse absolue, d'abord, et ensuite d'une imbécillité parfaite. Et je n'aime pas qu'on prenne les enfants pour des imbéciles.

Et cette construction des disques en mettant après les play-back pour pouvoir faire chanter les enfants, c'était délibéré ?
C'était la suite de conversations que j'avais eues avec des enseignants qui se retrouvaient professeurs de tout, y compris de choses dont ils ignoraient jusqu'au B.A.ba, la musique par exemple ! Alors, pourquoi fausser l'esprit des enfants en leur ânonnant des trucs avec un guide-chant ou je ne sais quoi, et en chantant n'importe comment parce que tout le monde n'est pas obligé de savoir chanter… Et beaucoup d'enseignants, de génération en génération, se sont retransmis ça : quand ça a été réédité sur CD, en 2001, des petites filles qui devaient avoir 7, 8 ans ont dit au garçon qui faisait la promotion : "Je connais ça par cœur !". C'est bien, là : j'ai atteint un but ! j'aurais aimé écrire une chanson qui d'emblée soit considérée comme une chanson de folklore. D'ailleurs, on l'a faite par hasard avec Franklin, avec Des grives aux loups, parce que cette chanson est chantée par des tas de chorales et sur les partitions de chorale, il est écrit "traditionnel" ! C'est superbe ! Ca veut dire que vous êtes rentrée dans l'histoire de la chanson…

Après 81, qu'avez-vous fait comme autres activités ? A partir de ce moment-là vous n'avez plus chanté…
Non. J'ai eu de graves difficultés fiscales, imméritées… J'ai vécu pendant trois ans de rien. J'avais des copains qui m'ont prêté de l'argent que je leur ai rendu, ou qui m'ont prêté de l'argent à fonds perdus : des musiciens, Jean-Claude Pascal, notamment… je cite pas les autres parce qu'ils sont vivants. Et puis j'avais un copain qui avait un restaurant dans la région où j'habitais, et j'allais faire des extras, j'allais servir les communions, les baptêmes, les soirées couscous, etc, et je vivais avec les pourboires : tout ce que j'aurais pu faire d'officiel était saisi. Quand c'est comme ça, on est bien obligé de prendre le maquis ! J'ai eu une grâce présidentielle.

Quand vos difficultés se sont résolues, vous avez pu prendre d'autres activités qui donnaient un revenu officiel…
Je n'avais plus envie de ce métier de la chanson qui était devenu trop marketé, trop un métier de produit, et, en plus, un métier de technologie et plus du tout un métier d’écriture. Donc j'ai fait autre chose…

Suite et fin de l'entretien