Dimanche 26 juillet 2009

Bonjour à toutes et tous

Je vous écris depuis le jardin des gens chez qui je loge, en sirotant mon thé dans la fraîcheur d’un coin ombragé d’où je regarde les oliviers et les azalées de l’autre côté d’un bassin d’eau. Calme et volupté dirait Lacouture. Et vous allez me lire avec une semaine de décalage. C’est dur d’arriver à Barjac depuis la région des cht’is. Les bouchons ne vous font pas de cadeaux, « ch’est l’brin », et je suis arrivé une fois la cérémonie d’ouverture passée ! Mais on y est, et la Clio va maintenant reposer son moteur qui a bien chauffé ! Je peux aussi vous dire qu’Eric est bien arrivé, qu’il officie derrière sa table pour inlassablement convaincre des néophytes d’adhérer à Tranches de Scènes.

Alors c’est parti pour six jours pleins de Festival, j’oserais dire trop pleins : si on veut ne pas en perdre une miette, il faut sacrifier du sommeil, et ça je ne le peux pas. Comme par ailleurs, je retrouve des tas de connaissances qui, d’un festival à l’autre deviennent des amis avec qui on prend le temps du partage et de la conversation, que je me donne le plaisir de vous écrire et que j’ai l’intention de mettre à profit certaines rencontres pour engranger des entretiens pour mon émission de radio ou mes articles, je vais comme les autres années délibérément sacrifier les scènes ouvertes du soir (disons plutôt des heures matinales !) sous le chapiteau… J’en suis quelque part navré, car c’est peut-être là que se révélera le Leprest ou la Pestel de demain… Mais il faut faire des choix ! Ce serait bien qu’une autre année, on partage le travail et que l’une ou l’autre assidu(e) de ces « bœufs nocturnes » en rende compte à tous les lecteurs de cette liste. Ce chapiteau a été édifié presque devant le Lion d’Or, cette écurie qui, après les braiements ou les beuglements de générations d’ânes ou de bovins, accueillait des chansons. La chaleur y était à peu près supportable (à la différence des Capucins), mais les conditions de confort très spartiates. Et comme la salle était trop petite pour accueillir tous les spectateurs, les artistes devaient y refaire deux fois consécutives leurs spectacles, ce qui était une véritable épreuve avec cette chaleur ! en aparté, je me suis toujours demandé, et je n’ai à ce jour pas la réponse, pourquoi on avait appelé ce lieu « Au Lion d’Or »… Cette enseigne se donnait surtout à des hôtels, et le jeu de mots mettait parait-il en joie Boby Lapointe ! Espérons qu’il ne fera pas étouffant sous ce chapiteau, réponse cet après-midi, et dans mon billet de demain.

Après ces laborieux prolégomènes, passons à la chanson. Le spectacle d’hier soir d’hommage aux chansons de Bernard Haillant. Pour des gens comme moi qui connaissaient peu Bernard Haillant, difficile à appréhender avec le disque seul car essentiellement un homme de scène et de spectacle, la surprise fut de taille. La trentaine de chansons choisies, et sans doute les plus caractéristiques et réussies de son œuvre, permettait d’appréhender la facette « chansons » de son talent, à défaut de pouvoir rendre compte de ses qualités d’improvisateur et d’homme de scène. Toute la palette de l’inspiration de Bernard Haillant était là, son sens de l’amitié et de l’amour, son humanisme, son souci des petits et des humbles, son goût de la vie, de la musique, de la poésie, des mots, du rire, de l’humour décalé, son appréhension à la fois angoissée et résignée de la mort. Je dois le dire, j’ai balayé une partie de mes réticences vis-à-vis de l’œuvre de Bernard Haillant, tout en continuant à dire que choisir une de ses chansons qui passe bien en radio n’est pas simple ! Parmi les interprètes d’un jour qui s’y sont cognés, je donnerai quelques appréciations qui n’engagent que moi… Mention spéciale, hors appréciation, à Jean-Louis Georgel, Claude Georgel et le groupe Sax 4, familiers de l’auteur et surtout familiers de son style : ils étaient là d’évidence. Mention très particulière à celles et ceux qui ont fait revivre de l’intérieur ces chansons, en les reprenant à leur compte et en les recréant avec un talent d’interprète évident : Coline Malice, très impressionnante de maturité et de conviction (son interprétation d’ « Une mort Douce » contenait une qualité d’émotion qui a été très remarquée par le public autour de moi !), Rémo Gary, grandiose, extraordinaire, ressortant « Un homme qui pleure » du fond de son âme, Michel Boutet, à la fois sincère, retenu et convaincant, Jofroi, au mieux de sa forme, émouvant aux larmes dans « Du frêle Esquif » ou « Dick le mélanésien », Gérard Morel toujours subtil et charmeur… Quelques trous de mémoires pour Anne Sylvestre (dommage, elle était si bien engagée dans cette chanson « L’écume »), pour Yvan Dautin qui se perdait dans la litanie de « Poèmez » et pour Serge Utgé Royo, décevant, qui avait collé ses anti-sèches sur le plancher et chantait les yeux baissés. Et puis, l’inclassable Katrin Wal(d)teufel, tantôt à l’ouvrage au violoncelle, tantôt au chant, tantôt aux duos… sympathique, attachante, un peu électron libre dans ce spectacle. Ce qu’il y manquait ? Un peu de liant scénique, la patte d’un metteur en scène qui aurait donné un peu plus d’allure au défilé des artistes et des musiciens (très bonnes prestations !), qui aurait placé les gens sur la scène, qui aurait pu tempérer les ardeurs un peu ampoulées d’Yvan Dautin et au contraire donner plus de relief à Michel Boutet, qui aurait évité les vides… Pas grand’chose !
En résumé, une très belle soirée d’ouverture !

Là je vais faire un tour au marché bio, à demain !

Amitiés à toutes et tous.

François

Lundi 27 juillet 2009

Bonjour à toutes et tous

Même motif, même punition. C’est dans les mêmes conditions paradisiaques qu’hier que j’écris ce petit compte rendu… La journée d’hier a été d’une belle richesse, et elle a très haut mis la barre de la qualité du festival… Les suivants risquent la comparaison qualitative, et auront « besoin d’être bons » comme me le disait l’année dernière Hélène Maurice !

On prend les spectacles dans leur ordre chronologique. Tout le monde aborde l’après-midi sous le chapiteau avec une certaine appréhension, Jofroi en tête qui craint la fournaise, et il n’a pas complètement tort. Les éventails seront en action pendant tout le spectacle de Frédéric Bobin. Mais l’artiste fut bon et on en oublia la chaleur ! Je ne connaissais Frédéric Bobin que de nom et pour en avoir lu de bonnes critiques dans Vinyl (dont nul n’ignore que c’est ma revue préférée !). C’est mieux que bien. Présence incontestable de Frédéric Bobin qui assure aussi toute la partie guitare, accompagné d’une basse et d’une batterie. Je craignais les décibels. Ce fut parfait, son irréprochable, belle diction de l’artiste, on comprenait à la virgule toutes les paroles, l’accompagnement était à sa place, pas plus, pas moins, le genre d’équilibre qu’on aimerait trouver dans tous les concerts, preuve s’il en était encore besoin que la présence d’une batterie et de guitares électriques ne couvre pas les paroles du chanteur, ce qui rend inexcusables les trop nombreux dérapages en ce domaine. Quant aux chansons, elles sont bien écrites (par Philippe Bobin le frère), et surtout habillées de belles mélodies (par Frédéric le frère !) dont l’évidence par rapport au texte semble naturelle. Belle complicité fraternelle ! Et leur lecture est directe, il n’y a pas de prise de tête pour chercher le sens du propos, c’est clair dès la première écoute. Les chansons racontent des histoires, esquissent des images et des portraits derrière lesquels une réflexion, un sens est toujours présent. Les thèmes abordés sont généreux, ils contiennent en filigrane une réflexion sur le monde, sur ses injustices et sur le regard à y porter. Un artiste que j’ai eu plaisir à découvrir, et qui pourrait être un véritable trait d’union entre le rock et la chanson pour tous les jeunes qui ont du mal à s’arracher des guitares électriques zimboumboum et à aborder la chanson à texte. Donc, un artiste précieux.

Deuxième spectacle dans un chapiteau mieux aéré et moins étouffant, celui de Michel Boutet. Là, c’est un enchantement. Une présence physique, une voix, une diction, une poésie et une musique qui vous accrochent au début du spectacle et vous tiennent jusqu’à la fin. La guitare de Michel Boutet est accompagnée d’un violon (la charmante et talentueuse Delphine Coutant) d’un violoncelle et d’un piano, les instruments étant toujours employés là où la nécessité de la musique les convoque et jamais en excès. Musicalement, c’est superbe. Quant aux textes, ils sont une merveille de poésie, d’images, de chevauchement de mots, de réflexions et de bonheur. C’est le genre de spectacle qui nous fait « douter de la non-existence de Dieu », comme le chante Ricet Barrier ! Les portraits dressés, les histoires racontées avec brio dans les chansons bonifient le regard porté sur les gens, sur les destins, sur les trajectoires, sur les bonheurs et les vicissitudes des existences et sur les inquiétudes par rapport à l’avenir. Avoir vu ce spectacle, cet homme enraciné dans le meilleur des traditions d’une région (la région nantaise), qui semble la bonté et la générosité personnifiées, donne l’impression d’être soi-même meilleur. Ce spectacle m’a beaucoup marqué, et il est encore si présent dans mon esprit que je n’arrive pas encore à dégager toutes les causes du bonheur qu’il m’inspire. En tous cas les mots dont je dispose sont impuissants à exprimer l’effet qu’il m’a fait. Un spectacle rare. Un artiste extraordinaire. Une réécoute du CD s’impose dans le calme du retour pour retrouver au moins des parcelles de l’émotion de cet après-midi. Rien que pour Michel Boutet, Barjac valait le déplacement.

La soirée nous réservait d’autres surprises, et heureusement d’un genre tout à fait différent. D’abord la pétillante Katrin Wal(d)teufel. J’ai aimé sa présence, sa jeunesse, son culot et toute l’émotion qu’elle fait passer en compagnie de son seul violoncelle dont elle joue en se jouant littéralement des difficultés et des embûches de cet instrument : elle en fait ce qu’elle en veut et s’appuie dessus comme sur un musicien à part entière. D’ailleurs, au salut final, elle présente son violoncelle comme d’autres présentent leur pianiste ! A eux deux, tantôt en virevoltant l’une autour de l’autre, tantôt sagement enlacés, ils expriment des états d’âme, des angoisses ou des préoccupations, toujours avec humour, et ça passe ! Et puis, grand moment, au milieu de son tour de chant, une reprise de « L’affiche rouge » (Aragon-Ferré) à vous faire retenir à la fois votre souffle et vos larmes. Je n’ai jamais entendu cette chanson avec si peu de moyens musicaux et autant d’intensité. Elle fut chantée dans un silence impressionnant ; même les chauves-souris (qui habituellement voltigent au dessus de la cour au crépuscule) sont restées dans leur coin. Elle fut suivie par des applaudissements qui m’ont semblé durer aussi longtemps que la chanson. Ce spectacle montre toutes les potentialités de Katrin, et surtout, ce qui est trop rare chez les jeunes, sa capacité à s’entourer, à solliciter un regard extérieur. Et ça se sent, car tout est équilibré, jamais un petit sketch ne dure plus longtemps qu’il n’est nécessaire, jamais une aparté n’est malvenue, les chansons se suivent avec harmonie et pertinence. Peut-être une amélioration dans l’écriture des textes, dont l’idée, la chute et l’ambiance musicale sont originales, mais dont le développement des couplets est parfois un peu faible, ce sera mon seul bémol, qui indique la marge de progression énorme qui s’ouvre comme un boulevard devant cette femme-fil-de-fer montée sur ressorts et pile électrique.

Puis vint le spectacle Michèle Bernard et Evasion. A son issue, les avis furent tellement divergents entre l’admiration et la détestation, que je me contenterai de donner mes réactions, à la discrétion de chacun de glaner d’autres avis s’il le souhaite ! Et je dois le dire aussi pour être tout à fait honnête, j’ai toujours eu un peu de mal avec les chansons de Michèle Bernard, dans lesquelles j’ai tendance à faire le tri, tout en reconnaissant les qualités de certaines que j’ai passées en radio ! Et puis, autre obstacle personnel qu’il me faut à chaque fois dépasser, je n’aime pas trop le son de l’accordéon comme instrument, alors lorsqu’il est exclusif, j’ai du mal. Ceci étant dit, j’étais très ouvert au spectacle. Et cette fois l’accordéon (discret et occasionnel) ne m’a pas gêné, ni même les chansons interprétées, la plupart belles et pertinentes avec le spectacle, jusqu’à « Nomade » en fin de parcours. Il y a une mise en scène chiadée, un partage des chants agréable entre les femmes d’Evasion et Michèle Bernard, et il faut le dire aussi, les voix sont belles ! Ce qui m’a interpellé au moins jusqu’à la moitié du spectacle, c’est la recherche du sens d’un tel montage de chansons et de moyens scéniques, le sens des symboles employés… Alors çà et là, une chanson ou un accessoire scénique vous oriente, vers la naissance, la destinée, le voyage, le nomadisme, l’immigration, l’accueil, le rôle des femmes… C’est touchant, c’est beau, mais je ne suis pas arrivé à dégager un fil directeur, un fil rouge, à savoir quelle idée directrice soutenait l’ensemble du spectacle… Alors aux deux tiers du spectacle, j’ai « lâché l’affaire » comme dirait mon fils, j’ai abandonné cette recherche de signification en me disant soit qu’il n’y avait rien à trouver, soit que j’étais passé à côté des clés ! A partir de ce moment, je me suis mis en réception exclusive de la beauté du spectacle, de cette belle architecture sonore et visuelle qu’il présentait, et j’y ai pris du plaisir. Un spectacle dont on ne peut nier la qualité de la recherche et le souci des équilibres entre le visuel et le sonore.

Voilà pour aujourd’hui. Je me dépêche, il y a la remise du prix Jacques Douai vers midi !

Amitiés à toutes et tous

A demain

François

Mardi 28 juillet 2009

Bonjour à toutes et tous

Je viens de terminer mon thé, et il me reste du temps avant l’apéro offert par l’attachante Coline Malice pour la sortie de son CD. Alors troisième chronique dans des conditions tout aussi paisibles et agréables. Comme le disait dimanche l’extraordinaire maire de Barjac, prenons le temps d’apprécier le bonheur de l’instant, le fait d’être bien, isolés de la canicule et profitant des parfums et des ambiances de ces régions méridionales qui ne sont pas mon quotidien !

J’ai oublié dans ma chronique d’hier de vous parler de la bombe qui est tombée sur le festival juste avant le spectacle de Michèle Bernard : la nouvelle de la mise en cessation de paiement de Chorus. Une claque. Claque pour les journalistes Michel Trihoreau et Jacques Vassal venus nous annoncer ça, qui ont été roulés dans la farine par le repreneur, et ce « malgré un contrat en béton ». Claque pour tous ceux qui, il y a deux ans, s’étaient mobilisés pour sortir Chorus d’une mauvaise passe financière et avaient réussi à le remettre sur les flots d’une situation financière saine. Claque pour tous les abonnés qui ne recevront pas les numéros qu’ils ont payés par avance. Claque pour tous les amateurs de chansons francophones qui désormais seront privés des informations, présentations, analyses de Chorus, même si je ne regretterai pas les éditoriaux de Michel Hidalgo. Claque pour tous les artistes et leurs attachés de presse qui perdront cette source irremplaçable d’alimentation des dossiers de presse et de diffusion des informations. Claque pour tous, car dans cette presse chansons francophones si chiche en titres, dès que l’un disparaît, c’est un appauvrissement global sévère, que les quelques petits qui restent ne compenseront pas, c’est une émulation qui disparaît, c’est toute la question de la viabilité de cette presse-là qui est posée : la presse chansons francophones est-elle condamnée à n’être constituée que de petites revues, qui n’équilibrent leurs budgets que parce que les rédacteurs sont des bénévoles et ne reçoivent aucune rétribution pour leurs papiers ? (Ce qui est le cas de Vinyl, petit bimestriel fait de bouts de ficelles et auquel je participe, et dont les artistes – j’en ai encore eu des témoignages hier – sont contents d’utiliser les articles dans leurs dossiers de presse !). Il y aura sans doute des réactions, des pétitions, des mensonges et des batailles juridiques autour de cette affaire de Chorus. Il faudra se tenir au courant : mais ce fut incontestablement la nouvelle qui alimente les conversations et secoue le festival.

La journée d’hier maintenant. Je vais essayer de faire plus court, car sinon, je vais vous lasser !

D’abord, le prix Jacques Douai… Il a été solennellement (!!) remis par Jacques Bertin au nom de tout le jury, à Hélène Martin et Philippe Forcioli. Tous deux en étaient très émus dans leurs mots de remerciement. Philippe Forcioli a terminé le sien par une belle comparaison, en exhortant les jeunes artistes de chansons à rechercher la vérité de leur art non pas en suivant le courant des rivières, mais en remontant à leur source.

L’après-midi, Clément Bertrand sous le chapiteau, bien chaud mais pas étouffant. Drôle de personnage ébouriffé au physique et au figuré : ébouriffé de vers et de poésie. Des textes d’une grande densité, dits ou chantés ou entre les deux, avec un débit un peu rapide pour qu’on puisse en saisir tout le sens (on saisit bien un vers sur quatre, en faisant l’impasse sur les quatre suivants pour comprendre celui qui suit…) et un piano excellent mais un peu fort. C’est dommage, car j’aurais bien aimé rentrer dans l’univers de cet artiste breton qui est inspiré par la mer et par la pluie, et évidemment par les rencontres et l’amour. J’ai un peu décroché… j’en suis navré, pour moi-même car je pense être passé à côté d’une belle rencontre artistique, et pour cette chronique… Ce n’est pas seulement la faute de l’artiste, mais aussi celle de la chaleur ambiante et aussi des petits vins rosés trinqués au déjeuner (excellent !) avec Cathy et Fred Castel, Gilles Roucaute, Pascal Mary, Pauline, Gérard Morel, Eric, Katrin Wal(d)teufel, Fred Bobin, et j’en oublie des tas dont les prénoms m’échappent sur l’instant… Merci et salut à eux tous !

Ensuite François Gaillard sous le même chapiteau, commençant avec un quart d’heure de retard et débordant d’un quart d’heure de plus sur son horaire, ne laissant que très peu de temps aux festivaliers pour dîner et se changer avant le spectacle du soir. Je ne cacherai pas le malaise que m’a procuré le spectacle de François Gaillard. Surtout la première partie, où je trouve ses chansons très opportunistes, se référant à des noms et des personnages actuels, avec des astuces pour déterminer le rire et un peu ratisser les applaudissements : ce ne sont alors pas de grandes chansons, les textes sont quasiment du premier jet, les mélodies quelconques et le propos niveau blagues de potaches. On avait l’impression d’un Gad Elmaleh à l’accordéon, les projections tenant lieu de jeu de scène, l’artiste piétinant sur scène de long en large ! Et puis progressivement, il aborde des chansons plus personnelles, avec plus d’idées et plus de lui-même, mieux écrites, aux mélodies plus travaillées, voire sollicitées à des plus qualifiés… Et à ce moment là il devient intéressant, ce ne sont plus des blagues d’étudiants descendant à l’envi l’un ou l’autre, mais des compositions intimes et émouvantes. Et là j’aime bien, et je suis capable d’accéder tout de suite à ce niveau là sans qu’on me fasse avant et pendant une bonne moitié du spectacle un numéro de bonimenteur pour engranger mon adhésion, mes rires et mes applaudissements ! « L’âge d’hiver » est à ce titre un petit bijou de tendresse et d’humanité, et on mesure dans cette chanson et celles qui l’entourent l’indigence de cet unique accordéon crin-crin dont on est saturé depuis le début du spectacle ! François Gaillard a de toute évidence plus de qualités personnelles que ce qu’il présente là le fait penser, et que sans doute l’impatience d’accéder au succès lui fait sacrifier.

Le soir, en première partie sur la grande scène du château, Nicolas Jules. Il faut être prévenu. Ses chansons son prétexte à faire un sacré numéro. Elles peuvent être écoutées à part, mais sur scène, c’est le numéro qui prévaut. Et bien déjanté. J’avoue que la première fois on est surpris et on met du temps à entrer dans le jeu quand on est venu écouter des chansons ! Pour moi, ce n’était pas la première fois, et je savais à quoi m’attendre, et d’emblée, j’ai rigolé. Nicolas Jules a un sens de l’autodérision, du vrai mauvais goût, de l’improvisation dans un plan de feu hyper précis où le son et les lumières sont à l’ouvrage ! Avec son inénarrable batteur « fort-des-halles », ils font un duo d’enfer et vous quittent élégamment sur une révérence en guise de salut. A voir sans a priori, et se laisser porter par la gouleyance de leur prestation, comme avec un petit rosé !

Après ça, Yvan Dautin. Un personnage à éclipses de la chanson française, dont le retour à Barjac il y a deux ou trois ans, je ne sais plus, ne m’avait pas convaincu tant je le percevais amer. Là, c’était tout autre chose. Il était heureux d’être là et ça se voyait. Il nous a fait une bonne vingtaine de chansons, avec brio et avec la complicité pianistique d’un excellent (ici le nom du pianiste, mais je ne l’ai pas mémorisé exactement, il m’échappe et sur le programme, pour la première fois cette année, les noms des accompagnateurs ne figurent pas ! lacune !). De belles chansons, bien construites avec leurs caractéristiques suspens que l’auditeur comble en fonction de son appréhension de la chanson… ces textes ouverts, ces mélodies agréables, masquent des angoisses ou des amertumes qui surgissent ça et là, mais discrètement. C’est beau Yvan Dautin. Et outre ses chansons personnelles et ses succès « La mal mariée », l’histoire de la méduse qui fait du vélo sur la plage de Saint-Malo, la Cendrillon des bas fonds, il nous sert aussi quelques Léo Ferré comme « Monsieur William » ou « Ils ont voté », où sa faconde et son talent d’interprète font merveille ! Bien de découvrir ou redécouvrir ce personnage un peu à part de la chanson française.

Je décolle, je vais être en retard à l’apéro de Coline Malice, et j’aime bien Coline Malice…

Amitiés à toutes et tous.

A demain

François

Mercredi 29 juillet 2009

Bonjour à toutes et tous

La nature et le climat ne mesurant pas leur générosité à Barjac, c’est la quatrième journée consécutive où je vous écris dans les mêmes conditions idylliques que mon épicurisme naturel me permet de savourer à petites gorgées.

Hier midi, à l’apéro, on a tous vécu un moment d’intense émotion grâce à Coline Malice qui décidément est une bien belle artiste ! Pour présenter son CD elle en a chanté deux chansons qui ont eu un bel écho parmi le public très nombreux pour un apéro ! Puis, pour conclure, elle chante une chanson hommage à Francesca Solleville (50 ans de chansons !), en sa présence évidemment. La chanson était belle. L’hommage était si précis, si fidèle à la vie, aux interprétations et aux engagements de Francesca Solleville, il se situait si exactement dans une filiation à cette grande artiste, et revendiquait humblement l’intention de reprendre le flambeau, que l’assistance en était émue aux larmes, et ce n’est pas une métaphore. Lorsque les deux chanteuses se sont ensuite embrassées dans une sorte de passage de témoin entre deux générations, j’ai vu beaucoup de mouchoirs sortir des poches, de lunettes s’enlever pour pouvoir éponger les larmes qui étaient naturellement venues aux yeux. Il n’y a que Barjac pour vivre de tels instants. Coline tu es merveilleuse et je t’embrasse au nom de toute la liste, et je suis ravi de ce rôle que je me donne !

Et on revient l’après-midi sous ce chapiteau qui relarguera bientôt des spectateurs et des artistes cuits à l’énergie solaire, et où le ballet des éventails est incessant. Malgré les efforts d’aération, c’est quand même bien chaud, surtout dans les places surélevées au fond des gradins : la chaleur monte et est piégée par la toile, c’est « chaud » et pour une fois l’expression est à prendre au premier degré. Alors première artiste de l’après-midi, Jeanne Garraud. J’ai été favorablement impressionné au début, ses premières chansons me semblaient aller plus loin que l’apparence, il y avait du sens à trouver… Par exemple, seconde chanson si ma mémoire est bonne, l’envie de meurtre de la responsable de l’absence, n’est-il pas une allégorie du désir d’en finir avec l’attente elle-même ? Il y avait là de vraies pistes, et j’aimais bien le ton frais, la pétillance naturelle, l’aisance en public de cette jolie (ça ne gâte rien !) artiste. Son duo avec sa percussionniste argentine ne manquait pas d’originalité, même s’il avait un petit côté bonnes œuvres. Et puis, je ne sais pas… est-ce la chaleur, la digestion, quelques phrases répétitives dans certaines chansons… ? A partir d’un moment on a eu la sensation d’un manque de profondeur des textes, d’une superficialité de l’inspiration, d’un jeu de piano un peu stéréotypé, bref, il y a eu un décrochage, et compte-tenu des avis recueillis à la sortie, je ne suis pas le seul à l’avoir perçu. La pauvre Jeanne n’a quasiment pas vendu de disque à la sortie, et moi je me dis qu’on a dû passer à côté de quelque chose, qu’il y a des promesses dans cette jeune femme qui n’était pas sans m’évoquer Jeanne Cherhal à ses débuts lorsqu’elle avait encore ses nattes et chantait son mal-être avec plus de conviction que de véritable poésie. A posteriori, je me reproche de n’avoir pas acquis son CD : ses chansons méritent une réécoute en climat plus frais et au rythme de chacun, et je suis sûr de trouver là dedans des chansons qui passeraient bien en radio !

Et puis, second spectacle, ce fut l’explosion, une ovation comme je n’en avais jamais vue à Barjac l’après-midi. C’est la grande scène du soir qu’il aurait fallu à Anne Baquet. D’une part parce que son spectacle méritait plus de public que les 300 spectateurs du chapiteau, et d’autre part, parce qu’elle y aurait eu moins chaud, la pauvre… On transpirait pour elle ! J’avais eu la chance de voir ce spectacle à Arras aux « Faites de la Chanson » 2008, c’était la première. J’en avais été emballé, et j’avais vraiment conseillé à tous ceux que je rencontrais de ne pas manquer Anne Baquet : ils ne l’ont pas regretté. Et moi je peux vous assurer que – chose très rare – j’y ai pris autant sinon plus de plaisir que la première fois. Il y a tellement de choses à savourer dans tous les détails de cette mise en scène richissime, que jamais l’impression de déjà vu ou déjà entendu ne m’a effleurée (comme c’est le cas lorsqu’on réentend chez le même artiste deux fois les mêmes blagues soi-disant improvisées, insupportable !). Impossible à raconter, ça se voit, ça s’entend, ça se rit, ça s’applaudit, mais ça ne se raconte pas. Alors risquons une recherche de sens… Anne Baquet est une artiste qui sait tout faire aussi bien dans le chant lyrique (belle voix de soprano) que dans la danse, le piano, le théâtre, le mime… Et les ficelles et les tics employés par les artistes de chacune de ces disciplines pour se créer un personnage et surtout pour provoquer le rire et se faire applaudir par le public, sont tour à tour utilisés avec juste ce qu’il faut d’exagération pour en démontrer le rôle et la vanité. C’est donc, quasiment à l’insu des spectateurs qu’elle se livre sciemment à une déconstruction de toutes les astuces de mise en scène, et qu’elle les réemploie pour construire son propre spectacle, pour interpréter ses chansons avec le clin d’œil au public : vous riez, mais vous n’êtes plus dupes ! Cette femme est non seulement pétrie de qualités artistiques, mais en plus elle fait un spectacle d’une intelligence fine, qui peut être apprécié dans un premier temps (ce que j’ai fait comme tout le monde !!!) au premier degré, on rit de bon cœur, et qui résiste à une perspective d’analyse plus précise dans laquelle il faut chercher le fond et le sens dans la forme et pas seulement dans le « dit » des chansons, qui, tout en étant très drôles et interprétées avec brio, ne sont que des prétextes ! La dernière chanson, où elle chante faux, archi faux, et à ce degré-là, ça ne doit pas être facile pour elle, donne quasiment la clé et l’invite à la réflexion, c’est une façon de dire aux spectateurs : « vous aussi vous avez tout faux si vous en restez aux apparences ! ». Une immense dame de spectacle. Anne Baquet et son pianiste ont enchanté le chapiteau, les rappels étaient interminables, la salle debout ne voulait pas que ça se termine, et les gens sortaient avec des étincelles de plaisir dans les yeux. Je ne m’attendais pas à cette quasi-unanimité. Ce fut un grand moment de cette cuvée Barjac 2009. J’ai eu le plaisir de converser quelques minutes avec elle le soir, et elle m’a dit que Barjac était, après Arras, le deuxième festival de chansons qui l’invitait, et que l’accueil qu’elle trouvait auprès de ce public-là était extraordinaire… Qu’attendent d’autres festivals pour programmer Anne Baquet ? Succès assuré !

Alors on passe à la soirée, et on change complètement de registre. D’abord en première partie sur la scène de la cour du château, Marie tout court. Eh bien on fera tout court… indigence des textes, des musiques, de l’accompagnement, de l’interprétation, des transitions… Navrant. Le flop total. Impression quasiment générale. On passe, on ne tire pas sur les ambulances.

En seconde partie du plus consistant, Thomas Pitiot. Il y aurait bien des choses à dire, sans doute des réserves à faire, ce n’est pas le style de chansons qui fait l’ordinaire de ma platine. Beaucoup de musiciens, beaucoup de percussions, mais pas seulement, des cuivres aussi et des guitares, et c’est évident, une superbe couleur musicale. Mais ce qui m’a bien bluffé, c’est la qualité d’écriture des chansons, l’humanité des thèmes, la subtilité sémantique de leur traitement… Entre les phases musicales, je me régalais de ces beaux textes, avec des mélodies plus fines que le harnachement musical ne pouvait le faire prévoir, et je dois dire que j’ai été ému par l’institutrice et les autres personnages de ces chansons. Et à tout ça, il faut ajouter le sens de la scène de Thomas Pitiot, sa capacité à faire ce qu’il faut pour attirer la sympathie, son sens de l’improvisation, de l’anecdote et de la répartie, sa capacité à se mettre le public dans la poche, sa générosité et aussi sa bonne connaissance du festival dans lequel on le voyait passer les années précédentes : il en a bien usé ! Terminer par « Tranches de vie » de François Béranger, extrait du spectacle « Laissez-vous Béranger » auquel il a participé, c’était de grande classe ! Ca s’est terminé tard, après une heure du matin ! Personne n’a quitté les gradins avant la fin, il avait scotché les spectateurs sur les horribles chaises en plastique qui servent de sièges. Thomas Pitiot, c’est une forme de chanson et de musique qui m’est moins familière, mais qui a aussi sa place à Barjac au milieu des autres.

Il va être l’heure pour l’apéro en l’honneur de la sortie du CD de Coko, Corentin Coko, que j’avais bien apprécié l’année dernière au feu Lion d’Or.

Amitiés à toutes et tous.

A demain

François

Jeudi 30 juillet 2009.

Bonjour à toutes et tous

Ce matin un petit vent bienvenu vient apporter une touche de fraîcheur ô combien agréable après les sommets de températures caniculaires vécus hier après-midi… Les conditions d’écriture de cette petite chronique n’en sont que plus merveilleuses. Ca me fera plaisir de relire ces premiers paragraphes en rentrant chez moi, ils me rappelleront de bons souvenirs. De plus, ce matin, c’est la dernière chronique que j’écris ici : demain je rentre sur la journée, et je n’aurai pas le temps d’écrire avant de partir… Raison de plus d’être hédoniste ce matin !

Alors hier, Coko est venu présenter son CD à l’apéro de Barjac. Le pauvre, il avait calculé trop juste dans ses délais et ses CD étaient encore sur la route, mauvaise affaire commercialement parlant. Sinon, il nous a chanté trois chansons du CD et une nouvelle destinée à Francesca Solleville : les dinausaures ! J’ai retrouvé ce qui m’avait plu en lui l’année dernière… il y a chez lui les bases d’un talent qui devrait continuer à s’épanouir.

L’après-midi, ce fut chaud sous le chapiteau, dans tous les sens du terme. Chaud pour Manu Galure, arrivé quelques minutes avant son spectacle solo, et reparti aussitôt après pour d’autres spectacles : cet homme a un agenda de ministre ! Mais comme d’habitude, les balances et les éclairages, il compte sur les professionnels pour ajuster pendant le spectacle… J’ai vu Manu ce printemps à Arras, et je l’ai longuement interrogé (entretien publié dans le dernier Vinyl) et je savais à quoi m’attendre. Il nous a donné quelques nouvelles chansons qui ont pu surprendre ceux qui ne le connaissaient pas par leur côté un peu lugubre : Manu adore les ambiances un peu glauques, un peu incertaines, toutes les situations empoisonnées sont intéressantes pour lui ! Et ses chansons empruntent de plus en plus cette veine-là. Loups-garous et autres frayeurs ou angoisses qui renvoient évidemment à nos craintes fondamentales sont pour lui des sujets de prédilection. On en a eu notre lot. Il faut entrer dans son univers, dans ses exagérations et parfois un peu son cabotinage, mais que ce sont des belles chansons ! L’euthanasie réciproque des vieux amants, la mort de l’éléphant, c’était grandiose. Et il a fini sur deux variations sur le thème des vingt ans qui ont bien déridé le public qui en avait besoin.
Il a commencé avec une veste, le pauvre, il l’a envoyé promener au bout de deux chansons et s’en est ensuite servi de serviette éponge. Il a terminé avec sa chemise intégralement trempée. Le talent, les capacités sont là, et sacrément-là ! Ce qu’il manque à Manu Galure ? Un regard extérieur qui lui permette de mieux construire son spectacle, de mieux préparer ses introductions, de tempérer ses ardeurs et de ne pas faire durer certains effets redondants… Un metteur en scène quoi ! Mais la chanson tient là un de ses espoirs et une pointure aux multiples talents d’auteur, de musicien, d’interprète, et d’homme de scène.

J’ai eu juste le temps ensuite d’enregistrer au milieu du chant des cigales un entretien avec la charmante Coline Malice, et c’était le spectacle d’Henri Courseaux accompagné au violoncelle par (c’est pas marqué sur les programmes comme les années précédentes et j’ai pas retenu son nom) et au piano par Nathalie Miravette que pour le coup tout le monde connaît (et qui se chargeait aussi de souffler pour remplir les trous de mémoire, mais elle a l’habitude avec Leprest !) Avis mitigés dans le public. Je ne connaissais absolument pas. Je ne suis pas rentré dedans pour plusieurs raisons. D’abord il faut le dire encore et encore, une mauvaise diction de l’artiste qui accélère le débit de membres de phrase entiers, ce qui les rend incompréhensibles. Quand donc les artistes prendront-ils des cours de prononciation ? Quand donc comprendront-ils que les chansons qu’ils écrivent ont (on l’espère) un déroulement du propos qui exige que l’on ne soit pas privé d’une phrase sur trois pour en comprendre le sens ? Autre petit écueil, le piano de Nathalie était parfois un peu fort. Je ne sais pas si c’est elle qui jouait trop fort (avec toute l’amitié que je lui porte et toute l’admiration que j’ai pour son jeu de piano si riche et si subtil, je peux le dire, elle a quelquefois tendance à un peu abuser de la pédale forte !) ou si c’est le sonorisateur qui n’équilibrait pas assez… Mais aussi le spectacle était un peu décalé… Et il y avait de beaux textes sur la rencontre, sur le vieillissement, sur la nostalgie et le monde moderne, (certaines chansons prises isolément sont superbes, et passeraient bien en radio !) Mais l’ensemble du spectacle avec ses bizarres comportements un peu dépassés pour un homme de cet âge-là et sa logorrhée un peu obtuse entre les chansons m’a laissé l’impression d’un spectacle vieillot. Connaître l’artiste auparavant eût sans doute modifié mon regard et celui de bien des spectateurs… Mais si on doit d’abord connaître tous les artistes pour les apprécier, comment fait-on des découvertes ? Or, Barjac est aussi un lieu de découverte, et les artistes doivent y aller avec cette conviction qu’ils doivent présenter la meilleure exposition possible…

On arrive le soir, ce sera plus rapide. Sur la grande scène du château, en première partie, Presque Oui auparavant duo et désormais nom de scène du seul Thibaud Defever depuis le décès de sa compagne de scène et de vie. C’est mon régional de l’étape, et j’en suis un inconditionnel… J’adore son univers un peu intimiste servi par des mélodies sensibles, et son jeu de guitare époustouflant qui semble si naturel et derrière lequel il y a des années de Conservatoire ! Il fait merveille dans les petites et moyennes salles, il a une présence en scène évidente. Peut-être la grande scène fut-elle une surprise pour lui et a-t-il voulu trop vite et maladroitement la réduire fictivement à une petite salle intime. Mais pour le reste le public est entré dans son univers fait de dérision (Les perroquets du Périgord, Dégâts des eaux, etc…) et d’intimité comme cette remontée de la déprime comparée à une sortie d’eaux glauques, ou ce revenant qu’il nous a chanté en rappel. Le silence d’écoute du public était un signe de complicité avec l’artiste, et le succès de ses CD à l’issue de cette première partie ne trompe pas. J’ajoute que l’écriture si fine de ses textes est due à une jeune auteure extraordinaire, Isabelle Haas, que j’essaye depuis plus d’un an d’attirer dans mon émission de radio, et je ne désespère pas d’y arriver !

En seconde partie, l’étonnant Michel Rivard. Malgré mon goût pour les chansons québécoises, ma connaissance de Michel Rivard s’était arrêtée à Beau Dommage. Quelle belle soirée nous avons passé là. D’abord la charisme du personnage qui en peu de mots et avec une aisance naturelle a mis le public dans sa poche d’emblée. Et puis c’était bien chanté, une diction parfaite, bien accompagné, (deux guitares, une basse, c’est tout !), je me suis régalé du début jusqu’à la fin. J’avais à chaque chanson l’impression de voyager au Québec entre Matane et Sept Iles, avec ce délicieux accent québécois et ces histoires qui nous emmenaient sur la route au milieu des lacs entourés de forêts d’épinettes ou dans les longues artères de Montréal ! Des chansons bien construites, de belles musiques, des anecdotes ou des personnages simples et attachants et ça a fait tout mon bonheur de la soirée. Avec en plus la conviction qu’après beau Dommage, il y a eu une poursuite de l’œuvre de Michel Rivard, et que je dois m’y intéresser. Mais la chanson québécoise est si foisonnante et si copieuse, qu’on en ignore encore des pans entiers.

Allez, je me dépêche, il y a le pot avec Hervé Lapalud pour la sortie du DVD de Tranches de scènes et je voudrais faire un entretien avec lui !

Amitiés à toutes et tous.

A demain

François

Vendredi 31 juillet 2009.

Bonjour à toutes et tous.

Dernière chronique... Et pas dans les conditions des précédentes ! J'ai quitté Barjac ce matin, et douze heures, quelques haltes, 900 km et 60 litres d'essence plus tard, je suis chez moi derrière mon bureau, et je m'astreint à ce dernier compte-rendu avec un plaisir mêlé de nostalgie. Il fait beau sur le Pas-de-Calais, moins chaud qu'à Barjac et c'est plus supportable, mais la fête est finie et les souvenirs qu'elle nous laisse ont des goûts de revenez-y !

Alors on reprend la journée... D'abord l'apéro en l'honneur du bouquin de Jean Dufour et de la sortie du dernier Tranches de Scènes dont l'artiste phare est Hervé Lapalud... Il nous a bien régalés de deux chansons et de sketches et monologues, toujours frappés de son humour et de son goût pour le petit décalage qui fait basculer dans la poésie et dans le sens... On n'a pas pu faire d'entretien radiophonique... Il aurait fallu s'éloigner des conversations intéressantes qui animaient la table du déjeuner, laisser en plan les autres convives... C'était une belle occasion mais on cherchera un autre biais pour parler de TDS dans un prochain Vinyl ! En tous cas, bien réussi cet apéro, je pense qu'Eric a encore trouvé des festivaliers non adhérents qui se sont lancés !

Les artistes du chapiteau l'après-midi maintenant. D'abord Claire Lise... J'étais assis à côté d'une de ses copines, Julie Rousseau, que j'apprécie beaucoup (voir Vinyl !). Nous avons assisté ensemble à sa descente aux enfers. Une sono mal réglée (encore une fois, décidément, et d'ailleurs le son fut de mauvaise qualité côté gauche même pendant le concert suivant où la sono était bien mieux conduite !), un accompagnateur aussi mauvais cravacheur du piano que de la guitare qui couvrait le voix, et ce n'était pas faute à l'artiste d'articuler, mais on n'y comprenait vraiment rien, sauf sur quelques chansons où l'accompagnement était réduit... C'est vraiment dommage, car il semblait y avoir des idées, quelques belles chansons à sauver du naufrage... Il manquait encore une fois à cette artiste un peu de savoir-faire et surtout un metteur en scène, quelqu'un qui, comme l'explique avec clarté Gérard Morel, organise le spectacle pour que les intentions que l'artiste veut faire passer soient effectivement les intentions qui passent au public, et qui justement est sensible à développer tout ce qui va dans le sens de l'expression de l'artiste et gomme autant que faire se peut tout ce qui en détourne. Pauvre Claire Lise, elle restait stoïque sur la scène écrasée de chaleur, et continuait son spectacle devant un public qui s'amenuisait inexorablement... Il n'y eût pas de rappel, et je pense que ce fut la seule fois ! Ce n'est pas facile de passer le dernier jour, devant un public saturé de chansons et ramolli de canicule. Je pense, quant à moi, que cette artiste, avec une tête qui me rappelait Bulle Ogier jeune, a dans sa besace quelques jolies choses et j'aimerais écouter son CD à tête reposée, je suis sûr d'y trouver quelques chansons dignes de passer en radio ! Je ne sais pas ce que lui a dit Julie Rousseau qui est allée tout de suite lui remonter le moral...

Dernier spectacle sous le chapiteau archi-plein cette fois, écrasé par la chaleur quasiment crématoire qui faisait coller les vêtements... Mais on n'en avait cure... On s'est régalé au spectacle d'une Claire Elzière éblouissante dans le répertoire Louki, avec une bonne moitié de chansons complètement inconnues du public, et pour cause : elles ont été créées après la mort de Louki, après que l'on eût récupéré une liasse de textes écrits spécialement à l'intention de Claire Elzière... Pierre Louki a été injustement méconnu de son vivant, mais sa chance s'appelle Claire Elzière qui entretient de main de maître son répertoire et lui donne l'audience qu'il aurait dû avoir. Ces chansons sont chaque fois un petit bijou d'écriture dans lequel les idées et les tournures pétillent d'humour malicieux. Pierre Louki a l'art de poser les questions sans en avoir l'air, au détour d'une idée anachronique ou d'apparence simpliste, et de vous entraîner dans une loufoquerie de situation qui vous oblige à revenir à la vraie question de départ. C'est extraordinaire. Qui d'autre que Louki pourrait s'intéresser de cette façon à la multitude de sorte de gouttes dont la vie est parsemée, à l'esthétique aguicheuse de l'escalier, à une pendule qui marche à l'envers ou aux citadins-sardines tassés dans le métro ? Louki, c'est tout à la fois le rire ("les amis c'est bien connu s'en vont, toujours avec Lecu sans exception !"), l'empathie pour celle qui fait pleurer de rire, et l'émotion profonde dans cette ode au temps qui passe ("La vie va si vite qu'on n'a pas le temps d'exister"). Et quand il est défendu par Claire Elzière et son magnifique pianiste Grégory Veux, au toucher si sensible et aux petites trilles si délicates, c'est vraiment une grande joie... et un triomphe, bien mérité qui faisait oublier cette chape de chaleur ! On aurait encore voulu les entendre des heures, ces superbes chansons... Et j'ajoute au plaisir du triomphe mérité de Claire Elzière, la saveur du partage de cette découverte de l'univers de Louki avec une autre "tranche-de-scéniste" à côté duquel les hasards du placement m'avaient mis ! Superbe souvenir. Claire Elzière (que j'avais déjà vue il y a quelques mois à Liévin à la première de ces nouvelles chansons Louki, et que je reverrais avec toujours autant de découvertes quand l'occasion se présentera !) a été la troisième à nous faire un spectacle de rêve l'après-midi, après Michel Boutet et Anne Baquet !

On passe à la soirée, sur la grande scène du château. D'abord Batlik. Curieux bonhomme et répertoire surprenant, quand on en comprend les mots s'ils ne sont pas couverts par la guitare. Pas beaucoup de mélodies, beaucoup de textes style rapeurs qui s'en vont un peu dans tous les sens, et des sorties surprenantes entre les chansons. J'avoue humblement avoir décidé tout de suite que ce n'était pas mon truc et n'avoir pas fait l'effort, après un tel festival, de chercher une porte d'entrée dans son univers. J'ai attendu que ça passe en pensant que ça fait du bien quand ça s'arrête. En disant cela, je suis sûrement injuste, et je suis d'accord avec Laurent Berger qui préconisait à l'issue de cette première partie, de réécouter un certain nombre des dernières chansons qui étaient loin d'être dénuées d'écriture et de sens... Oui, mais pas aujourd'hui.

En seconde partie "Chansons plus bifluorée"... Il faut pas y chercher de la haute philosophie, mais du rire bien construit avec le détournement délirant et désopilant de chansons qui ont plus ou moins fait l'histoire, ne serait-ce que par leur succès. Le spectacle est une mécanique bien huilée, certainement des journées de travail, et le résultat est réjouissant de bout en bout... Les parodies c'est aussi de la chanson, et quand c'est fait comme ça, il suffit de se laisser porter, c'est à la fois reposant pour clôturer le festival, et jubilatoire. Là encore, ça ne se raconte pas, ça se voit sur scène !

Voilà. Festival fini. Je ne suis pas allé à la soirée prolongée dans la cour de l'école, il fallait que je dorme pour faire en toute sécurité les km du retour. D'ailleurs, les autres années, j'avais pas été enchanté : on ne s'entend pas avec l'orchestre qui joue, on ne se voit pas dans la pénombre, et on ne retrouve qu'une partie des gens auxquels on voudrait dire au revoir. Alors, à tous ceux que je n'ai pas salués pour la fin de ce festival, au revoir, sincèrement content de vous y avoir croisés, et peut-être à l'année prochaine !

Et à tous ceux qui m'ont lu jusqu'au bout, merci de votre courage, pardon pour les fautes, tout ceci a été écrit au fil de la plume et jour après jour !

A un autre festival, ou à Barjac 2010... peut-être

Amitiés à toutes et tous

François