Barjac 2010
Journée du samedi 24 juillet

Bonjour Barjac !

C’est le soleil et un mistral à décorner les bœufs qui nous cueillent à la descente du TGV à Avignon. Puis, le bus nous amène à Barjac où le vent est moins fort, mais suffisant pour rendre l’air atmosphérique agité et la chaleur supportable…

Je ne vous ferai pas le couplet sur mes conditions idylliques, et la terrasse ombragée d’où j’écris cette chronique… Je l’ai déjà fait l’année dernière les curieux n’ont qu’à s’y reporter, je loge au même endroit !

Je passe tout de suite au vif du sujet… A 17 heures 30 sous les platanes, cérémonie d’ouverture du festival… Le Maire de Barjac, très ému, évoque Jean Ferrat avec beaucoup de délicatesse et de poésie : si les platanes avaient une mémoire, comme l’eau, ils pourraient évoquer la présence de Jean Ferrat à l’occasion de bien des éditions précédentes du festival. Et il annonce, à la grande satisfaction de tous les participants, que la municipalité a décidé d’appeler la cour du château « Espace Jean Ferrat ». Jofroi présente alors rapidement le festival et enchaîne avec la chanson « Tu aurais pu vivre encore un peu » qui émeut aux larmes les gens de l’assistance. Puis il passe le micro à Natacha Ezdra qui malgré les craquements intempestifs de la sono, nous enchaîne deux chansons de Ferrat et entame (en deux temps) « Tu es venu ». Elle est alors relayée en cours de chanson par Véronique Estel, la fille de Christine Sèvres dont Jean Ferrat fut en quelque sorte le père adoptif. Moi, je suis bouleversé par sa voix et sa diction dont des accents rappellent irrémédiablement ceux de sa mère disparue depuis bientôt trente ans. Christine Sèvres avait chanté cette chanson d’une façon absolument inoubliable, et il suffit de réécouter son CD pour s’en convaincre. Réentendre ces intonations si spécifiques, et revoir le visage de Christine Sèvres à travers les traits de sa fille a quelque chose d’absolument magique. Je ne suis pas seul à être sous le coup de l’émotion… Elle enchaîne alors Oural Ouralou a capella et cette voix qui semble revenir de si loin est proprement stupéfiante. Puis vient Francesca Solleville qui nous chante « J’entends, J’entends » et Natacha et Willy avec son orgue de barbarie entonnent « La Montagne » reprise par le public qui connaît sur le bout des doigts refrain ET couplets. Y a t il beaucoup de chansons dont tout le monde connaisse par cœur le refrain ET les couplets ??? Enfin, cette petite cérémonie se termine avec un groupe sud américain qui nous joue, avec ses instruments (flûtes, percussions, guitares) et dans son style, des chansons de Ferrat dont tout le public fredonne les paroles pendant qu’il les joue. S’il avait fallu mesurer la trace de Jean Ferrat sur les festivaliers de Barjac, c’est ici qu’elle était palpable.

Donc après les retrouvailles annuelles, les bises et poignées, les échanges de nouvelles, on s’achemine doucement vers la soirée de Francesca Solleville qui affiche complet, grand complet, à tel point que certains spectateurs éconduits vont venir la suivre dans son intégralité derrière la grille en tournant le dos à la scène !
Que dire de cette soirée carte blanche à Francesca, sinon qu’elle fut magique, unique, et qu’elle est exactement typique de ce que peut offrir le festival de Barjac et aucun autre. Et que les festivaliers ont dans la tête et dans les yeux un moment non reproductible, inédit et qu’ils ont en plus du plaisir de la soirée le sentiment d’avoir été des témoins exclusifs et privilégiés de cet événement. J’ai noté les chansons, mais je ne vais pas entrer dans un fastidieux catalogue, simplement quelques instantanés. Nathalie Fortin qui, avec un excellent accordéoniste dont je n’ai pas noté le nom, hélas, excuses à lui, a accompagné tout le spectacle, avec beaucoup de brio et de musicalité (excellent dosage entre piano et accordéon, aucune couverture de voix) ; ils se sont bien battus avec le mistral à coups d’élastiques et de pinces à linge pour retenir les partitions sur leurs lutrins, et ils furent chaleureusement applaudis comme ils le méritaient ! Les chauves-souris faisaient des passages-éclair. Le corsage rouge de Francesca ondulait sous les coups de vent, ses cheveux se redressaient au dessus de sa tête. Sa voix qui n’est pas celle d’une septuagénaire, intacte, pénétrante, au service d’une diction impeccable, s’est ralentie par rapport à celle d’il y a vingt ou même dix ans, et a gagné en émotion ce qu’elle a perdu en célérité et en grain. Magnifique. Et, les amis de Francesca sont venus les uns après les autres, par vagues successives, chanter leurs chansons, pour le public évidemment, mais aussi pour leur amie de scène et de chansons, Francesca, pour laquelle, la plupart avaient écrit ! Donc, après sept chansons par Francesca arrivent sur scène chacun pour une chanson Allain Leprest, Jean-Michel Piton, Bernard Joyet et Gilbert Laffaille. Puis elle reprend 5 chansons et ce sont Michel Buhler, Gérard Pierron et Anne Sylvestre, laquelle terminera la première partie par « Une sorcière comme les autres » que je n’ai jamais entendue avec une telle intensité. Après un long entracte, au cours duquel chacun se couvre d’une petite ou grosse laine, car le mistral de minuit est devenu frisquet, Anne Sylvestre, puis Gérard Pierron, Rémo Gary, Gilbert Laffaille et Yvan Dautin reviennent chacun pour une chanson. Francesca revient alors pour 5 chansons dont la fameux « Mexico 1968 » et laisse de nouveau la place à Jean-Michel Piton, puis Michel Buhler et Allain Leprest qui chante l’inévitable « C’est peut-être ». Enfin, Francesca revient, chante 4 chansons (Maurice Fanon, Anne Sylvestre, Jean Ferrat et Rémo Gary) et tous ensemble vont chanter dans une belle improvisation et un beau désordre cette chanson méconnue de Jacques Serizier « Entre nous ». Heureusement que Nathalie Fortin était là pour donner un semblant de cohérence rythmique et musicale… mais l’essentiel n’était pas là : il était dans cette amitié palpable entre tous, dans cette solidarité heureuse et féconde qui les unissait à Francesca. Et ils étaient là pour la lui signifier, et le public renchérissait, heureux lui aussi. Francesca était très émue… Elle qui se trompe rarement a dû à plusieurs reprises avoir recours à Nathalie qui lui soufflait le texte : c’était le trouble de l’ambiance… Dans la dernière chanson qui clôturait le spectacle, « Ma France » elle s’est un moment trouvée sans voix, et le public a chanté à sa place les paroles qu’elle ne pouvait plus prononcer en même temps qu’elle retenait ses larmes. Des moments comme ça, seul Barjac peut en offrir et les festivaliers ne s’y sont pas trompés qui ont fait un triomphe.

Ca s’est terminé à 1 h 30 du matin… Un peu tard à mon gré pour une première soirée… Chacun était fatigué du voyage et les organismes n’avaient pas encore l’habitude de ces couchers tardifs… Peut-être qu’en commençant à l’heure, en raccourcissant l’entracte et en élaguant quelques chansons, on aurait pu faire aussi bien, et moins long. Mais la fine bouche n’est pas au programme.

Amitiés à toutes et tous

François

Barjac 2010
Journée du dimanche 25 juillet

Bonjour à toutes et tous

Le mistral de la veille s’est un peu calmé au cours de la journée. L’air est moins agité. Mais pour nous, gens peu habitués à la chaleur, ce mistral a rendu l’atmosphère moins écrasante et on lui en sait gré. La journée commence par un petit tour à la foire bio où on peut se réapprovisionner en miels, confitures, vins, légumes, pâtisseries, essences de lavande et autres produits tous plus sains et naturels les uns que les autres, et, pour ceux qui sont comestibles, délicieux !

Vers midi trente, apéro sur l’esplanade du château pour la sortie du CD en public de Gilbert Laffaille avec Nathalie Fortin au piano. J’ai eu la chance de voir (et même d’enregistrer pour mon émission de radio !) ce spectacle aux Faites de la Chanson d’Arras en 2009. C’est un excellent spectacle où Gilbert Laffaille, très à l’aise, dans la plénitude de ses moyens et avec son stock de chansons et de sketches, construit un parcours au long duquel le temps passe sans que le spectateur s’en rende compte ! J’ajoute qu’en 2009, j’avais aussi été ébloui par le piano de Nathalie Fortin, ajoutant de la richesse aux mélodies et aux rythmes des chansons : elle avait retravaillé tous les arrangements et ça s’entendait, et son peu de mouvements devant le clavier ajoutait à l’impression d’extrême mobilité de ses doigts sur les touches. Impériale, Nathalie Fortin, comme je ne l’avais encore jamais vue. Alors, ils nous ont fait, au débotté et en plein air, en improvisation complète, sans partitions ni conducteur, quatre chansons : l’inévitable « Le Président et l’Eléphant », « Ca ne tient qu’à un fil » avec un accompagnement très blues de Nathalie (elle disait qu’elle était mal réveillée – on la comprend ! - qu’est ce que c’est lorsqu’elle est en forme !), puis « La Java sans modération » en duo toujours inopiné avec Gérard Pierron, et enfin « Les raisins dorés » qu’il avait fait la veille dans le spectacle de Francesca… Extraordinaire : les participants étaient ravis et les applaudissements qui ont suivi pour les deux artistes ont duré au moins le temps d’une chanson. Nathalie est devenue une des chouchoutes du public de Barjac qui ne manque pas une occasion de le lui faire savoir. Elle le mérite et je pense qu’elle doit savourer cette reconnaissance avec plaisir dans son for intérieur, au-delà de son attitude discrète et réservée. Ces apéros sont une superbe invention dans ce festival, un temps d’écoute suivi d’un temps de convivialité où on retrouve les amis et connaissances autour d’un petit verre, où peuvent se prendre des rendez-vous et s’échanger des adresses et des numéros de téléphone, ou simplement des impressions sur les spectacles passés.

Après ça, une bonne sieste, car la nuit précédente avait été courte, et les rythmes du corps ne se sont pas encore calés sur ceux du festival. Et on passe aux spectacles de l’après-midi sous ce chapiteau, moins chaud grâce au mistral mais agité de soubresauts au gré des bourrasques.

Première séquence, deux artistes, donc chacune une grosse demi-heure… De mémoire de récent festivalier, c’était une première. Eh bien, je trouve l’idée très heureuse pour de jeunes artistes qui n’ont pas encore un répertoire capable de tenir un public une heure sans risquer le naufrage, mais qui ont besoin de faire de la scène pour justement se le construire solidement. Mission accomplie pour Lily Luca. Vous la connaissez, vous l’avez vue dans le dernier DVD Tranches de Scènes qui chante (titre de mémoire) « futur 2000 ». Ce que je vais vous dire ne fera pas l’unanimité, mais je trouve que cette jeune artiste a des potentialités. Bien sûr, ses jeux de guitare et d’accordéon ne sont pas très sûrs, bien sûr son attitude n’est pas encore très disons communicante… Mais il faut passer au-delà de ces apparences, qui peuvent se corriger, et écouter ses chansons, et je trouve qu’il y a de beaux écrits et des idées originales, qu’il faut sans doute aller gratter derrière certaines pour y découvrir des sujets de réflexion actuels et universels et pas égocentriques. Réflexions générales sur la fragilité de la femme, dans son corps, dans son destin, dans sa vulnérabilité devant le monde et ses agressions, dans les plus ou moins grandes mutilations qu’on lui impose (raser ses poils !), dans son désir de liberté qui se heurte à des contingences qui peuvent être dangereuses (Glauque-trotter). Réflexion avec un angle d’attaque original sur la confiance rejetée dans l’avenir et ce qu’elle devient avec le temps (futur 2000), et réflexion aussi sur les chaos de sa propre réflexion (« J’ai descendu les poubelles au fond de mon inconscient » - de mémoire !). Et puis mention spéciale pour la première chanson qui est une réflexion, justement, sur l’entrée en scène et le rôle de la première chanson. Original ! Elle ne tiendrait pas encore un spectacle de long… Mais avec des conseils, du travail de scène et un musicien, je pense qu’elle peut en avoir l’étoffe. Et il faut aussi que le public de Barjac se rende compte qu’il y a des étapes à franchir les unes après les autres pour arriver à son niveau d’exigence…

Je serai moins emballé par Sarah Léveillé, qui comme beaucoup de québécoises, se contente d’un minimum syndical d’écriture, abuse des onomatopées et autres simulations vocales, et essaye de passer au culot. Là encore, je peux me tromper, n’avoir pas eu l’énergie d’écouter avec attention tous les textes… J’ai repéré de bonnes intentions (Une laideronne sous la pluie qui se retrouve comme toutes les autres, les images de films qui tiennent lieu de vie, l’histoire de la mal lunée) mais un peu courtes pour faire des chansons et pour contenter le public de Barjac. Dommage pour le Québec… J’aime bien la chanson québécoise !

Second spectacle de l’après-midi après un petit entracte au cours duquel on s’est fort intéressé à une branche morte de platane menaçant de tomber sur… la buvette ! Là, je pense avoir très peu de détracteurs en disant qu’on a passé une heure extraordinaire de rire, de plaisir et, ne l’oublions pas, de chansons ! Unanimité pour le spectacle d’Alain Sourigues : avec sa faconde et son accent du sud-ouest, son humour décapant, son sens des mots et des expressions qui déclenchent le rire sans pour autant être dépourvues de signification cachée, ses sketches, ses chansons et ses musiciens complices, il nous a épuisés les zygomatiques un heure de long… Et là, comme le disait Jean Ferrat dans un autre contexte « On ne voit pas le temps passer » ! C’est le genre de spectacle que l’on reverrait bien à l’identique une seconde fois : ce n’est pas fréquent. La seconde fois, on découvre souvent toutes les ficelles, et il est rare qu’on rie deux fois de suite à la même blague vaseuse, et c’est un peu l’écueil de certains disques en public. Mais là, c’était tellement dense, tellement malin qu’on redécouvrirait avec plaisir tout l’humour et tout ce qui aurait échappé ! Il m’arrive rarement de faire ce genre de compliment pour un spectacle dont le ressort principal est le rire… Alors, le danger dans une telle ambiance, c’est qu’on passe à côté des chansons, qu’on les vive comme une récréation entre les sketches et non comme des morceaux à part entière du spectacle. Certaines sont bien sûr très truculentes, sans aucune grivoiserie, il y a toujours de la retenue et de l’élégance dans le propos, le rire n’est pas synonyme de grossièreté. D’autres sont très délicates et en contraste avec le ton général du spectacle, on a tendance à les oublier, mais elles montrent toute la tendresse du personnage, voire par petites pointes, sa mélancolie. Et elles sont mélodieuses, accompagnées à la guitare ou au banjo et à la contrebasse par d’excellents musiciens complices. Alain Sourigues m’a irrésistiblement évoqué (côté chansons) le jeune Pierre Perret première mouture, qui après « J’attends Adèle pour la bagatelle » ou « Le tord-boyaux », nous sortait une délicate « Blanche » pleine de pudeur et de retenue. Si vous manquez d’idées pour organiser des spectacles, pensez Alain Sourigues… Succès garanti ! Et pour illustrer encore le propos, cette anecdote : le soir, au château, Alain Sourigues vient incognito sur le balcon de droite avant le début du spectacle… Dès qu’il est reconnu par quelques spectateurs, il est accueilli par des applaudissements qui grossissent au fur et à mesure de la prise de conscience de sa présence. Il bénéficie en quelque sorte d’un supplément de rappel qui signifie bien la satisfaction des spectateurs : c’est la première fois que je vois ça à Barjac !
Petit aparté : j’ai vécu le spectacle à côté de Romain Didier qui, par le hasard des places vides, était venu s’asseoir à côté de moi : je peux vous assurer qu’il a beaucoup ri et complètement apprécié ce spectacle !

Le soir maintenant… Sur la grande scène et en première partie, Alice Dézailes, une jeune interprète de 24 ans et son pianiste de 20 ans, Alban Claudin. Apparemment pas impressionnée du tout (elle me dira après que justement si, très impressionnée !!!) elle a enchaîné des chansons qui ont surpris les spectateurs par leur qualité d’écriture tant textuelle que musicale. Ils apprendront vers la fin du tour de chant que ses auteurs sont Allain Leprest, Pascal Mathieu, Claude Lemesle, Alain Nitchaeff et Rémo Gary mis en musique par Romain Didier, et mesureront la chance de cette jeune femme de bénéficier ainsi de chansons « sur mesure » ! Alors ces chansons ont en commun un regard humaniste sur notre société et ses dérives (« C’est qui le salaud », « Partition de septembre », « Le maréchal des sans-logis »), de belles approches de la vie, de ses agressions (« Du côté d’Annecy »), de l’amour, de la solitude (« Dans ma boîte à lettres »), du temps qui passe (« Tout notre Temps »), de l’avenir (« J’ai tout devant moi »), et des errances psychologiques (« Dans mon cerveau ça déménage ! »)… Le tout est servi par une belle prestance et une voix chaude avec un très léger voile qui en fait toute son originalité. On regrettera la diction un peu précipitée sur quelques chansons. De tels textes ont besoin d’un peu de temps de réception pour être compris et goûtés… Mais, j’avais déjà vu (et interviewé !) Alice l’année dernière… Je peux vous assurer qu’avec son pianiste, elle a bossé, et que le saut qualitatif de leur travail est patent. Je le lui ai d’ailleurs dit après le spectacle et je peux aussi vous assurer qu’elle avait chaud aux joues !

Sur la seconde partie, il y a moins à dire… Angélique Ionatos et Katerina Fotinaki nous ont entraînés dans la Grèce aussi bien antique et mythologique que contemporaine, avec de belles chansons dont elles nous donnaient le sens au préalable. Le folklore et la tradition musicale grecques sont riches. C’était très beau, très musical, les deux artistes ont une voix vraiment superbe et jouent avec délicatesse et doigté de la guitare. Les couleurs et les ambiances accompagnaient bien le chant et l’ombre d’Angélique sur le mur d’enceinte du château était du plus bel effet à gauche de la scène. Elles nous ont donné aussi un texte de Pablo Neruda mis en musique par Angélique, et deux reprises de chansons françaises : « Quel joli temps » (si mes souvenirs ne me trompent pas, de Françoise Lo, alias Sophie Makhno, et Barbara) par Katarina, et « Cette Blessure » de Léo Ferré par Angélique. Et en rappel, une berceuse bienvenue car ce premier jour fut dense !

Avant le spectacle, Jacques Bertin nous avait annoncé les lauréats du prix Jacques Douai qui sera remis à l’apéro : Chant’Appart de la région nantaise et Véronique Pestel. J’en suis absolument ravi, et j’ai déjà eu l’occasion de l’en féliciter à l’entracte. Merveilleuse artiste que Véronique Pestel, dont le spectacle aux « Faites de la Chanson » à Arras a littéralement emballé les spectateurs, il suffisait de lire la presse le lendemain.

Amitiés à toutes et tous.

François

Barjac 2010
Journée du lundi 26 juillet

Bonjour à toutes et tous…

Pour la poignée (la salle est tout de suite pleine !) de matinaux qui n’écrivent pas de chronique après leur petit-déjeuner, il y avait au cinéma une projection de séquences de Jean Ferrat recueillies à l’INA (aparté : sans doute à bon prix, car l’INA n’est pas réputé pour sa philanthropie ; aparté terminé). En ce qui me concerne, ma journée festivalière commence à midi trente, sur le parvis du château, par la remise du prix Jacques Douai. L’inénarrable Jacques Bertin fait encore rire tout son monde en relisant pour la nième fois la phrase ampoulée qui définit la philosophie de ce prix. Puis c’est la remise dans la sobriété de ces jolis parchemins à leurs récipiendaires. Le fondateur des Chant’Apart de Vendée nous explique la démarche de cette association qui a maintenant quinze ans d’âge et qui a vu passer bien des artistes des scènes « Barjacoises », à commencer par Véronique Pestel (qui serait bienvenue sur la grande scène l’année prochaine, c’est juste une suggestion, comme ça !). Celle-ci reçoit son prix avec une émotion réelle mais bien retenue, et au milieu de ses remerciements nous offre a capella quelques extraits de chansons. Entendre « La parole de l’autre » sans piano, rien que les mots et la mélodie fut pour moi un intense moment de bonheur. Merveilleuse artiste, riche de sa simplicité et de sa générosité. Puis le verre de l’amitié, le petit rosé de Barjac, qui est prétexte à rencontres et à discussions animées avec les uns, les unes, les autres qui se reconnaîtront. On y aborde beaucoup de sujets dont certains ont animé cette liste et doivent de préférence être évités, et les raccourcis de la conversation sont parfois plus parlants que les circonvolutions épistolaires des messages écrits.

On en vient à l’après-midi sous le chapiteau. Il faut le dire, les conditions ne sont pas idéales pour les artistes. Outre la chaleur (encore que cette année ce soit beaucoup plus supportable, le mistral ayant provoqué un rafraîchissement général du climat qui assure un supplément de bien-être aux septentrionaux), il y a les bourrasques qui font claquer la toile et le bruit des voitures et des camions passant sur la route voisine… Mais, bon, ce sont les aléas du spectacle, ils en voient d’autres. Quoiqu’il en soit, Hervé Akrich s’est lancé et dès sa première chanson, il a accroché le public… Je connaissais son spectacle pour l’avoir vu en version longue à Arras en juin dernier (second aparté : on lui avait demandé alors de chanter une chanson de Jean Ferrat qui était le fil rouge de ce festival, et il s’était exécuté… Les présents comprendront le sens de cet aparté ; aparté terminé). Je constate qu’une version condensée à une heure de son spectacle a beaucoup plus de rythme, et passe beaucoup mieux. Ses chansons qui abordent ce qui lui fait mal par l’angle d’attaque des mots et de ce que leurs assonances suggèrent, ont beaucoup plu. Le genre n’était pas à l’éclat de rire comme la veille avec Alain Sourigues, mais plutôt au sourire… et c’est passé, le public de Barjac a apprécié la qualité d’écriture, l’originalité des thèmes et de leur approche, toujours décalée, mais toujours bien ciblée, bien efficace. Que ce soit les immigrants, les filles de seconde génération, les reconduites dans le pays d’origine, le rétrécissement de la faune aux parcs zoologiques et la tromperie qu’elle manifeste, l’affirmation de l’athéisme, les fêtes de charité qui donnent bonne conscience ou simplement les difficultés d’être soi dans le couple (« N’essaie pas de m’refaire, tu f’ras pas mieux qu’ma mère ! »), tous ces thèmes graves sont traités par l’angle des mots et de l’humour, avec une plume et une écriture bien personnelles. Ca manque parfois de mélodie. Mais le spectacle est bien huilé, les enchaînements bien travaillés et le succès au bout du compte. Les applaudissements furent tellement longs qu’il n’a pas pu faire son rappel dans le temps imparti. Il s’est même payé le culot de demander – en plaisanterie - une ovation comparable à celle de Sourigues le soir en entrant au château, pour que sa mère au bout du fil l’entende !!… et ça a marché, au premier degré ! Un sacré numéro cet Hervé Akrich… Je le sais d’autant plus que je l’ai interviewé à Arras, et je peux vous dire que c’est un bon client !

Second spectacle, celui de Pierre Margot. Je ne vous cache pas que ce compte-rendu est pour moi délicat : j’ai tellement aimé les chansons de Pierre Margot dans son disque Kamaïeu que j’en ai fait un papier dans Vinyl… Et je persiste : ses chansons sont extraordinaires, écoutez son disque, faites en l’acquisition, vous ne serez pas déçus. Alors devoir dire que le public de Barjac n’a pas apprécié son spectacle, que de l’avis général, il s’est un peu planté et désuni, qu’il est sans doute passé à côté de ce que ce public là attend, c’est pour moi un crève-cœur. Mais c’est aussi ce que j’ai ressenti… Et pourtant, il était parti très fort : sa première chanson sur l’amitié, très belle dans sa progression a été bien accueillie et a provoqué une belle longueur d’applaudissements, et je me suis dit alors, c’est bon, c’est bien parti… Et puis les chansons suivantes ont été un peu bradées par une mise en scène qui ne leur correspondait pas et elles sont tombées à plat, le public a décroché. Une chanson aussi forte que « Les enfants de l’erreur » a été mal audible, la chanson « l’argent » a été ampoulée alors qu’elle aurait dû être au contraire intime par la référence au cinéma des gosses, et tout à l’avenant. Après des hauts et des bas, le « Kamaïeu » final qui devait être l’apothéose, très forte chanson s’il en est, hymne à la vie, combat contre la mort… est tombé bien à plat… Pas de rappel, et durant tout le spectacle un petit filet hémorragique de spectateurs quittant la salle, de quoi déstabiliser… Ceci est une chronique, je ne vais pas me livrer à une analyse et essayer de chercher les raisons de ce petit fiasco dans les choix de l’artiste : sa mise en scène marche peut-être ailleurs, pourquoi pas à Barjac ? Sans doute que Barjac a un public exigeant qui n’aime pas qu’on le distraie de l’écoute des chansons par des enfantillages et des apartés un peu puérils il faut bien le dire. Ces chansons auraient mérité moins de mise en scène et plus d’intimité, recentrée sur les sentiments profonds qu’elles expriment et non dispersées dans des paillettes. L’incompréhension des spectateurs est venue essentiellement de ce hiatus. Ajoutez à ça le fait que l’artiste chante beaucoup trop près du micro et que de ce fait le son de sa voix est écrasé, parasité, les mots pas toujours compréhensibles, qu’il aurait intérêt à utiliser ces micros fixés au visage comme Sourigues ou Arbatz l’ont fait. Et aussi le retard dans l’horaire qui a sans doute fait partir un certain nombre de spectateurs qui avaient réservé leur restaurant ou devaient retourner à leur gîte pour dîner, se vêtir et être à l’heure pour la soirée, et vous aurez une partie des ingrédients d’un ratage, qui, tout le monde l’a compris, me navre. Je terminerai ce paragraphe par une dernière réflexion qui n’a peut-être pas de valeur générale : les comédiens et metteurs-en-scènes de théâtre sont peut-être plus efficaces pour mettre en scène des textes des autres que des chansons, et surtout leurs propres chansons. Peut-être un œil extérieur exercé, style Joyet ou Morel, pourraient intervenir et mettre en conformité et en adéquation le propos des chansons et son expression en spectacle…

On en vient au soir… Première partie calamiteuse avec Pascale Delagnes, une belge inconnue et qu’elle le reste. Avis unanime : écriture incompréhensible des textes, tantôt mystique, tantôt à l’eau de rose, musiques non structurées, introductions laborieuses et sans intérêt, musiciens qui jouent un peu n’importe quoi et qui abusent des samplers… On attendait que ça se passe ! L’intérêt d’être programmé en première partie sur la grande scène, c’est que le public reste, car d’une part il est venu pour la deuxième partie, et d’autre part, essayez de vous extirper des gradins en cours de spectacle et vous verrez… Alors, puisqu’il est là, et qu’il est bien élevé, et en vertu des habitudes acquises, il applaudit ! Et l’ « artiste » prend ça pour des rappels… N’épiloguons pas.

Evidemment, toute autre ambiance avec Michel Arbatz qui commence très fort avec ses chansons et son balai et emporte l’adhésion du public avec sa cascade de jeux de mots quand il chante la rareté du cul… Ce n’est pas racontable, c’est à entendre et c’est un flot ininterrompu de calembours qui ont tous un double sens… Evidemment, ça va trop vite, on ne pige pas tout et c’est un encouragement certain à acquérir les CD que l’on écoutera avec le livret pour tenter de ne rien manquer ! Suit le célèbre sketch des points cardinaux où les jeux de mots sont prétextes à une leçon de géopolitique de grande classe. Et puis ça se poursuit avec son super guitariste complice… Ce qui est extraordinaire chez Michel Arbatz c’est la puissance de son imagination, celle qui lui fait choisir ses thèmes de chansons et celle qui lui inspire les façons de les traiter… Qu’on en juge… On passe de « Mad of money » à « je t’aime » chanté dans toutes les langues de la planète, d’une réflexion sur l’autre-loterie à une chanson de noms propres intitulée « Eilath Akaba » qui en dit long sur le conflit du secteur, du DDT qui tue les abeilles aux vaches qui pètent, de Zatopek aux saints espagnols… Bref, l’esprit est en perpétuel éveil et on n’a pas un moment pour souffler, sauf peut-être le « trou » ménagé avec beaucoup d’à propos au milieu du spectacle. C’est du grand art : tout s’enchaîne de façon apparemment naturelle – évidemment c’est préparé au quart de poil – et seule la fatigue peut vous faire décrocher… et quand vous avez décroché dans une chanson, inutile de chercher à raccrocher, le mieux est d’attendre la chanson suivante pour remobiliser son esprit. Eblouissement assuré. L’art de Michel Arbatz est de vous faire croire un peu plus intelligent que prévu si vous avez compris une partie de ses jeux de langage ! Belle seconde partie qui, au dire des spectateurs inconnus qui m’entouraient, a bien racheté la première et a justifié la soirée.

Amitiés à toutes et tous

François

Barjac 2010
Journée du mardi 27 juillet

Bonjour à toutes et tous…

Le désormais rituel apéro de midi trente sur le parvis du château était cette fois organisé autour du CD « Chansons à Bretelles » dans lequel 22 artistes s’accompagnant à l’accordéon ont proposé une chanson, inédite pour un bon tiers. On ne dira jamais assez de bien de ce genre de compilations. Elles permettent de faire connaissance avec plein de nouveaux artistes… et nous en avons eu la preuve sur le petit plateau où successivement Nicolas Ducron, François Fabre, Thierry Svahn, Corentin Coko et Emilie Cadiou nous ont chanté une ou deux chansons au milieu du mistral et des bavardages. Qui les connaissait ? Je connaissais Nicolas Ducron qui était mon régional de l’étape puisqu’il est originaire de Boulogne-sur-Mer. Il est, depuis plusieurs années, la cheville ouvrière du groupe « Les fouteurs de joie » qui fait un beau spectacle quasiment en acoustique, (et c’est bien reposant pour les oreilles) et dont le style se rapproche de celui d’ « Entre deux caisses ». (Ce qui entre parenthèses montre la difficulté pour les groupes à se trouver un nom, et que l’étincelle du hasard pour par exemple « Les frères Jacques » ne marche pas à tous les coups !) Il vient de sortir un CD, « L’agitation humaine » avec de bien belles chansons et que je vous recommande en connaissance de cause. Voilà pour ma petite séquence promo ! J’avoue aussi avoir découvert François Fabre, Thierry Svahn qui joue en même temps de l’harmonica et de l’accordéon, ce qui est singulier, et chante avec une belle voix rocailleuse des textes dynamiques et Emilie Cadiou qui a une voix douce et de bien belles ballades.

Et après la sieste, on attaque le chapiteau qui ressemble de plus en plus à un four, et on y découvre Flavia seule sur scène avec sa guitare et son sampler. Et on passe un bon moment car les chansons de Flavia sont fraîches, sans prétention, à la fois naïves et culotées, avec de belles intentions et de belles trouvailles, et aussi musicalement agréables. Flavia joue fort bien de la guitare et l’utilisation du sampler est pertinente et mesurée. Enfin Flavia a un sens de la scène, une présence et un naturel qui font immédiatement passer entre l’artiste et le public ce petit courant de sympathie sans lequel il n’y a pas de spectacle possible ! Le propos des chansons est intelligible à la première écoute, le déroulement de l’exposé de l’idée ou de l’histoire est linéaire, et c’est aussi reposant et agréable de ne pas automatiquement chercher un second degré. Alors, Flavia habille pour l’hiver et sans complexes les divers consultants, coaches et producteurs (« Hector le Croque Mort »), s’en prend à la télé et aux people, nous fait faire connaissance avec Noire Charbon, la grande sœur de Blanche Neige passée inaperçue, et donne des explications économiques à sa charge pondérale : c’est son assurance disette, et c’est pourquoi elle est capitaliste de la nourriture ! Et quand elle met de côté l’humour, c’est pour se mettre en solidarité avec ceux qui n’ont pas la même couleur de peau (« La peau blanche, une chance en France ») ou pour s’en prendre à la dictature de l’argent (« Là où il y a de l’amour, il y a de l’espoir, là où il y a du chiffre c’est le trou noir »). Flavia a encore une belle marge de progression, mais d’ores et déjà elle est à la fois attachante et opérationnelle sur une scène.

Seconde session sous la tente, c’est autre chose… Christophe Bonzom. Longue silhouette mince vêtue d’un marcel sombre, d’un pantalon vert et de baskets… Une tête allongée et des mains interminables… Il est accompagné d’un guitariste très attentif qui varie à la perfection les ambiances musicales en s’aidant lui aussi parfois d’un sampler. On entre tout de suite dans son univers où l’érotisme est présent avec autant d’insistance que de retenue, c’est même une belle prouesse : il chante les baisers, les jambes des femmes, la douceur du corps et le souvenir de Victor Noir dont le monument funéraire alimente toutes les possibilités de l’imagination ou du réel ! Il se met en empathie avec Alice une vieille prostituée, parle de Pompéi et d’une sirène envoûtante ramenée de Copenhague évidemment et qui a pris ses quartiers dans la Seine ! Une page météo lui permet de faire dire sa dépression et ses envies par Marie-Pierre Planchon, et avec Claudine, il « vit les coups de mou de la vie. » Il fait l’amour avec plusieurs hommes pour échapper à Ramona, s’interroge sur la présence de beaux bandits dans nos sentiers, et sur les haies qui cloisonnent (« Je hais les haies »). Comme on le voit, un monde spécial, onirique qu’il anime des mouvements de son corps et de ses mains et qu’il accompagne de quelques citations ou poèmes de Queneau, Gainsbourg ou Dimey. On aime ou on n’aime pas. Je pense qu’il faut se laisser prendre par le personnage et ne pas se poser de questions, goûter la beauté des textes, des musiques, la pertinence de la voix et du chant, et on passe vraiment un bon moment… Certains, qui n’aiment pas, pensent sans doute avoir, à cette heure tardive d’autres obligations plus importantes et quittent le chaudron… La deuxième session de l’après-midi est redoutable en termes de fuites, et je nourris pour les jours suivants toutes les craintes pour Alain Nitchaeff et surtout Vanina Michel… Je ne veux pas jouer l’oiseau de mauvais augure, mais je prends conscience des réalités.

Le soir sur la grande scène, en première partie Coline Malice. Je ne suis sans doute pas objectif vis-à-vis de Coline Malice dont j’ai suivi le parcours depuis ses premières scènes, ses premières chansons un peu naïves et musicalement homogènes, et dont j’ai pu mesurer et apprécier les énormes progrès en quelques années. C’est une artiste sympathique, généreuse, et ce qui ne gâte rien, bosseuse. Ce n’est pas par hasard qu’elle avait beaucoup impressionné les festivaliers lors de l’hommage à Bernard Haillant l’année dernière : elle avait bien répété et travaillé ses interventions (certains auraient pu prendre exemple !!!) et était apparue alors comme une superbe interprète, qu’elle est toujours ! Et ce spectacle a de toute évidence été pensé et construit avec soin pour mettre en valeur ses nouvelles chansons. Chez elle aussi, le propos est direct, immédiatement compréhensible, c’est de la chanson premier degré, mais terriblement efficace lorsqu’elle est si bien servie… L’émotion qu’elle suscite chez le spectateur apparaît au fil des chansons quand elle chante l’amour (« Serre-moi fort ») et lorsqu’elle évoque la petite Lola qui a deux mamans, les vieilles dames qui perdent la notion du temps, et nous aussi quand elles s’en vont, les gens du voyage ou Maurice et Sarah cachés par une juste dans une cave pendant la seconde guerre mondiale. Entre deux, elle nous convie dans son île déserte qui est un leurre (Chanson de Gilles Michel du groupe « Adage »), elle parle de la mer comme d’une personne qui subit les pires outrages et voudrait éradiquer la violence. Elle termine par un hymne à la vie et un hommage aux « Bretelles à piano ». C’est beau, c’est bien fait, et ça passe : les spectateurs applaudissent vigoureusement l’artiste, son pianiste et leurs accordéons !

Seconde partie, Gabriel Yacoub. Et là, on entre dans un univers où la musique aura une place prépondérante dans le spectacle : un piano (le pianiste prend aussi la basse de temps en temps !), une vielle à roue, et un quatuor de cuivres sans compter les guitares et autres banjos que le chanteur utilise lui-même. Il est à l’aise sur scène. Avec sa longue silhouette émaciée et ses cheveux gris, sa voix rocailleuse, il évoque physiquement Hugues Aufray. Mais évidemment, ce n’est pas le même registre. Gabriel Yacoub a gardé de sa trajectoire avec Malicorne un style de musiques à mi-chemin entre le traditionnel et le moderne et un style de chansons où le texte tourne autour d’un lieu, d’une personne ou d’une idée privilégiée… Il chante les cafés où l’on peut se rencontrer et échanger, des souvenirs d’enfance ou de jeunesse, le besoin d’apprendre les noms des oiseaux, la bougie qui reste allumée, la poésie ou une belle anversoise. Parfois il devient plus grave lorsqu’il parle de ce qu’il ne pourra pas rendre ou prévoit d’avoir envie de partir définitivement… Et il ravit tous les spectateurs en reprenant un titre de Malicorne « Pierre de Grenoble ». Pour ma part, je me suis plus laissé porter par la musique que par les chansons, et j’ai passé une seconde partie de soirée comme à l’écoute d’un concert classique ou folklorique. Et j’en suis sorti heureux, avec un peu les mêmes sentiments que deux jours auparavant, à l’issue de la prestation d’Angélique Ionatos : la beauté de la musique avant le reste.

Amitiés à toutes et tous.

François

Barjac 2010
Journée du mercredi 28 juillet

Bonjour à toutes et tous…

C’est la dernière chronique que j’écris à Barjac dans les conditions paradisiaques que me permet d’avoir ma logeuse ! Déjà ! Que ça a passé vite !

La journée commence par le désormais incontournable apéro, ici offert par François Gaillard pour la sortie de son dernier CD « On s’en fout ». Il en chante quelques chansons accompagné par son inséparable accordéon… Et il le reconnaît lui-même : après l’apéro d’hier, la soirée avec Coline Malice et lui encore à l’accordéon, on frise l’overdose. Je suis dans mes petits souliers, car l’année dernière, le spectacle de François Gaillard et ses chansons m’avaient inspirés une chronique déçue et amère, et mes propos qui ne se rapportaient qu’au spectacle et à l’interprétation que j’en faisais, avaient été pris comme une médisance à l’égard de la personne de François Gaillard. Il paraît que cette chronique a provoqué un tollé : « On ne peut pas dire de pareilles choses de François Gaillard ». Je ne renie en rien mes impressions du spectacle, l’analyse que j’en faisais et les conclusions que j’en tirais. Néanmoins, je n’ai rien contre François Gaillard et Marie Bobin qui me semblent être des personnes charmantes et tolérantes si j’en juge par leur comportement à mon égard et malgré ce que j’avais écrit. Je trouve certaines chansons de ce dernier CD intéressantes et dignes de passer en radio (et je le ferai), et je reconnais à François Gaillard un beau talent d’écriture, une finesse d’observation et de transgression à travers le vocabulaire. Mais je trouve aussi que ses musiques sont répétitives et son accompagnement d’accordéon stéréotypé : il devrait demander à plus qualifiés d’écrire les musiques, et penser à se faire plus richement accompagner : un pianiste ou un guitariste doublant sur scène son accordéon seraient du meilleur aloi, et sans doute plus productif que des vidéos. Mais il fait et assume ses choix. Et je viens de m’autocensurer un paragraphe où je tente laborieusement d’analyser les raisons d’une difficulté d’adhésion. Ca n’a pas sa place ici, et je n’ai pas envie d’une polémique.

Donc on passe à la fournaise du chapiteau l’après-midi. C’est à tel point qu’en sortant, les 30°C du dehors nous semblent tellement frais, sinon froids ! Il faudrait quand même penser à faire quelque chose ! on ne peut pas vilipender les spectateurs qui quittent en cours de spectacle dans ces conditions-là : ces spectateurs sont peut-être au bord du malaise ! Alors le premier candidat de l’après-midi à la cuisson tout vif sur scène, c’est Jean-Baptiste Veujoz. Quelle belle surprise, je dois dire que j’ai pris un immense plaisir à ce spectacle, j’ai encore bien ri, mais pas seulement… Nous avons là encore un sacré joueur de mots (après Arbatz, Akrich, Sourigues, on a été servis dans le genre cette année !!)… et au-delà des chocs des mots et de leurs doubles significations au coup par coup, il construit des histoires et surtout des chansons où il semble vouloir montrer (sinon prouver !!!) que l’explication des situations est écrite à l’avance dans les mots qui s’y rapportent, et ça, c’est du grand art. Et tout est annoncé dans sa première chanson d’entrée en scène - celle dont on ne se rappelle jamais et qui pourtant peut donner bien des clés – qui dit comment les mots contiennent déjà en eux-mêmes des réalités cachées. Alors (sans ordre de ma part), il nous donne des chansons sur ce que peut être une belle mort, sur la paternité, sur la souffrance, sur la recherche de l’autre, sur les rêves d’enfance, sur la séparation difficile, sur la vieillesse, et aussi sur la société, sur l’argent qui coule qu’il compare à l’eau, sur les grandes illusions que sont la croissance et la richesse… et la révolution ! Et une chanson sur internet qui me semble plus pertinente et donc efficace que celle de François Gaillard le matin, qui était pourtant bien sentie. Il est accompagné par un guitariste aussi impavide qu’efficace et doué et se met parfois lui-même au piano… Il termine par un texte sur les intermittents qui devrait faire le tour du monde de la chanson et du spectacle. Je me suis bien marré et j’ai découvert un grand bonhomme (dans tous les sens de l’adjectif !)

Pour la fournée suivante, la température du four a baissé, on a ventilé… heureusement ! Alors pour cette séquence, je demande un joker dans ma chronique. Que celui ou celle qui se sent de chroniquer Alain Nitchaeff le fasse, moi je ne me sens pas, je suis passé complètement à côté, et je pense d’ailleurs n’être pas le seul… Si on n’avait pas été admonestés par un rappel au règlement de la politesse en début d’après-midi, je serais tout simplement parti, et bien des gens avec moi. J’ai donc subi… un type qui serait un hybride de Leprest et Guidoni nous envoyer des longues tirades absconses et grandiloquentes aux images stéréotypées et désuètes de mer, de nuages, de chemins… qui se voulaient parler du temps, de son accélération, de son ralentissement, de la mort, de Dieu et que sais-je encore… Dans une mise en scène fumeuse (dans les deux sens du mot) avec montées (au propre et au figuré) vers des sommets de ridicule et de convenu… Seule la musique, entre deux poses syndicales, était belle : piano, guitare, violon et cuivres… et même une sirène de pompiers ! Ce fut mon seul régal. Donc qui veut reprendre la chronique peut, moi je ne m’en sens pas le courage. Et c’est bien dommage, car j’avais bien aimé l’Alain Nitchaeff interprète, il y a quelques années au Lion d’Or, qui avait relié des chansons de divers auteurs par un fil rouge bien trouvé. La prestation d’hier aura effacé ce bon souvenir… Qui trop embrasse…

On ira plus vite pour le soir. Première partie Balmino, il a emporté le morceau dans le public… Il est gentil, attachant, fragile sous les apparences, facilement submergé d’émotion, et il a dans les chromosomes tout ce qu’il faut pour établir ce contact avec le public qui fait les belles soirées. Belle voix, bien placée et suffisamment puissante pour finir par une chanson complète juste guitare et voix sans micro ni amplification devant la cour du château bien pleine. Entre temps ses chansons, écriture simple et propos directement compréhensible, musiques efficaces, accompagnement - guitare et saxophone - bien dosé, parlent d’écriture, d’amour, de rencontre, d’évidence de complicité entre des êtres qui s’attirent, de séparation aussi, et d’amour paternel, et c’est évidemment très touchant. J’oubliais une histoire un peu facile d’une princesse dans son château qui ne comprend pas comment son prince charmant Nicolas a été chassé par les électeurs et comment elle va faire pour s’habituer à une vie ordinaire. Drôlerie supplémentaire dans cette chanson un peu démago, son titre : Conte défait. L’homme n’est pas avare en hommages, l’un à Claude Nougaro, et l’autre à Mathieu Côte qui se termine sur le Sorry Angel de Gainsbourg. Bien trouvé. Bien Balmino…

Puis Jean-Pierre Huser extirpé de sa retraite. Si on passe au dessus de l’aspect « papi- rocker » un peu pesant au début, voire même par certains côtés un peu pathétique, et qu’on se laisse entraîner dans ses chansons et surtout dans leurs musiques où le blues et les guitares tiennent la plus grande place, on passe une bonne soirée. Il commence par rappeler ses « ombres d’antan », toutes celles et tous ceux qui fréquentaient les cabarets de sa jeunesse, avec, de mémoire, plus de citations d’artistes masculins que féminins, et qui ont façonné son goût de la chanson. Puis il passe du côté qui l’attire le plus, l’Amérique du Nord, avec d’abord le Québec, puis les Etats-Unis où il fait une chanson, parallèle à celle d’entrée, sur les grands artistes étasuniens comme Dylan et autres. Il est très attiré par New-York, Manhattan, Chinatown, Woodstock et… Calamity Jane, dont il fait un portrait humain en parlant par exemple de son rôle de cantinière, de sa déchéance des droits maternels… Très nostalgique dans les décors, la rivière, la terre, le soleil couchant, il rêve du temps arrêté dans un voyage en Montgolfière. Ebahi, incrédule d’être encore là, et si heureux d’y être… Jean-Pierre Huser à la crinière blanche nous a fait passer une soirée sans prétention, mais agréable !

Demain matin je serai dans le TGV !

Amitiés à toutes et tous

François

Barjac 2010
Journée du jeudi 29 juillet

Bonjour à toutes et tous…

Dernière journée… je suis rentré chez moi, et je dois dire qu’il a fallu que je me pousse un peu pour me mettre à écrire cette dernière chronique…

Donc on commence la journée à l’apéro, offert par Thomas Pitiot à l’occasion de la sortie de son CD live. Il nous donne quelques chansons, et je suis toujours séduit par ses chansons dans le plus simple appareil avec une seule guitare pour vêtement… Puis, avec son compagnon au tambour africain, il nous fait une version créole de « Ma môme » de Jean Ferrat (texte de Pierre Frachet). Je suis étonné de l’attrait qu’exerce sur les interprètes d’un jour ce premier succès de Jean Ferrat : à Arras, où on avait demandé à chaque artiste de faire dans son récital une chanson de Jean Ferrat, elle a été choisie par deux artistes sur six : Clarika et Romain Didier, et là encore retenue par Thomas Pitiot en hommage à Ferrat. Puis, au cours de sa dernière chanson, une douche bien drue vient couper court au mini-concert avec nécessité de mettre illico la sono à l’abri. Les chemises sont trempées en un instant… Et puis, cette petite drache terminée, le soleil revient et on peut boire et discuter avec l’une ou l’autre (elles se reconnaîtront !)…

L’après-midi, la chaleur est moins pesante : le vent et la pluie du matin ont fait œuvre salutaire. Et on découvre Nicolas Fraissinet, un jeune avenant, souriant et spontanément sympathique qui place le piano sur scène du même côté que Barbara, les basses de la main gauche vers le public, et le couvercle ouvert vers le fond de la scène… ce qui n’a pas grande importance avec la masse de matériel destiné à amplifier. On s’aperçoit qu’il est gaucher lorsqu’il prend une guitare. Il est accompagné d’un bassiste, d’un batteur et d’un guitariste, et quand ils jouent à quatre en même temps, on n’entend plus les textes, malgré sa bonne voix. C’est très déplaisant et heureusement que ça ne se produit que sur 4 ou 5 chansons, dont les trois dernières, justement un peu répétitives musicalement… et textuellement ! Mais, comme ça n’arrive vraiment qu’à la fin du spectacle, ça nuit peu à l’impression d’ensemble. Car au début du spectacle, il nous séduit avec des chansons aux belles formules (« Viens faire le tour de l’amour qui se donne avec tes retenues de glace » !) et surtout musicalement très attachantes, qu’il chante avec sa voix à la fois belle et puissante : des vraies chansons à musique. Et évidemment il chante l’amour, c’est de son âge, mais même l’amour au long cours qui traverse les épreuves (« les pudeurs obscènes »), l’amour qui renaît après la séparation (« la longueur du voyage qui me sépare de ton image »), et puis la fée-clopette qui cherche son « prince charmant » pour ne plus le lâcher… Les petits pingouins et les chimères, mais là ne m’en demandez pas trop, je n’ai pas saisi les paroles… Belle impression faite par cet artiste que l’on aimerait bien revoir et réentendre avec un sonorisateur moins sourd, ou avec son disque en faisant soi-même le réglage du niveau sonore.

Deuxième session sous le chapiteau, Vanina Michel qui chante le Prévert qu’elle aime et qu’elle est allée dénicher en dehors des sentiers battus. Je connaissais le spectacle et je n’avais pas été emballé la fois précédente, et ici, j’ai mieux apprécié. Son violoncelliste à l’instrument vide n’en a pas fait trop, elle a bénéficié d’un vrai piano, et elle était relativement en voix et n’en rajoutait pas dans les intermèdes… C’était agréable, sans enjeu (elle n’a même plus de disques à proposer !), bon enfant, décontracté et en fin de compte c’est bien passé alors que je craignais le pire pour la dernière séquence devant un public un peu saturé… On avait l’impression que Vanina Michel faisait ce spectacle comme on décroche un bâton de maréchal, que c’était pour elle une apothéose, qu’elle savourait cet instant à la fois de tension et de bonheur de l’artiste sur scène… et qu’elle nous en transmettait quelques fragments qui ont fait de sa prestation un moment agréable.

On arrive le soir. Dans la cour du château, les gradins débordent de monde. Et apparaît Imbert Imbert. Je connaissais ses chansons pour avoir écouté son dernier CD, mais le voir en spectacle c’est autre chose. Vêtu de cuir, il chante en s’accompagnant d’une contrebasse pendant tout le spectacle, et il est assisté d’un batteur-claviériste… C’est déjà assez étrange. Mais ses chansons ont vraiment un ton et une connotation particulière… Et là, je m’écarte de ses détracteurs : on ne peut pas à la fois reprocher à la programmation de Barjac son uniformisme, et rejeter toute nouveauté comme ne rentrant pas dans le moule. C’est sûr que je ne partage pas toujours son ton, ses mots, l’érotisme ou la limite pornographique de certains de ses textes… Et si il paraît assez obsédé de sexe avec force vocabulaire (« Sens dessus dessous de toi », « J’veux rester là au fond de toi », « Je te con vit » ou « Les Sirènes »), il y a quand même du texte bien écrit, et Dimey et autres Boby Lapointe aimaient bien aussi les comparaisons osées pour qui pouvait comprendre ! Là, il y en a beaucoup, mais il y a aussi de belles chansons sur la lâcheté et d’autodérision (« Bouh ») ou sur la fin des choses (« Les confessions de la poussière », la première chanson qu’il a chantée et qu’on oublie toujours !). J’aurais aimé comprendre à quoi correspondaient les éléments du décor, ces yeux lumineux ou cette immense cage de Faraday… Peut-être quelqu’un va-t-il m’éclairer là-dessus ! Enfin, Imbert Imbert en a emballé certains, et pour les autres, c’est à avoir vu au moins une fois !

Barjac se termine en apothéose avec le duo Allain LeprestNathalie Miravette. Que dire d’autre sinon qu’Allain était dans une belle forme, que sa voix avait repris de la tessiture depuis son apparition au spectacle d’ouverture, qu’il était décontracté et heureux d’être là et qu’il n’a pas été avare de chansons, j’en ai compté dix neuf et quelques textes, choisis dans l’ensemble de son grand répertoire, depuis les premières (« finis les balloches ») jusqu’aux dernières (« Arrose les fleurs », « Quand auront fondu les banquises ») en passant par ses classiques (« Nu », « La Gitane », « Il pleut sur la mer » ou « C’est peut-être », etc). Un superbe spectacle de renaissance et de connivence avec certainement un des artistes vivants préférés de la quasi-totalité du public de Barjac. Une belle fin pour un Barjac, au dire de la majorité des festivaliers, en deçà de celui de l’année dernière…

Que dire pour conclure ? Que la cuvée 2010 de Barjac m’a parfois demandé un peu de renoncements à la Chanson de Parole. J’ai plus souvent laissé filer pour me contenter uniquement du plaisir de la musique… Il a fallu souvent être tolérant et compréhensif… La programmation a moins souvent mobilisé notre enthousiasme que lors de la saison 2009 où le contraste entre les hyper-réussites et les jolis ratages était plus grand ! Un coup comme ça, un coup autrement !

En ce qui me concerne, mon incognito n’étant plus qu’un souvenir puisque ma photo est, à mon corps défendant, sur le site de la radio, et que les nouvelles vont vite, j’ai été très touché de tous les témoignages de sympathie, de satisfaction de cette chronique, et d’encouragements à la continuer. Personne ne m’en a reproché quoique ce soit alors que chacun aurait pu avoir une opinion complètement contraire à l’une ou l’autre de mes appréciations. Merci à tous ceux avec lesquels j’ai pu en discuter, et pardon pour n’avoir pas dit au revoir à beaucoup, m’étant éclipsé à l’issue du spectacle de Leprest, je repartais le lendemain de bonne heure. Pour moi, la rédaction de cette chronique me demande certes d’organiser avec rigueur mon emploi du temps de festivalier, mais me procure aussi beaucoup de plaisir. Savoir qu’elle est lue et attendue par tant de personnes et de noms sur lesquels je mets maintenant un visage, augmente ce plaisir. Vous avez aussi trouvé de belles illustrations avec les jolies photos de Pascale sur son blog ! Je reste quand même persuadé que l’idéal serait que d’autres, surtout ceux qui fréquentent le chapiteau après minuit ou le cinéma avant midi, puissent aussi faire leur chronique qui viendrait ainsi compléter, confirmer ou contredire la mienne. Ce serait idéal pour l’équilibre des opinions, et ce serait bien pour assurer la relève ! Voilà. Si les spectacles proposés sont parfois inégaux, Barjac reste un lieu de convivialité formidable, et l’occasion pour nous autres provinciaux de faire le plein (jusqu’à saturation !) de ce type de spectacles auxquels les parisiens peuvent plus facilement avoir accès tout au long de l’année ! Et j’ajouterai pour finir que les CD existent aussi pour découvrir les artistes, et que certains ont intérêt à être découverts par le CD, d’autres par le spectacle : il y a eu à Barjac cet été des exemples dans les deux sens… Il n’y a pas de théorème de Thalès censé régler cette question une fois pour toutes, il n’y a en fait que des cas d’espèce !

Encore un mot : j’ai lu en revenant dans le TGV le dernier numéro spécial de « Je Chante Magazine » sur Jean Ferrat. Travail d’orfèvre et de précision s’il en est : c’est absolument extraordinaire. Je le recommande à chacune et chacun. Le précédent numéro sur les chansons de Boris Vian était également très réussi.

A toutes et tous, mes amitiés et à l’année prochaine !

Et vous pouvez me retrouver toute l’année sur Radio Scarpe Sensée dans l’émission hebdomadaire D’autres chansons… Déjà en boîte pour septembre, un entretien avec Annick Roux sur Francis Blanche, illustré d’extraits inédits de son spectacle ! Et aussi dans le bimestriel Vinyl, à soutenir si on juge qu’une presse chanson est encore nécessaire après les disparitions d’ « Une autre chanson » et de « Chorus ».

François

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