Un soir à Janvry,

Isabelle Faës & Michel Arbatz

Janvry, un petit patelin, au sud d'Orsay, aux portes de la vallée de Chevreuse... Quel vent peut bien pousser une petite plume de Vinyl à aller se perdre sur ces petites routes ? Simple ! Une association d'une rare obstination et d'un militantisme à toute épreuve y voue au service de la bonne chanson un véritable sacerdoce. Elle y tient une bibliothèque, édite un petit mensuel "Chant'Essonne" tiré à mille exemplaires et lu dans toute la France, et surtout tente d'y produire régulièrement des artistes rares et/ou précieux. Le 21 janvier 2006, Isabelle Faës et Michel Arbatz faisaient les deux parties du spectacle dans cette grange de pierres calcaires, aménagée par la commune en une jolie salle de spectacle.

Isabelle Faës, les lecteurs la connaissent, au moins de nom ! Notre Sachem avait chroniqué son premier CD (N°30) et Vinyl avait osé récidiver (N°36) en cherchant plus avant ce que recelaient ses chansons d'inspiration et de facture originale. Une fois passée la période d'exploitation de ce premier disque, l'artiste a pris un peu de recul, et entre ses activités de professeur de musique et de chef de chœurs, a laissé mûrir de nouveaux titres qu'il nous tardait d'entendre ! On n'a pas regretté le déplacement ! Ces nouvelles chansons sont extraordinaires de densité et de maturité et ont l'empreinte de l'inspiration renouvelée de la quadragénaire. Mine de rien, elles interrogent sur le sens à donner aux épisodes de la vie, par exemple sur la signification des festivités ampoulées liées à Noël (Noël), ou sur la vanité de ces cartes stéréotypées envoyées des lieux de vacances (Cartes Postales) ou encore sur l'absurdité de l'oisiveté mortifère des gens agglutinés l'été sur un banc (La Place) ou enfin sur la perversité de cette attente qui remplit la vie : "Chaque moment ne pèse que par le suivant / Qui l'éclaire à rebours en lui prêtant vie" (J'Attends). Elles recherchent les solidarités imposées aux femmes par leur physiologie (Rouge). Elles évoquent avec une grande délicatesse la solitude du veuvage et la double vacuité, celle de l'absent et celle de son culte (De Ce Côté Du Lit). Enfin, il y a dans ce nouveau répertoire une superbe chanson de reconnaissance à l'amour sur le long terme, que tout homme dans son profond intérieur souhaiterait qu'elle ait été écrite pour lui par sa compagne : "Quand ma nuit déraille / Que se rouvrent les failles / Tu verses la passion / Et la vie qui tressaille." (Depuis Toi). Les textes sont d'une saisissante beauté poétique, et les musiques, classiques et travaillées, les enluminent par la voix claire et élevée de la chanteuse. Sur scène, Isabelle Faës, est accompagnée par le violoncelle complice d'Anne Moreau et par son pianiste de toujours Laurent Bres ; surmontant ses angoisses avec brio, elle a construit un tour de chant où l'humour alterne avec la gravité, où l'exposition est déterminée par une mise en valeur spécifique au service de chaque chanson. C'est magnifique, et pour un spectacle de retour, c'est quasiment un sans-faute ! On aimerait, en cadeau pour les fêtes de Noël par exemple (!!), un disque qui nous permettrait de réécouter tranquillement ces chansons devant la cheminée.

Après l'entracte, Anne-Marie et Francis Panigada, les infatigables animateurs de Chant'Essonne, ont brièvement exposé les difficultés actuelles qui obligent à surseoir à certains spectacles, et motivent une réflexion sur le fonctionnement de l'association. Puis, ce fut le tour de Michel Arbatz d'occuper la scène avec son pianiste Roch Havet.


Décrire la prestation de cet artiste est pratiquement mission impossible. C'est un foisonnement ininterrompu de chansons, de monologues et de sketches dans lesquels les mots sont triturés dans tous les sens, toujours avec l'objectif de pourfendre la médiocrité et d'exalter la générosité. Le spectateur est scotché sur son siège, sous le charme et l'humour de ce chanteur, diseur, presque rapeur (sans l'attirail sonore du genre, mais avec un piano très présent et très musical !). Michel Arbatz est de la famille des Gérard Morel (qui était ce soir-là dans le public en connaisseur !), Vincent Rocca et autres Boby Lapointe, autant dire qu'il est jubilatoire d'un bout à l'autre de son spectacle, et qu'on ne voit pas le temps passer !

La qualité de tels spectacles amène à souhaiter que se multiplient les associations qui les proposent. Certaines existent aussi en province où elles drainent un public de fidèles qui s'étoffe par le bouche à oreille, et prouvent à qui en douterait que la chanson de qualité a encore un énorme potentiel d'amateurs.

François BELLART - Février 2006
VINYL N°50 - Janvier-Février 2006, page 26

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Ce soir-là, quelques adhérents de "Tranches de Scènes" s'étaient donné rendez-vous pour le dîner et le spectacle... Il en est resté quelques photos-souvenirs que vous pouvez visionner .