Faites de la chanson... (à Arras)

Une fenêtre radieuse s'est ouverte sur Arras en ce début d'été 2006 : il fait beau, il fait doux, comme le chantaient Jacques Grello et Guy Béart. Un joli soleil éclaire les briques et les grès des 155 façades baroque-flamandes des deux places, et le beffroi étincelle. Cet ensemble architectural unique, les flâneries dans les petites rues si pittoresques, les promenades dans les environs remplis d'histoire, justifieraient à eux seuls quelques jours de villégiature. Le Pas-de-Calais a longtemps souffert d'une réputation touristique terne, doublée d'une image culturelle à l'avenant. Eh bien sachez-le, tribus de France et d'ailleurs : cette région est riche et accueillante, et comme un bonheur ne vient jamais seul, si vous êtes friands de cette chanson "ignorée-des-télés-et-des-radios", vous pouvez faire coïncider votre séjour avec Faites de la Chanson en juin ou avec Le 6° Son en octobre à Liévin. Oui, dans la partie septentrionale de notre territoire de chasse, comme dans d'autres contrées, il y a des associations vivantes et dynamiques à l'origine de festivals qui valent bien, par leur densité d'émotions, toutes les démesures des autres Folies !

Bernard Joyet en citait quelques unes sur la grande scène du Casino : Reims-oreille, Chants de Gouttière, A fleur de mots, autant d'associations aussi passionnées que méritantes qui permettent au spectacle vivant de la chanson de continuer d'exister dans les régions, et d'enchanter (dans tous les sens du mot) un public qui ne demande qu'à être conquis. J'ai déjà évoqué Chant'Essonne (dans Vinyl 50). Aujourd'hui, les feux de l'actualité sont sur Di Dou Da, association Arrageoise organisatrice pour la seconde année consécutive de ces Faites de la Chanson au succès grandissant, et dont l'originalité vaut d'être soulignée.

Oh di dou di dou di dou da...

Au départ, au milieu des nineties, c'est un groupe d'amis, amateurs de chansons : on s'échange les disques et les coups de cœur. Vient alors le désir de voir en scène ces artistes, sans avoir besoin de faire de coûteuses expéditions dans d'improbables petits lieux parisiens ou lillois. Pour cela, il faut des salles, un budget, des infrastructures et des bénévoles pour l'organisation : ainsi naît Di Dou Da qui informe sur les spectacles, trouve des lieux, programme quelques artistes locaux ou non (en fonction de ses finances) et édite une petite feuille Chanson Plaisir ! Et ça marche ! Avec les moyens du bord et quelques petites subventions, l'association prend de l'essor. En 1999, elle franchit l'étape qui lui donnera toute son originalité : elle s'enrichit d'une branche Plaisir de chanter qui s'associe avec A corps voix de Christian Camerlynck et organise avec lui et le pianiste Jean-Paul Roseau des stages pour les amateurs qui veulent chanter des chansons du répertoire devant le public. A partir de ce moment-là, Di Dou Da sera une planète à deux pôles (et qui tourne très bien) : les amateurs de chansons et les amateurs de chanter. Les manifestations de l'association sont en général en deux parties : une première où les amateurs de Plaisir de chanter produisent devant le public le fruit de leurs répétitions, accompagnés par Damien Nison, (devenu aussi le pianiste de Françoise Kucheida), et une seconde consacrée à l'artiste programmé. En 2005, pour son dixième anniversaire, elle organise, dans la foulée de la Fête de la Musique, la première Faites de la Chanson avec Anne Sylvestre comme marraine et vedette. A l'occasion des différents spectacles, les amateurs du club Plaisir de chanter montent sur scène, et de nombreux artistes (Romain Didier, Françoise Kucheida, Presque Oui, Goun, Bernard Joyet, et tant d'autres) viennent apporter leur concours l'espace de quelques chansons, l'ensemble étant animé par un Christian Camerlynck volubile et passionné.

Et malgré les imperfections d'une formule en gestation, le succès est là, et la municipalité d'Arras y voit une manifestation qui favorise son image.

Forte de l'expérience passée, encouragée par la ville, une seconde Faites de la Chanson a été organisée cette année, et, malgré la concurrence du football, le public est au rendez-vous, alléché, il est vrai, par le prix du passeport (15 €uros) qui octroie l'entrée à tous les spectacles : plusieurs centaines de spectateurs par soirée ! Sans compter tous ceux qui ont fréquenté ça et là les ateliers d'écriture, les ateliers de chant, les scènes ouvertes ou la boutique du Loup du Faubourg venue le temps du festival proposer ces disques, livres et revues définitivement absents des rayons des Hypers locaux (l'année prochaine, promis, il y aura VINYL !). Ces Arrageois et leurs voisins n'ont pas regretté leurs soirées. Côté artistes professionnels, ils ont découvert Céline Caussimon, Agnès Bihl, Bernard Joyet et retrouvé Romain Didier, parrain de la livraison 2006.

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