Francofolies à Montréal,

chanteurs francophones et public québécois,

impressions d'un festivalier anonyme.

Quand visage pâle lui raconte qu'il se rend au pays d'origine des Attikameks et des Algonquins, des Hurons et des Abenakis, le Grand Sachem redresse sa coiffure de plumes et parle : "Hugh ! va écouter les cris de guerre en forme de chansons à la gloire des grands manitous francophones, qu'on pousse là-bas aux Francofolies de Montréal en plein cœur du territoire Mohawks ! rapporte-nous comment se portent les totems de ces lieux, et leurs successeurs potentiels ! et donne-nous des nouvelles de nos frères Québécois réputés incomparables amateurs de chansons de notre bonne vieille langue française. J'ai dit !". De retour sur le Vieux Continent, je rapporte fidèlement au Grand Chef mes observations...

Quelques perceptions très personnelles pour commencer. C’est cher les Francofolies : 270 $ canadiens, soit environ 170 € par personne, pour sept soirées et il n’est pas prévu de formule globale plus avantageuse ! les places ne sont même pas numérotées, il faut être là au moins une heure avant le début du spectacle pour avoir une chance d’être placé correctement. Certes, il y a aussi de très nombreux concerts gratuits soit en salle qui se terminent trop tard pour avoir le dernier métro, soit en plein air l’après-midi, debout au milieu de la cohue et/ou de la pluie : pas les conditions idéales pour découvrir de jeunes talents coincés entre des groupes aux décibels tonitruants... Autre particularité locale, l’ensemble des salles et des podiums se trouve autour d’un secteur de la rue Sainte-Catherine, à l’endroit le plus mal famé de la ville. Comme si, à Paris, c’était boulevard Clichy ou rue Saint-Denis ! A la sortie des spectacles, pour regagner la station de métro, on se fraye une piste entre squaws aux cuisses amènes et papooses ayant abusé de l'eau-de-feu ou des herbes-de-la-prairie, et qui occupent les trottoirs et les nombreux terrains vagues du secteur séparés par des tipis où d'autres squaws se déshabillent de leurs peaux de bêtes ! question "image" on fait mieux ! mais on est venu pour la chanson, alors allons-y !


Les icônes Québécoises

Si je n'étais pas aller voir Plume Latraverse, le Grand Sachem ne me l'aurait pas pardonné ! Il arpente, plume au vent, les plaines et les scènes québécoises depuis tant d'années, qu'il me fallait le visiter sous son tipi de la salle du Métropolis de plus de 500 places. Hélas, avec ses "musiciens" il s’est comporté comme un groupe vieillissant de papy-rockers, avec des solos éculés de guitares saturées, et un recours à l’électricité amplificatrice en guise de musique. Paroles mâchonnées, empêtrées dans sa barbe, incompréhensibles, sauf pour les initiés de son public qui étaient en masse dans la salle et connaissaient tous ses signaux de fumée ! je les ai laissés à l'entracte finir sans moi leurs danses et leurs chants rituels !

Je me suis alors rendu dans un autre tipi, le Club Soda qui mérite bien son nom : son ambition est de faire boire, et boire encore ; les serveurs passent et repassent inlassablement entre les tables et négocient les eaux-de-feu pétillantes importées des tribus Etatzuniennes voisines, sans le moindre souci de l’artiste ! ce jour-là, assis seul en scène, un chanteur gaspésien très connu au Québec, Kevin Parent. Il chantera environ 25 chansons en s’accompagnant avec conviction à la guitare, devant un jeune public acquis d’avance. Je n’ai pas compris tous les textes, et la faute en est partagée : une part au sonorisateur qui amplifiait outrageusement la guitare et, ce faisant, masquait la voix ; une part aussi à l’artiste qui n’articulait pas toujours bien (mais pourquoi l'aurait-il fait puisque le public savait par cœur ses chansons et les chantait avec lui ou à sa place !) ; une dernière part enfin à ma méconnaissance des subtilités du joual, très utilisé dans ses chansons. Comme ses musiques et ses rythmes varient entre rock, blues et ballades, ses textes expriment avec de jolies formules tantôt l’amour, le désir ("Il faut pas m’en vouloir, si je veux te revoir encore et encore"), l’amitié ("Je veux être ton ami, une amitié sincère porte toujours ses fruits"), la solidarité ("Si c’était vrai seriez-vous prêts à venir nous donner un coup de main"), mais aussi la consternation, le désamour, la lassitude ("Demain je recommence à continuer"), le besoin de se poser ("J’aimerais prendre le temps de faire la paix avec quelques souffrances"), l’envie de suivre d’autres chemins, le manque de ressort ("Ce que je pourrais faire pour chasser l’ennui, au lieu de boire tous les soirs en regardant passer ma vie"), voire la résignation. On avait la sensation palpable d’une communication (pour ne pas dire une communion) entre une jeunesse québécoise et un de ceux qui exprimait son vécu dans son propre langage.


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