Barjac 2008, premier message

27 juillet 2008, 20 heures

Bonjour à toutes et tous
Je me propose de vous faire chaque jour si les festivités et la chaleur m'en laissent le temps, un petit point sur mes impressions de festivalier de base, plus ou moins incognito (de moins en moins d'ailleurs, car au fil des années les relations se nouent, les contacts se retrouvent ou se renouvellent, et les retrouvailles sont au rendez-vous avec tout leur lot de "qu'est-ce que tu deviens ?", "connais-tu untel ou unetelle qu'on va voir un de ces jours ? ou "Qu'as-tu pensé de tel ou tel spectacle ?", cette dernière question étant souvent posée avant que l'interlocuteur ne dévoile lui-même ses propres appréciations, ce qui induit toujours une première réponse prudente). Je vais essayer de tenir le cap, en pensant à celles et ceux qui n'ont pas pu venir pour des raisons économiques, familiales ou de santé ! Les autres de la liste qui ne sont pas intéressés peuvent zapper.
Je vais essayer d'être bref, ce seront mes premières impressions, susceptibles d'être remises en cause au fur et à mesure des jours, avec la comparaison, la réflexion, voire la discussion. Et les avis divergents, les analyses aboutissant à des conclusions différentes sont toujours bienvenues : la confrontation des idées est indispensable à tout progrès de la connaissance quelle qu'elle soit !

D'abord la soirée d'hier, la première prestation du festival si on exclut les 4 chansons québécoises par la chorale de Barjac au cours de la cérémonie d'ouverture.
Beaucoup de chansons, et surtout une bonne moitié de chansons québécoises peu connues, chantées à tour de rôle par Rémo Gary, Paule-Andrée Cassidy, Christiane Raby, Hélène Maurice, Jacques Bertin, France Léa, Steve Normandin, Moran, Jofroi et j'allais oublier Anne Sylvestre... Impression d'ensemble favorable, ces chansons québécoises choisies dans tout le répertoire de La Bolduc à Sophie Anctil en passant par Vigneault, Leclerc, Pauline Julien, etc..., sont variées, très diverses dans leurs musiques et leurs textes et représentent vraiment une entité complète et non un sous produit francophone. Moi j'aime découvrir ou redécouvrir ces chansons. Pour l'interprétation, je vais distribuer mes bons points. D'abord les interprètes de métier, dont la prestation sort immédiatement du lot : ils savent leur texte sur le rasoir et savent le mettre en valeur par leurs intonations et leur gestuelle. En haut de l'affiche, Paule-Andrée Cassidy, subtile interprète, très sensible à ce qui marche et ce qui ne marche pas dans l'interprétation d'une chanson, et qui évidemment était impeccable. Juste derrière Hélène Maurice qui joue beaucoup avec sa superbe voix... Tout ça c'était du très haut niveau. Steve Normandin a beaucoup plu tant il sait se couler dans les climats différents de chansons et passer du piano à l'accordéon sans sourciller et avec le même brio. Rémo Gary est entré dans les chansons (un Lomer d'anthologie) et les a faites siennes au point que chacun pouvait penser qu'elles faisaient partie de son propre répertoire. Jacques Bertin a très bien joué de sa sobriété et de son respect du texte et des intonations de Félix Leclerc. Anne Sylvestre, très courageuse de s'attaquer à des chansons longues et peu connues, les a défendues avec conviction, c'était bien. Jofroi a donné de l'amplitude et une perspective différente à des chansons assez connues. Moran était une découverte pour moi et a choisi des interprétations minimalistes, sans doute très proches de l'esprit du texte de Léonard Cohen (mais c'était en anglais et après les km de la journée, j'ai eu un passage à vide !). Voix très forte de Christiane Raby, évoquant les chanteuses québécoises en vogue, pas vraiment convaincante. France Léa, très investie, a été très applaudie, mais elle avait pris peu de risques avec des chansons très connues de tous : Le Tour de l'Ile, Frédéric, et La Manic si j'ai bonne mémoire. Voilà. Pour les intéressés, j'ai la liste complète avec les interprètes et les auteurs !
Au delà des prestations individuelles, le spectacle faisait un peu défilé... Il manquait du liant, un fil directeur, une sorte de dynamique qui a eu bien du mal à s'enclencher. Mais, pour une première soirée, quelque chose d'original qui lançait le festival !

Aujourd'hui, les après-midi.

Julie Rousseau a été proprement massacrée par le sonorisateur : l'amplification du violoncelle, de la guitare et parfois même de son propre piano a masqué sa voix, qui est pourtant superbe, et n'a pas permis de saisir les phrases de ses textes souvent subtils dont les clés se trouvent çà et là au détour de tel ou tel vers. Si on ne saisit pas les paroles, on ne peut en trouver le sens, il est alors évident que la chanson paraît plate et dénuée d'intérêt, et la chanteuse une "midinette à voix" de plus... Un vrai gâchis... Et pourtant, cette belle chanteuse à la voix émouvante chante très bien la transition de l'enfance à l'âge adulte, les émotions de l'amour ou de la rupture, et a un regard d'adulte sur les émotions de l'enfance, et découvre les émotions d'adulte avec un regard d'encore enfant ! C'est très beau, même si évidemment c'est sûrement une étape dans son parcours. Elle viendra à Arras en Janvier, et j'espère qu'on lui dira de modérer l'ardeur amplificatrice de ses sonorisateurs. Et puis 3/4 d'heure de spectacle... C'est quand même un peu juste : elle avait encore des chansons dans son répertoire et dans son CD qu'elle n'a pas chantées. Pourquoi ? Le type même de l'occasion à moitié ratée. J'espère qu'elle sortira un disque bientôt qui fera le point sur la totalité de ses propres chansons et qui remettra la trajectoire dans le bon sens.

Steve Normandin, alors lui, il m'a réconcilié avec l'accordéon comme accompagnement de chansons. Je connais bien des artistes qui s'accompagnent très crin-crin et qui pourraient en prendre de la graine. Il chantait avec bonheur ses propres chansons et c'était un vrai régal : le regard d'un homme sur l'importance de la musique dans sa vie, et comment cette musique lui a permis plus ou moins d'échapper à un condition ordinaire et de pouvoir exprimer les souvenirs d'enfance, les regrets adolescents, les vicissitudes de la vie, la mort, et ceci tantôt par l'humour et la dérision, tantôt par le poignant... Un vrai phénomène de scène ce Steve Normandin, quelqu'un à ne pas rater : un homme + un accordéon + une vie + la musique = la palettes des émotions en chansons !

20 H 40. Il me faut manger un morceau, mettre un pantalon et aller au château : Paule-Andrée Cassidy et Gérard Pierron.

A demain

François

Barjac 2008, second message

28 juillet 2008, 20 heures

Quelques lignes histoire de ne pas prendre de retard...
Paule-Andrée Cassidy en première partie de la soirée d'hier a été une fois de plus royale. Cette femme a le sens de l'interprétation juste, à chaque fois. Elle m'évoque Pauline Julien ou Juliette Gréco pour ses qualités d'interprète. Et quand ses choix de chansons sont on ne peut plus judicieux et originaux, et l'enchaînement du spectacle travaillé avec minutie, on assiste à un TRES grand moment. Inutile de dire que j'étais subjugué, son spectacle était un quasiment sans faute, réalisé avec l'économie de moyens d'un seul piano (Bruno Fecteau, impérial), au service de l'immensité de leurs deux talents. Je me demande quelle espèce de mesquinerie a fait ne lui laisser qu'une première partie, ce qui l'a obligé à des coupes sombres dans son répertoire qui méritait une seconde partie à part entière... Petit détail émouvant : les premières chansons ont été accompagnées des pleurs de leur petit Pierre (un an) que l'on emmenait promener pour lui faire trouver le sommeil... De quoi déstabiliser les parents... qui n'en ont évidemment rien laissé voir !

A l'entracte, quelques mots avec Julie Rousseau. Il paraît que pour la seconde session du spectacle, le son a été mieux réglé. Qu'il ait fallu un contingent de spectateurs sacrifiés pour qu'on se rende compte de l'abomination du réglage du son pose la question de la compétence du sonorisateur ! Dans un festival tel que Barjac, c'est quand même inquiétant. Autre question, la durée : c'est Jofroi himself qui avait insisté pour que ce ne soit pas trop long, donc elle a élagué, peut-être un peu trop ! Une jeune débutante à Barjac, on aurait quand même pu la conseiller un peu mieux ! Enfin, la pauvre Julie, en inaugurant les après-midi du Lion d'Or, s'est bien colleté un essuyage des plâtres qu'on aurait pu lui épargner !

Après l'entracte, Gérard Pierron entouré de pas moins de 13 musiciens, et c'est parti pour une heure trente de chansons dont cette fois la plénitude ne se trouvait pas dans l'interprétation, certes sans faille de Gérard Pierron qui a fait preuve d'une belle mémoire pour cette suite impressionnante de textes, mais surtout dans l'habillage musical avec des instruments divers, de la bombarde au cor de basset en passant par la vielle, l'alto, la guitare et les accordéons, j'en oublie... Toute cette musique avait un petit côté Malicorne (les anciens se souviendront !) mais donnait de la chaleur et de la grandeur à un répertoire allant de Gaston Couté à Allain Leprest en passant par Louki, Riffard, Céline Caussimon et plein d'autres qu'il faudrait des pages pour citer. D'ailleurs, suprême élégance, un feuillet avec tout le programme, les auteurs, les arrangeurs, les musiciens et les techniciens était distribué à l'entrée, et il faut encourager ce genre d'initiative. La grande qualité de ce spectacle fut de faire cohabiter dans une même coque musicale impressionnante des auteurs anciens et plus nouveaux, les générations étant regroupées par la magie de cette musique : visiblement Gérard Pierron était ravi de donner ce spectacle et nous contents de cette fête musicale.

Aujourd'hui, la journée commence bien : après une conférence de Jean Dufour sur Jacques Douai auquel il vient de consacrer un livre, remise du prix Jacques Douai, d'une part à La Maison Pour Tous de Beaucourt qui oeuvre inlassablement pour programmer de la chanson, et d'autre part à Rémo Gary. En récompense, sous le soleil, il nous a donné trois chansons à la guitare : une chanson de Jacques Douai circonstance oblige, "Filet Crevé", et deux nouvelles de son cru dont je ne vous dis que ça : "L'hiver indien" et une autre dont je n'ai pas le titre (il ne l'a pas donné !), qui furent écoutées dans un silence impressionnant avec une admiration et une émotion immédiatement traduite par des applaudissements nourris qui ont visiblement touché l'artiste. Rémo Gary a cette sorte de charisme personnel qui fait que dès qu'il commence à parler ou à chanter tout le monde se tait... Et on ne fait pas silence pour rien, ses mots qui se choquent et qui assurent le glissement des idées et des images forment des rivières de poésie dont il faut suivre la sinuosité pour en apprécier la beauté. Ne manquez jamais Rémo Gary !

Cet après-midi, belle découverte au Lion d'Or : Christiane Raby, une québécoise à la voix puissante mais à l'univers personnel de belle qualité. Son répertoire de chansons de révolte personnelle est chanté surtout à la guitare où elle s'essaye parfois au blues. Les chansons plus romantiques ou nostalgiques sont défendues au clavier ou très audacieusement a capella, et c'est très beau, très prenant. Comme quoi, même après une première impression un peu à côté en qualité d'interprète, il fallait se laisser aller à l'aventure de son spectacle pour apprécier son petit monde de chansons qui ne peut que se bonifier. J'ai hâte de réécouter son Cd à tête reposée après le tourbillon de Barjac.

Aux Capucins, l'inimitable Hélène Maurice qui fait un spectacle plein avec Félix Leclerc, textes et chansons, et des interprétations qui donnent une autre dimension à Leclerc, chanté avec personnalité par une femme. Et on s'aperçoit alors que les chansons de Leclerc, comme celles de Brassens, et au contraire de celles de Brel ou de Barbara, ont été livrées par l'artiste brutes de décoffrage avec l'accompagnement guitare minimal, et avec l'air de vouloir dire : voici mes chansons, prenez-les, chantez-les, habillez-les, faites-les vivre des vies innombrables par tous les interprètes qui les prendront en charge... Hélène Maurice donne aux chansons de Leclerc, même les plus revendicatrices, de la fantaisie et de l'humour, et surtout de l'universalité. Une bien belle interprète, Hélène Maurice, un charisme sur scène, une fantaisie et une bonne humeur qui font oublier la chaleur et rendent le spectacle trop court !

Ca y'est, je suis à jour. Il est bientôt 21 heures, et des nuages apparaissent dans le ciel : il faut enfiler un pantalon et prévoir le poncho, on ne sait jamais ! Sur le grande scène, Moran et Mon côté punk, je m'attends à un contraste saisissant !

A demain. je vais essayer de me brancher pour ne pas laisser s'accumuler tout ça !

François

Barjac 2008, troisième message

29 juillet, 15 heures quelques mots avant la sieste

Alors hier soir, j'ai eu raison, il est tombé quelques gouttes sous le coup de minuit et demie, juste de quoi affoler les techniciens, mais pas de quoi même sortir un imperméable. Et ce matin, le temps est au beau fixe.

La soirée était effectivement très contrastée, de quoi démobiliser les aficionados de la chanson bien lissée.
On commence par Moran, avec son éternel bonnet sur la tête, avec cette chaleur lourde, il m'a donné chaud ! Perché sur son tabouret de bar et sur trois (peut être quatre) accords de guitare, il nous a chanté avec une voix un peu rauque, à la limite du blues, ses chansons qui décrivent ses états d'âme à coups de jolies formules dont il fait parfois une répétition immodérée. Les textes sont beaux et agréables à écouter, mais curieusement, sauf cette impression de belle plume, ils échappent à la mémoire. A côté, son complice guitariste donnait un peu d'épaisseur et de rythme à un accompagnement minimaliste. Au milieu de ses propres chansons, un "C'est extra" de Léo Ferré minimaliste et retour à la densité du texte, qui a bien plu. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Kevin Parent, autre québécois qui défend un répertoire immense seul sur scène avec sa guitare, et qui a une audience incroyable au Québec, les jeunes fredonnent chacune de ses chansons dans la salle. Moran est dans la même lignée de jeunes ayant besoin d'exprimer leurs amours ou leurs amertumes au rythme lent du Saint-Laurent, et qui trouvent un écho chez les jeunes... C'est à connaître... Ce n'est pas désagréable, mais on ne saute pas au plafond !

Après ça "Mon côté punk", là encore, il fallait écouter avec humilité, même si, de prime abord ce n'était pas ma tasse de thé... C'est sonore, c'est rythmé, c'est festif, huit sur scène avec des cuivres, des guitares et une batterie bien boum-boum. Les textes sont de Leprest, Lantoine, Dimey, etc..., un peu râpés, un peu écorchés aussi... Et ça déménage question rythme, agitation sur scène, flot de paroles... De temps à autre ils invitent une fanfare du coin qui arrive avec dix bonshommes armés chacun d'un cuivre, je vous dis pas... et pourtant, le son était bien réglé, jamais cette impression d'assourdissement. Voilà. Il faut avoir vu ça une fois dans sa vie pour savoir de quoi il s'agit, les ingrédients qui plaisent aux plus jeunes, et surtout, la perspective de pouvoir l'éviter en connaissance de cause si l'occasion se présente. Et, croyez-moi si vous voulez, j'ai fini par me laisser gagner par le plaisir de ce spectacle échevelé, par cette musique pas trop mal dosée, je suis pas parti à la troisième chanson comme certains, et j'ai été récompensé par une jolie ballade en fin de spectacle, histoire de laisser des ouvertures...

Ce midi, petit apéro sans objet qui m'a permis de rencontrer cette superbe interprète qu'est Hélène Maurice !

En attendant, un petit roupillon, car les nuits sont courtes !

19 heures, je reprends entre douche (indispensable) et restauration rapide...

Je viens de vivre deux séances d'après-midi de grande qualité.
D'abord Coko. Une bonne surprise comme on aime en trouver à chaque fois ! Un jeune homme à l'écriture pleine de promesses et à l'inspiration très actuelle et en même temps éternelle. Il part de situations vécues par les jeunes, et les prend à son compte dans des chansons bien troussées sur la solitude, l'amour, le monde actuel, les anciens, l'écologie, et j'en passe, et il en fait des chansons qu'il défend sur scène de façon originale, accompagné par divers instruments dont, pas banal, un hautbois du plus bel effet sur un pastiche de rap ! Le contact avec le public est quasiment immédiat, il fait juste ce qu'il faut, sans exagération ni mauvais goût. les chansons sont souvent bien construites et très agréables, pas prises de tête, mais pas innocentes non plus, il y a toujours un vécu derrière qui, si vous êtes honnête avec vous-même, vous rappelle quelque chose ! Voilà un type qui, comme Julie Rousseau autre promesse, mériterait de tourner et de faire connaître son spectacle !

Ensuite Jean-Michel Piton. Et là, on est dans un autre registre, celui de la puissance du verbe, des mots et des vers, de la puissance aussi de la voix lorsqu'elle déclame ou récite, et surtout lorsqu'elle chante. Piton est un peu une idole à Barjac, et à juste titre, il ne reste plus un strapontin libre dans la salle et les applaudissement roulent interminables entre chaque chanson. Il s'apparente selon moi, à Alain Aurenche (pour ceux qui s'en souviennent), Léo Ferré ou même Rémo Gary pour son plaisir d'accéder aux idées par les jeux de mots. Son spectacle est une forte tempête où la musique de l'océan déchaîné frappe les rochers de mots, et l'homme a l'éternité des ressuscités de la médecine et l'énergie sans limite que donne la scène et un public porteur. Je n'avais jamais vu Piton sur scène, et vraiment c'est quelque chose.

Jusqu'ici, les après-midi de Barjac nous ont donné de bien belles émotions !

A la prochaine

François

Barjac 2008, quatrième message

30 juillet, 14 heures trente.

La soirée d'hier a recueilli des avis très différents
En première partie Fred Radix, guitare, basse, tout électrique (le public a immédiatement demandé de baisser les basses !!!) et batterie... Une entrée en matière rentre dedans avec une chanson sur le festival de Barjac (il doit changer régulièrement les paroles) et un bon à propos dans les relations avec le public qui suit et a du plaisir. Des chansons qui poussent le bouchon, évidemment pour dénoncer (La chasse !), mais on a connu plus subtil... C'est un bon moment de rire, de sourire et de bonne humeur car les trois lascars savent trouver des idées scéniques originales (le salut en forme de mouvement de gymnastique et la sortie de scène sont bien cocasses !), on ne s'ennuie pas ! Au delà, je n'ai pas l'impression que la réécoute des chansons soit de nature à nous y faire trouver des émotions fines et une poésie nuancée...

Et puis Nilda Fernandez, seul avec sa guitare et sa voix si particulière, mais belle et d'une tessiture étendue sans forcer... Il fallait entrer dans son monde et sa géographie à la fois française et espagnole, avec les deux langues et le goût des voyages et des rencontres, tant en Amérique du Sud qu'au Québec avec les innus. Ces chansons, assez répétitives dans les textes et les musiques, alternant l'espagnol et le français, nous exposaient les beautés apparentes d'une double culture, avec çà et là au passage des phrases bien senties sur la condition des femmes auxquelles on dénigre le droit de penser, ou des petites fables (la paraphrase d'Au Clair de la Lune ou encore mieux, les amours du canard et de l'hirondelle, allusion directe à d'autres amours médiatisés au sommet !)... C'était lent au début, il était visiblement impressionné par la salle... Et puis il s'est dégelé, il a commencé à expliquer un peu sa démarche et à plaisanter avec le public... A la fin, il ne pouvait plus partir, continuant en rappel plusieurs chansons assis sur le rebord de scène. Je comprends tout à fait ceux qui me disent s'être ennuyés, et que le niveau des chansons n'était pas bien attendu à Barjac (surtout après Jean-Michel Piton, qui a "pesé sur le piton" (les québécois me comprendront) et allumé en nous l'appréhension d'un niveau de chansons tout à fait exceptionnel !). Moi, j'avoue m'être laissé envahir par le charme un peu marginal de ce bonhomme qui affronte crânement le public avec ses seules armes ! De là à mettre un CD de Nilda sur ma platine, on n'y est pas encore !

Reprise à 20 heures 30 pour parler des deux scènes de l'après-midi...

Je serai bref sur Louis-Lucien Pascal, beau jeune homme à la chevelure à la Bernard-Henri Lévy... Belle voix à la Lama qui devient rocailleuse dans les notes hautes, et c'est d'un bel effet... Assis derrière son piano dont il joue bien et dont il extrait de beaux arrangements. Certaines chansons sont belles, très évocatrices de bord de mer, de tendresses, de ruptures... On y décèle de belles formules, à la relecture il serait intéressant de les retrouver. Parfois l'une est un peu plus contestataire, et lorsqu'il met Musset ou Aragon en musique, c'est très beau. Mais les climats tant textuels que musicaux sont si proches de l'une à l'autre qu'une impression d'insaisissable, de monotonie se fait jour rapidement, et pour finir le temps semble un peu long devant cette enfilage de perles... Il a besoin d'être conseillé pour mettre en scène ses chansons, en varier les environnements musicaux et scéniques, et varier son répertoire. Beaucoup de talents, mais pas encore de liant entre les différentes facettes de ce talent... Et comme il n'y a pas de CD, les chansons sont déjà oubliées... Dommage !

Alors Annick Roux... Une belle femme... rousse flamboyante, débordante d'énergie, et un spectacle complet de chansons, de textes, de poèmes et d'aphorismes de Francis Blanche. Voilà un oublié qui reprend vie et de quelle façon grâce au courage artistique de cette interprète. Et il du courage, il en a fallu, d'une part pour bâtir un spectacle sur le nom de Francis Blanche quasiment oublié aujourd'hui, pour chercher dans une oeuvre foisonnante et dispersée, voire indisponible, pour effectuer les choix indispensables et savoir sélectionner le plus pertinent pour le spectacle, pour travailler les interprétations, et surtout pour bâtir le spectacle avec les enchaînements, les continuités et les ruptures. Toutes les facettes de l'oeuvre de Francis Blanche sont présentées grâce au choix judicieux, les mises en scène sont très au point mais on dirait qu'elle le fait pour la première fois tant il y a de naturel et aucune forfanterie : elle termine le spectacle, suprême élégance, en s'effaçant derrière une photo de Francis Blanche devant laquelle le public continue d'applaudir. Il y a tout là dedans : de la tendresse, du drame, de l'émotion, de la densité d'idées dans les textes comme dans la mise en scène, et bien entendu cet humour si spécifique que sans Annick Roux on oublierait doucement ! Quant aux chansons qui constituent quand même l'armature du spectacle, elles sont interprètes avec brio, s'accommodent très bien du petit cheveu sur la langue, sont chantées pour certaines parfois un chouia trop vite pour laisser le temps de comprendre les subtilités des textes dans lesquels il y a une trouvaille par vers ! L'ensemble est un spectacle plein qui ravit les spectateurs et les fait chavirer de l'émotion au rire, à moins que ce ne soit l'inverse, les retrouvailles de l'émotion et de la gravité au delà du rire ! Je suis enthousiasmé par ce spectacle, auquel je souhaite une très longue carrière car il le mérite. Moi qui ne retourne quasiment jamais voir deux fois le même spectacle, cette fois, je ferais bien une exception !

Il est temps de partir, à demain

François

Barjac 2008, cinquième message

31 juillet 11 heures

En ce moment commence dans le cinéma-sauna du château un film sur Anne Sylvestre. Je n'ai même pas cherché à y aller, tant il y aura de monde et tant la perspective d'une sudation abondante une heure de long dans la touffeur de cette salle non climatisée me fait fuir. Tant qu'à faire d'avoir chaud, j'aime autant que ce soit dehors, avec un petit peu d'air de l'Ardèche, et en écoutant les cigales qui ne déparent pas le festival "Chansons de parole". Petite réflexion comme ça en passant, il y a trop de choses au festival, et certaines dans des conditions de confort limites. Un festivalier assidu à tout devrait être au château dès dix heures trente pour espérer avoir une place à la séance de projection de onze heures, puis petit verre en plein air qui permet de belles rencontres ! Il est environ 13 heures 30 quand vous allez déjeuner, ce qui vous fait pouvoir envisager une petite sieste à 15 heures... A 16 heures 30, il faut être au Lion d'Or, et à 18 heures 15 aux Capucins. Vous en sortez à 19 heures 30, et, pour aller dîner et prendre une douche (suée aux Capucins oblige !) ainsi qu'une petite veste pour le soir, vous avez à peine deux heures. Cour du château à 21 heures 15 pour le spectacle du soir dont vous sortirez à une heure du matin dans le meilleur des cas. Il y en a qui sont encore fichus de retourner au Lion d'Or jusqu'à 3 heures du matin pour écouter les chansons proposées par les artistes de passage ou les jeunes qui veulent se faire connaître... A l'heure à laquelle ils se couchent, ils ne doivent pas dormir longtemps : ça se voit avec toutes celles et ceux qui piquent du nez pendant les spectacles, et j'avoue ne pas échapper à la règle du décrochage à l'occasion d'une ou deux chansons... Si je ne vous ai pas parlé des films du matin et des boeufs nocturnes du Lion d'Or, c'est parce que j'ai zappé ça pour préserver un peu de sommeil. Quand certains sont "Au Lion d'Or", moi je suis "au lit on dort", jeu de mot qui, paraît-il, déridait beaucoup Boby Lapointe chaque fois qu'il passait devant une telle enseigne d'hôtel !

Comme dirait l'autre, tout ça fait de la copie ! C'est que pour le spectacle d'hier soir, je ne sais pas trop quoi dire, surtout pour la deuxième partie !

Mais en première partie, Stéphanie Ligon, fine liane noire, qui s'est affranchie du piano pour l'assistance oh combien compétente et rassurante de Michel Précastelli. Un très grand accompagnateur, mais pas seulement, arrangeur et compositeur pour des artistes aussi variés que Fabienne Marsaudon, Francesca Solleville, Catherine Ribeiro... Elle a de très belles chansons, j'ai beaucoup aimé son disque, et il y a une inspiration intéressante derrière l'ensemble de son répertoire. Par rapport au disque, elle a déjà progressé vocalement en gommant un peu le nasal de sa voix. Elle a une marge de progression encore disponible pour chanter moins vite certaines chansons (ne pas confondre rythme et vitesse, ni vitesse et précipitation !) afin qu'on comprenne l'ensemble du texte qui en vaut la peine, et pour chanter plus mélodique et moins par bouffées. Elle nous a donné deux ou trois nouvelles chansons, dans lesquelles s'insinue un regard touchant sur l'enfant, et qui semble une nouveauté dans ses sources d'inspiration... je vais tâcher de lui demander à l'apéro ! Je pense que Stéphanie Lignon aurait fait merveille dans une petite salle moins stressante l'après-midi, mais que le trac de la grande scène n'a pas été le meilleur service qu'on lui ait rendu. Quoiqu'il en soit, très attachante cette Stéphanie !

En seconde Partie, Monica Passos... Trois options : ou bien c'était nul, ou bien je suis passé à côté, ou bien ça n'avait rien à faire sur la grande scène de Barjac... Il y en a qui ont aimé entendre, entre quelques interjections portugaises et force verres de rouge, des versions bossa nova de "la mémoire et la mer" ou d"avec le temps", des "feuilles mortes" et autres "je ne regrette rien"... Que celles ou ceux-là prennent ici ma place dans cette chronique. Pour moi, il n'y avait qu'une seule solution, prendre patience, rigoler le plus possible et éventuellement penser à autre chose.

20 heures 40 ! Je reprends pour quelques minutes avant d'aller au jubilé d'Anne Sylvestre.

Donc cet après-midi, deux beaux spectacles chacun dans leur genre :
Fred Musset, le fils de Guy Musset qui rend d'ailleurs hommage à son père. Encore un interprète qui me ravit. Le choix courageux de chansons d'auteurs peu connus, la qualité de la diction et le sens de la beauté d'une interprétation, l'ordre des chansons, la convivialité du chanteur qui partage la scène avec trois autres venus en guests, son plaisir de chanter et la façon dont il assume complètement son tour, tout cela est la marque d'un grand interprète qui doit davantage tourner, car c'est un dépositaire du trésor de chansons françaises et qui le fait fructifier. Et avec beaucoup d'humilité, il donne les noms des auteurs interprétés en fin de spectacle et ne cherche même pas à faire la promotion de son prochain disque. Quel bel exemple, quel beau spectacle !

Et Christine Authier... Une femme superbe et un spectacle joyeux avec ses deux compères... Une sorte d'hommage humoristique et subtilement critique de la colonisation nord américaine et de l'abandon des positions françaises, vu du côté des hommes et surtout des femmes qui y ont participé. C'est frais, bien chanté (la voix de Christine Authier est claire et très agréable) les mélodies sont jolies et entraînantes. J'ajoute que la connaissance du Québec et des québécois rend encore plus savoureux le spectacle qui joue aussi sur les différences d'expressions et leurs quiproquos rigolos... Et les lieux du Québec sont souvent évoqués dans les chansons. J'ai hâte de réécouter le disque et d'avoir renoué avec Christine Authier perdue de vue depuis "J'aimais", chanson qu'elle a d'ailleurs chantée en entrée du spectacle !

1° Août, 9 heures...

Quelques lignes pour terminer. Hier soir Anne Sylvestre a été grandiose, malgré quelques petites toux mal venues, surtout au milieu de "Partage des eaux". La voix et la diction sont impeccables (même si elle a un peu plus de mal avec ses premières chansons écrites pour une tessiture un peu plus grande !) et l'émotion est là à chaque chanson, même les moins graves... Rien à dire : le haut niveau et la référence en matière de chansons... Ovation et applaudissements debout évidemment et pour finir, sous la direction de Christian Camerlynck une de ses chansons répétée pendant le festival et chantée par une partie du public.... Grande émotion visible sur le visage de notre grande dame. Une clôture du festival en apothéose : on s'y attendait...

J'ai passé un festival très fructueux, avec beaucoup de découvertes ou redécouvertes, surtout en fin de compte dans les après-midi !

Amitiés à toutes et tous

François