Les têtes d'affiche...

Céline Caussimon a prévenu d'entrée que tout n'était pas à prendre "dans le sens de la marche", c'est à dire que ses chansons devaient être appréhendées par diverses facettes : les spectateurs ont suivi, considérant chaque titre de ce patchwork avec un angle différent du précédent, et faisant un joli succès aux étoiles de cet univers spécifique. Et même si les conditions de sa prestation n'ont pas été les meilleures, la diction précise de la comédienne, sa voix puissante (surprenante par rapport à ses premiers disques) et le jeu de ses longs bras ont emporté l'adhésion du public. On attend son prochain CD pour mieux apprécier encore toute la diversité de cette inspiration poétique et musicale.

Agnès Bihl, pas encore très connue dans toutes les régions, fut une révélation pour la majorité des festivaliers. Son énergie et son sens de la scène ont vite fait oublier sa tenue particulière. Mais surtout, ce sont ses chansons qui ont marqué : chacune focalise l'attention sur une situation, un personnage, un âge de la vie ou une colère, tantôt avec un humour grinçant mais efficace (les rires des spectateurs en témoignent), tantôt avec une gravité telle que la qualité du silence de la salle était impressionnante, et que les gens, touchés direct, en oubliaient d'applaudir, l'artiste enchaînant tout de suite. Le répertoire était essentiellement celui de son dernier CD (voir Vinyl 47) dont le stock fut épuisé en un clin d'œil à l'issue du spectacle. Elle y ajoute quelques chansons assez dramatiques (évoquant le viol collectif, l'inceste, l'accident de la route) qu'on a hâte de réécouter dans un prochain disque, et qu'elle devrait en attendant mettre en MP3 sur son site actuellement en plein chantier ! Une petite remarque amicale à la chanteuse : lorsqu'elle va, comme c'était le cas, conquérir un nouveau public qui ne connaît pas ses chansons à l'avance, il faut que le spectateur puisse non seulement comprendre les textes, mais encore avoir le temps d'en saisir la subtilité sémantique ; cela implique de chanter moins vite et de tempérer l'amplification des musiciens dont le volume a tendance à couvrir la voix !

Bernard Joyet a incontestablement donné le spectacle le plus marquant de ce festival pour tous ceux (et ils étaient majoritaires !) qui ne le connaissaient pas. Pour s'en convaincre, il suffisait d'écouter les gens à la sortie, ils ne trouvaient pas les mots pour décrire le bonheur que leur avait apporté cette soirée. Et la réserve (insuffisante à satisfaire les demandes !) de son dernier disque fut soldée sur l'heure : il n'en finissait pas, avec Nathalie Miravette, de signer des dédicaces ! Ce fut le spectacle parfait, modèle du genre, équilibres sonores, diction de l'artiste tout était agencé pour le plaisir du public. Bernard Joyet, au meilleur de sa forme, alternait les séquences, déchaînant le rire de la salle, et ménageant des moments graves lorsque ses chansons évoquent par exemple la maladie ou la vieillesse. Et la sémillante Nathalie Miravette, exceptionnelle pianiste, très complice et spontanée, lui donnait la réplique musicale toujours juste ! Le talent et la connivence des deux artistes a créé immédiatement avec les quelques centaines de spectateurs un contact qui s'est maintenu deux heures sans faillir, belle performance !

Romain Didier, pour les Arrageois, n'était pas un inconnu, et son tour de chant hyper-généreux (27 chansons !) s'adressait visiblement à son public. Il y a cherché des couleurs et ambiances nouvelles pour ses chansons, au risque de privilégier le spectacle musical à la clarté des mots, les textes étant supposés connus des spectateurs. C'est un choix qui a pu déconcerter ceux qui venaient pour le découvrir. Ces derniers pouvaient être d'autant plus alléchés que l'après-midi, sur la scène et devant un public nombreux pour ce type d'événement, il était finement interviewé par Serge Levaillant. Il y parlait justement de son travail avec les auteurs de textes (Allain Leprest, Pascal Mathieu) dans un objectif de perfection formelle, et soulignait que cette qualité de construction paroles et musique d'une chanson était un élément important pour son appréhension par l'auditeur. Il ajoutait son plaisir de faire des concerts, de communiquer avec le public pour, si peu que ce soit, faire partager ou avancer quelques idées défendues dans les chansons. Cet entretien d'une heure chrono a été illustré de cinq titres chantés par des amateurs vibrants d'intensité, et leur interprétation du Fou De Bassan ou du Regard De Vincent a fait redécouvrir l'émotion et la profondeur qui parcourt l'ensemble du vaste répertoire de Romain Didier. Une superbe initiative.

Suite et fin de l'article