Barjac 2012

Journée du 28 juillet

C’est reparti pour une session… Barjac avec toujours sa dose d’inconnu et de découverte, qui fait tout le charme de ce festival et qui attire tous les ans une foule d’habitués… La première journée est celle des retrouvailles, des échanges de nouvelles, des bises et des poignées de mains ! Et comme les années précédentes, j’ai envisagé ma petite page d’écriture matinale à l’ombre des oliviers… Pour moi d’abord, elle me permet de fixer au jour le jour les impressions et les émotions, qui autrement se seraient diluées et affadies, chaque nouveau spectacle écrasant partiellement l’autre dans la mémoire humaine qui n’a pas les caractéristiques d’un disque dur… Pour tous ceux qui se plaisent à la lire ensuite, dont certains m’ont vivement encouragé à m’y astreindre… J’espère qu’elle satisfera le plus grand nombre !

Edouard Chaulet, le maire de Barjac, était émouvant dans sa courte allocution précédant l’ouverture officielle de son 18° festival… Il évoquait tous ceux qui y étaient passés et n’étaient plus parmi nous (Bernard Haillant, François Béranger, Marc Robine, Allain, Leprest…) et donnait une belle mission à « Chanson de Parole », celle de « sauvegarder l’émoi et la sensibilité de chacun »… Anne Sylvestre, marraine du festival, a envoyé un mot expliquant qu’elle était en retraite au calme pour écrire de nouvelles chansons que nous découvrirons sans doute bientôt… Sa présence manquera !

Le soir la grande scène ouvrait les festivités sur une chanson de Léo Ferré à la gloire des notes, de la musique et de mots… après laquelle la frêle silhouette de Chloé Lacan s’emparait seule du grand plateau… Une première chanson en sabir avec percussions corporelles qui permet d’apprécier la joliesse de sa voix et l’étendue de sa tessiture, sans aucune imperfection ni dureté que ce soit dans les basses ou les aigus. Puis elle prend son accordéon et nous fait entrer dans son univers de chansons où l’humour - au premier et au second degré – nous régale. D’abord elle évoque un baby boum actuel en se posant des questions qui mine de rien peuvent mener plus loin que le rire immédiat qu’elles déclenchent : « un humain de plus / dans un monde de chiens / Une place en moins / dans le bus » ! Puis elle nous décrit avec force allitérations et gémissements suggestifs les plaisirs solitaires qui permettent d’imaginer ce qui pourrait se passer avec un amant idéal ! Et toujours dans cette continuité d’inspiration, une belle chanson sur la jalousie, à la fois obsédante et niée, et une autre de la mère qui projette ses ambitions et toutes ses frustrations sur son bébé ; elle y élève la voix d’une façon qui annonce déjà Melismell et conclut désabusée « tu partiras de toutes façons ». Puis, après un petit sketch utilisant des possibilités inusitées de l’accordéon qui lui caresse la poitrine avec le son d’une respiration de dormeur, ou la sirène d’un paquebot entrant au port, elle nous donne une émouvante chanson sur l’attachement qui résiste au temps qui passe. Exit l’accordéon, on passe au ukulélé (qui est selon Thomas Fersen « à la guitare ce que le string est au caleçon ») pour chanter « A l’ombre du figuier ». S’emparant du beau piano préparé aussi pour Romain Didier, elle nous fait une fantaisie à la Juliette (à la Nina Haagen me suggère ma voisine très en verve), et une chanson très mélo « La nuit de nos rêves » (titre non vérifié !) qui commence comme une bleuette au second degré et petit à petit gagne en émotion et finit par évoquer Barbara… On terminera par une chanson en sabir anglo-slave sur les chagrins d’amour périodiques, agrémentée de vocalises et de bruits de bouche toujours pertinents et mélodieux, en en rappel un petit Mozart en italien avec l’ukulélé ! Que Cholé Lacan soit séduisante, marrante ou émouvante, sa tenue de scène nous fait toujours comprendre que c’est avec recul, que les choses peuvent être plus simples, ou plus complexes que ce qui est donné en première main. Chloé Lacan a le métier, le professionnalisme, la perfection vocale et musicale et le petit plus d’intelligence – et de modestie - qui devraient lui ouvrir bien des scènes et une belle trajectoire dans la chanson.

Ensuite Romain Didier, avec sa simplicité, son humanisme et son piano pour tout orchestre !
Je ne peux pas reprendre le fil de toutes ses chansons… Il commence par celles de son dernier disque : elles ont un regard sur des moments de la vie auxquels on ne porte pas toujours attention, sur l’équilibre que fait chacun entre ses réussites, ses bonheurs et ses frustrations… Elles veulent inciter à dépasser les craintes et les peurs pour aller de l’avant et laisser entrer un possible bonheur, une possible adhésion, une possible amitié, sans pour autant l’illusion de la plénitude. Son dernier album est à cet égard une merveille de subtilité musicale et d’inspiration, et j’ai redécouvert hier soir en les écoutant la beauté et la qualité de chansons comme « Mademoiselle sur le pont », « Je suis canard », « Monsieur Gauguin », (qu’il a d’ailleurs couplé sans transition avec « Le regard de Vincent » !) ou l’extraordinaire « valse lente » qu’il a fait chanter aux spectateurs ravis de la cour du château. Et puis progressivement les chansons anciennes viennent prendre le relais, sans hiatus tant toute son œuvre est d’une parfaite continuité. Et quel plaisir de réécouter « SDF », « Pouce », « Vu de ma quarantaine », « vie de femme », « La dame de Montparnasse », « Dans ce piano tout noir » qui bien que basé sur des événements plus anciens n’a pas pris une ride, « Où vont les chevaux quand ils dorment » et sa puissance d’interrogation ou « La retraite » évoquant Allain Leprest. Et toujours cette alliance d’une agilité symphonique sur le piano (qui réorchestre magnifiquement certaines chansons comme « SDF »), d’une voix chaude et d’un regard vers le public, que chacun des spectateurs peut prendre pour lui seul. Un homme généreux, me souffle ma voisine décidément très pertinente, et effectivement, je fais mien cet adjectif qui se concrétise dans les chiffres : 26 chansons, une belle générosité ! et on n’a pas vu le temps passer ! Sur scène, Romain Didier a déjà tenté plusieurs formules avec musiciens… C’est quand il retrouve les conditions de son premier CD en public, c'est-à-dire seul au piano, qu’il me donne le plus de plaisir et d’émotion… Et qu’il est vraiment lui-même, donc heureux et généreux. Un grand monsieur qui a mis bien haut dès le premier soir la barre qualitative du festival.

A demain

Journée du 29 juillet

Après un apéro en fanfare de vins bio offert par les producteurs, un petit repas végétarien au marché bio et une petite sieste pour se remettre des fatigues du voyage et du corps à corps avec la chaleur, je pars rejoindre les autres festivaliers sous un nouveau chapiteau, un peu plus vaste, mieux aéré et – un peu – moins chaud… Quoique ! Mais, une fois pour toutes, la chaleur est consubstantielle à Barjac, et il faut faire avec, la gérer chacun en fonction du niveau de joules qu’il peut assumer !

Et la découverte valait bien ça. Camel Arioui est vraiment sympathique d’entrée. Il a une belle voix et une diction irréprochable, il est entouré d’un contrebassiste avec lequel, à la guitare il assure l’essentiel de la rythmique de l’accompagnement, quant à la dimension mélodique des arrangements, il la partage avec une violoncelliste… et le violoncelle apparaît au fil du spectacle comme l’instrument pertinent de son univers musical. Et le sourire de l’artiste, omniprésent, n’est pas qu’une façade : ses chansons font effectivement preuve d’optimisme, d’espoir de joie de vivre. Certes, il ne nous cache rien de son origine harkis et de la blessure originelle de cette communauté victime du tourbillon de la guerre d’Algérie, contrainte de s’arracher de ses racines pour survivre dans des conditions pas faciles. Certaines chansons – dont je ne connais pas les titres – sont nostalgiques et racontent la vie principalement des femmes, difficile, mais fière et volontaire. Il nous parle en particulier avec beaucoup d’émotion de sa mère, de sa grand-mère et de la confrontation avec l’évolution du monde. Mais la majorité de ses autres chansons sont pleines d’optimisme et d’espoir, il croit au progrès engendré par le mélange des cultures, à la force des nouvelles générations « Les enfants construisent déjà l’espoir, qui court plus vite que les cafards », à la jeunesse qui triomphera de l’obscurantisme et du bulletin FN. Le tout est parsemé de quelques chansons poétiques (« Danse papillon », « Il court au vent, le temps des amants »). Et il termine par une belle petite charge sur les célébrités de Miami Beach… Très belle impression que celle laissée par Camel Arioui… J’aimerais bien qu’il puisse venir à Hénin-beaumont chanter son goût de la vie et de ses partages et son espérance pour un vivre ensemble dépassionné.

Et puis, toujours sous le chapiteau bien chaud, le wallon Philippe Auciaux. Il doit approcher les deux mètres et le quintal, et sa voix est aussi puissante que le coffre dont elle peut disposer. Accompagné par la pianiste Line Adam et par Cathy Pauly à l’accordéon, il a mis un peu de temps avant de trouver sa bonne mesure, et nous les spectateurs avons mis aussi un peu de temps avant de nous rendre compte que c’était un spectacle d’interprète et non d’auteur compositeur… L’auteur compositeur n’a pointé le bout de son nez qu’à la fin, avec une chanson en wallon qui a ravi les belges de la salle… Mais tout le reste du spectacle était un ensemble de chansons et de textes bien articulés les uns autour des autres, sur le thème général de la tolérance, de la liberté individuelle de penser. Les chansons d’illustration de ce sujet ne manquent pas et on a redécouvert, chanté par cette voix profonde « Si la sainte vierge était enceinte » (je n’ai pas le titre exact en tête) d’Agnès Bihl, « Drouot » de Barbara, la superbe « Tante Sarah » du regretté Paul Louka, « L’espoir » de Michel Bühler et des textes tonitruants de Bernard Dimey (que Jean-Michel Piton qui était derrière moi co-récitait à voix basse !!!) ou de Claude Semal « Nom de Dieu ». On ne peut pas tout citer, mais les quelques références donnent l’esprit du spectacle. Et malgré quelques craintes au début, malgré quelques finales un peu éteintes et donc pas toujours intelligibles, on a passé une bonne heure de belles chansons servies avec originalité et pertinence dans un bel habillage.

Le soir, From et Ziel sur la grande scène, c’était autre chose que dans les toutes petites salles là où je les avais déjà vus… et Ian Zielinski était heureux de jouer sur un vrai piano à queue qui permettait à toutes les nuances de son toucher de trouver leur écho. C’était audacieux de programmer cet ensemble qui fait une sorte de rap sur fond de musique originale, mais très inspirée de celle du XIX°, début du XX°, où le piano plus que le récitant donne le chant et Samuel Veyrat le texte… C’est une sorte de chanson déstructurée, qu’il faut aborder en mettant de côté toutes les idées préconçues qu’on a sur la chanson ! Ces textes mis en scène par la gestuelle de l’artiste et par les lumières très étudiées s’apparentent au rap par leur style qui joue beaucoup sur les rapprochements d’assonances et d’homonymies, mais aussi et à égalité par leur inspiration directement puisée dans les problèmes de société. C’est un écorché me souffle ma voisine décidément très lucide !… Tout y passe, les difficultés de la jeunesse en rupture avec les adultes (4 murs, 4 planches »), les problèmes de communication dans le couple (« Carmen ») ou simplement entre les individus et les générations, les ruptures, la fuite dans la poésie et l’illusion «(« Toucher la lune »)… La filiation avec Léo Ferré est assumée par « Pépée »… Inutile de chercher à tout comprendre du premier coup. Les textes sont d’une densité (encore une expression de ma voisine sous le choc !) telle qu’ils sont à relire à tête reposée. Et justement, leur Cd est accompagné d’un beau livret…

Voilà. Il est temps que je me prépare pour le prix Jacques Douai qui sera remis cemidi à Claude Semal, et c’est une excellente nouvelle !

A demain.

Journée du 30 juillet

Une citation, de mémoire, de Marcel Aymé mis en musique et chanté par Guy Béart : « Ah quelle journée ! La destinée à quoi ça tient on n’en sait rien ! ». Oui, quelle journée, bien représentative de Barjac et du résultat des casse-têtes de programmation et du hasard de l’organisation des journées… On a côtoyé le meilleur et le pire, on a commencé dans l’émotion et le rire, et on a terminé dans le rire et l’émotion, en ayant entre temps découvert la jeune génération qui monte et retrouvé la plus ancienne qui nous prend encore aux tripes, sans parler d’une petite plongée dans l’indigence absolue !

Commençons par le prix Jacques Douai remis tous les ans par Jacques Bertin à la tête d’un jury qui s’amplifie d’année en année avec les nouveaux promus ! D’abord une mention spéciale à Eve Griliquez qui a tant fait pour la chanson en particulier avec ses émissions radiophoniques… Elle n’était pas là et on le conçoit : elle ne doit plus être toute jeune. Puis, le prix est attribué en premier lieu à Noëlle Tartier, l’animatrice du Limonaire, dont l’émotion absolue a immédiatement diffusé dans le public avec les quelques mots qu’elle a réussi à prononcer. Ensuite, ce fut Claude Semal – entre parenthèses, ça ne coûte rien de le rappeler, l’artiste vedette du DVD Tranches de scènes numéro 3 de 2005 – qui va faire crouler de rire l’assistance par ses bons mots et va nous régaler avec trois chansons qui annoncent un CD qu’il ne faudra pas manquer. Dans la première, il rappelle les circonstances de la mort de Guy Moquet, et la chanson commence de façon poignante, puis elle évolue avec l’appropriation de la lettre de l’otage fusillé par Sarkozy, avec pour apothéose la lecture de cette lettre par Bernard Laporte aux joueurs de rugby dans les vestiaires avant un match contre l’Argentine, qu’ils ont perdu ! Cela traité sans aucune retenue de langage avec la force d’écriture de Claude Semal… Une perle que les spectateurs de l’esplanade du château ont appréciée et applaudie sans retenue, et sans se retenir non plus d’un rire sain et unanimement partagé. La chanson suivante, plus émouvante, qui évoque l’évolution de l’individu en fonction du temps qui passe et de son vécu, se termine à la chute en une très belle chanson d’amour. Et pour finir, une dernière chanson encore sur le temps qui passe, et dont le titre évocateur sera peut-être celui du CD : « Dans les bars, les barbecues et les crématoriums », tout un programme !
La journée commençait rudement bien !

Elle continue avec Audrey Antonini sous le chapiteau. C’est la relève qui arrive, qui cherche encore un peu sa façon de transmettre ses émotions, mais qui est sur la bonne voie ! Elle commence avec les émois de la rencontre, que ce soit avec l’autre, ou pourquoi pas avec le public ! Puis, de son piano, elle nous donne quelques chansons sur la difficulté de l’amour, et les douleurs du désamour, avec un regard lucide rare pour une demoiselle qui paraît si jeune… Elle en conçoit d’ailleurs une sorte d’argumentation pour se donner l’illusion qu’elle s’en fout « J’m’en tape ». Puis, elle évoque ensuite sa famille et visiblement ses origines italiennes car elle chante dans les deux langues. Parfois elle quitte son piano pour utiliser une petite boîte comme Hervé Lapalud et chanter « Quand tu m’attires »… Et pertinemment, avant l’espiègle « Lili Loupiotte », elle interprète « On peut tout couper en deux », extrait de Pantin Pantine d’Allain Leprest et Romain Didier. En rappel, elle revient à ses débuts en interprétant « Drôle de vie » de Véronique Sanson qui décidément revient très à la mode auprès de jeunes chanteuses en ce moment. Les qualificatifs qui me viennent après cette belle prestation un peu teintée du trac et de la griserie d’une débutante, sont l’élégance et la spontanéité… L’élégance de ce jeune visage creusé de fossettes, la facilité avec laquelle elle se meut sur la scène, la façon dont elle boit l’eau dans un verre (et non au goulot de cette vulgaire bouteille en plastique dont on dévisse consciencieusement le bouchon pour le revisser non moins consciencieusement après la gorgée), la beauté de la voix bien limpide et le jeu de piano qui peut encore être perfectionné… La spontanéité dans les interventions – heureusement limitées – avec le public, dans les faux départs, dans la gestuelle lorsqu’elle n’est pas au piano, une sorte de façon consciente de reconnaître qu’il y a encore du chemin à faire, et c’est de bon aloi. Attachante Audrey Antonini… On espère pour elle des retombées positives de son passage à Barjac.

Seconde moitié de l’après midi, un grand moment de chanson avec Paul Meslet, accompagné par un pianiste au toucher et au feeling extraordinaires (dont je n’ai hélas pas mémorisé le nom, je compte sur d’autres listiers pour le compléter), de ces pianistes qui bonifient les chansons par leur pénétration dans son univers et en même temps par leur complémentarité avec cet univers. L’accordéoniste-saxophoniste jouait aussi d’une sorte d’ocarina à touches qui donnait un son un peu envahissant, acide et moins heureux. Et sur la seconde moitié du spectacle, le contrebassiste d’Allain Leprest est venu rejoindre la troupe. Le beau moustachu qu’est Paul Meslet a une voix et une diction claires et c’est un enchantement d’entendre la belle alchimie de ses textes et l’apparente simplicité des musiques qui les portent. Il commence par une chanson bien enlevée sur … la valeur de la chanson ! Puis il nous chante des chansons personnelles où la vie dans toute sa dimension et toute sa poésie est présente… L’enfant qui part et qui donne des envies de voyages à ceux qui restent, l’amour nouveau qui peut arriver malgré tous les « bagages » que l’on peut traîner hérités d’une vie passée, « le sac à dos que je traîne est bien rempli », le temps qui passe (« Coup de lune ») avec cette belle phrase « ce n’est pas le temps qui passe, c’est nous ! » et cette petite foire où on solde tous ce qui a fait notre existence ancienne. Ensuite, il enchaîne des chansons d’autres auteurs (Jacques Bertin, Jean-Pierre Hoilloux (nom à vérifier, je ne connais pas, comme il me semble la quasi-totalité de l’assistance !), Allain Leprest). Il nous donne une version masculine de « Elle et lui » qui aurait gagné – à mon avis – à être prise un ton et demi au dessus, ce qui lui aurait donné plus d’ouverture, et une belle chanson d’Allain « Le jeu du mouchoir »… Puis il termine par une chanson sur le pouvoir évocateur de la musique et des musiciens et un élan « Accrochez vos bateaux ivres au ciel » ! Très beau programme, à la fois varié et équilibré, très agréable à écouter, qui suscite des pensées, des souvenirs et des émotions chez l’auditeur qui ne voit pas le temps passer sinon quand il a un rendez-vous après le spectacle ! Paul Meslet est le type même de chanteur dont la présence et la qualité scénique déclenchent chez le spectateur le désir de le retrouver en disque et de l’écouter en boucle ! Paul Meslet aura une place de choix dans mon panthéon des découvertes de Barjac… et je me dis que, pour des plaisirs comme ceux-là, Barjac a toute sa justification.

On passe à la soirée « Boby Lapointe repiqué, comprend qui peut ». Plus d’une heure de chansons, de rire, de bonne humeur, et disons le mot de « déconnade » avec les chansons de Boby Lapointe. Spectacle à deux niveaux car d’une part, il fait honneur aux chansons (dont certaines peu connues) de Boby Lapointe qui sont dans l’ensemble chantées en respectant les textes et les musiques (et que chaque spectateur reconnaît et est même tenté de chanter en accompagnement des artistes !!!) et d’autre part, ces chansons constituent le matériau de base d’une construction scénique où le burlesque, le côté décalé, la blague de potache et le détail signifiant se côtoient et se succèdent… C’est assez subtil : l’envie de rire que déclenche immédiatement l’écoute de certaines chansons de Boby Lapointe, est réinvestie dans un amusement encore plus intense que suscite la scénographie… Et c’est ce qui fait toute la saveur de ce spectacle qui, au départ était destiné au printival de Pézenas et qui maintenant est demandé dans toute la France et pourrait faire l’objet d’un CD. C’est ce qu’on appelle un beau coup ! Une autre qualité de ce spectacle est sa convivialité… La bande de jeunes artistes – et non des moindres, il faut tous les citer : Evelyne Gallet, Yéti, Thibaud Defever de Presque Oui, Imbert Imbert, Dimoné et Roland Bourbon – semble s’amuser et s’entendre comme larrons en foire, utilisés tantôt dans leur emploi (Evelyne Gallet chantant « Comprend qui peut ! ») ou à contre-emploi (Thibaud Defever dansant ou jouant de la trompette), ils participent tous au spectacle tantôt en vedette au chant, tantôt en arrière plan comme musiciens d’accompagnement ou éléments de la mise en scène ! C’est tout, sauf un défilé d’artistes venant faire leurs trois chansons et laissant la place au suivant. Un spectacle complet dans lequel, si la rigolade est quasiment continue, de superbes petits moments d’émotion sont laissés lorsque par exemple Imbert Imbert interprète en s’accompagnant de sa seule contrebasse ces chansons méconnues mais ô combien désabusées et pathétiques de Boby Lapointe : « Ca va, ça vient » ou « Petit homme qui vivait d’espoir », ou bien Thibaud interprète « Insomnie ». Ces parenthèses magiques ont touché les spectateurs et ont, à leur manière, contribué aussi à la plénitude du spectacle. Ah oui, on a beaucoup ri, on s’est sentis proches de cette bande d’allumés, on a retrouvé Boby, et de quelle façon, et par moments, on aurait presque aussi versé une larme ! 40 ans après sa mort, l’année où il aurait eu 90 ans, Boby Lapointe nous déride et nous émeut encore et n’a pas fini de le faire ! C’était, au propre comme au figuré, « Les champs Elysées » pour Boby Lapointe !

A demain

Journée du 31 juillet

Longue journée, au cours de laquelle la chaleur ne nous a pas quittés, voire même nous a un peu plus compressé ce corps qui exsude. Sous le chapiteau, on atteignait les limites du supportable, et il faut que le public de Barjac soit vraiment un amoureux des chansons pour aller les découvrir dans ce four… Je m’excuse auprès des lecteurs pour cette façon de revenir message après message sur cet aspect des choses, mais il faut bien reconnaître que c’est une réalité de Barjac, qu’elle occupe systématiquement les conversations entre festivaliers, et qu’elle ne rend pas toujours confortable l’accès aux chansons proposées, même si l’envie est toujours très forte : on est quand même venus pour ça !

Donc en ce qui me concerne, après la présentation par Michel Arbatz de son livre « Le Moulin du Parolier », j’ai fait subir à Audrey Antonini son premier entretien pour la radio, et c’était très amical. Et puis, après les heures consacrées à la rédaction et à l’envoi de cette chronique, direction le fameux chapiteau pour découvrir Jérémie Bossone. Bonne pioche que ce grand et frêle jeune homme qui nous a présenté ses chansons accompagné de sa seule guitare électrique, son accompagnateur ayant eu un « accident de trottinette » ! Il commence avec sa belle voix par « J’ai rien à dire », vraisemblablement une chanson de conjuration pour chasser le trac, car des choses, il en a à raconter, des sentiments, il en a à partager, des situations aventureuses, il en a à nous proposer. Simple et direct dans ses introductions, nous approcherons successivement Pierrot qui est au bord du grand saut et pour lequel il déploie des trésors d’amitié, et celui qui ne veut « Jamais rester », « toujours fuir en prétendant ne pas aimer »… Suivront deux chansons très fortes qui, à mon avis, justifient le déplacement ou l’acquisition du CD : « Cette tombe ancienne » dans laquelle à la fin de la chanson, on découvre un frère, et puis « Scarlett » ou le parcours de deux amours réciproques qui n’osent pas se le dire et restent chacun de leur côté. Très très belle chanson… En passant une jolie reprise de « Göttingen », une belle chanson fleuve « Le cargo noir », sorte de « road movie chanson » où les déplacements se font en bateau ou autres moyens de locomotion, et d’autres chansons parlant du retour ou évoquant un aspect de l’univers d’Orson Welles… Bref, un parcours éclectique dont la monotonie est complètement bannie et l’inattendu derrière chaque vers. Si Jérémie Bossone passe près de chez moi, je cours le revoir, tant il m’a séduit, et j’espère que cette fois, il fera moins chaud, que sa guitare électrique sera moins amplifiée et que le son sera nettoyé de réverbérations inutiles qui rendaient son propos parfois difficilement intelligible. Encore une fois, les sonorisateurs, mettez le son au service de la chanson et non l’inverse !

La première partie de soirée fut jubilatoire avec le trio « Ewen / Delahaye / Favennec ». On les aurait bien gardés toute la soirée sur la scène ! Je n’ai pas assez de mots pour dire tout le plaisir que j’ai eu à leur spectacle… Et d’abord souligner à quel point ce spectacle est préparé et exécuté sur le rasoir : pas un mot de trop, pas une bévue, pas un temps mort, pas une fausse note, un ensemble jamais pris en défaut. On imagine le boulot qu’il y a derrière et le respect du spectateur qui sous-tend leur démarche… Et ça, il faut le dire : le vrai spectacle ne se satisfait pas d’à-peu-près et d’approximations, et le trio EDF peut donner – comme par exemple « Entre deux caisses », ou les Frères Jacques à leur époque – l’étalon d’une sorte de paradigme de la tenue en scène. Ces trois artistes qui se sont réunis après des carrières respectives en solo, se sont donné ensemble une nouvelle énergie que leurs barbes et cheveux blancs de bardes bretons ne peut laisser soupçonner au départ, mais qui éclate dès la première chanson. Alternant guitares douze cordes, six cordes, violons, harmonica, banjo, accordéon en fonction des climats musicaux des chansons, ils nous font une fête de musique… et de rythme, et – l’avez-vous remarqué - sans besoin de cet ogre de décibels qu’est la batterie ! Leurs voix sont liées ou utilisées individuellement, toujours complémentaires, toujours très intelligibles. Et leurs musiques, inspirées évidemment des musiques traditionnelles celtes de Bretagne, d’Irlande, d’Ecosse voire de Nouvelle-Ecosse sont enrichies de blues ou de pop ce qui leur donne beaucoup de variété. Et à cette qualité musicale, il faut en ajouter une autre sans laquelle le spectacle, tout huilé qu’il soit – serait bien plat : l’humour, pas l’humour vache et cognant, l’humour heureux, celui qui choisit les situations qui font rire sans être méchant. Et sans que leurs textes soient effectivement des summums d’ellipses poétiques, ils sont bien construits, racontent bien, voire émeuvent, même – dommage, c’est la seule fois – en anglais ! Ces joyeux papies soulignent dans leurs chansons les évolutions du monde entre les années soixante dix de leur jeunesse et celles d’aujourd’hui. (« C’était dans les années soixante dix » ou « l’auto-stop ») et ils se demandent avec pertinence dans quel monde vivront « les enfants de l’an 2100 » … Et puis, tout est bon pour faire des chansons, même les bretons célèbres pour leurs frasques comme le golden boy Keriel, les monts d’Arrée ou le bac pour l’île de Bas, et quand le rire est là, la tendresse, voire la nostalgie, ne sont pas loin… Vous l’avez compris, ce trio m’a ravi, et s’il en fallait une preuve supplémentaire, la voici : ils ont réussi à me faire chanter quand ils le demandaient au public ! Avec un tel spectacle, ce trio EDF devrait crouler sous les propositions de programmation ! Encore une fois merci Barjac !

Après cela, Gilles Servat, c’était autre chose. Toujours la Bretagne « Il est en toi le pays, je reviendrai là-bas si je veux », mais un autre style, moins festif – encore que ça dépendait des chansons – un peu plus dépouillé musicalement avec un accordéoniste et un guitariste (tous deux excellents !) pour tout accompagnement. De très belles chansons dont je retiens « C’est mon gars, c’est mon héros », « le cimetière des photos » (magnifique !), ou encore « Tournez les ailes des moulins de Guérande sur le grain de mes jours envolés » que le public reprenait au refrain. Et des chansons d’inspiration bretonne militante « Les langues que l’on dit minoritaires » chantée en breton… Il terminera par « L’hirondelle » et évidemment « La blanche hermine » et en rappel une chanson un peu rapide sur les bénévoles ! Beaucoup de moments intéressants dans ce récital, des chansons traduites de l’Irlandais et une belle coupure avec une chanson en anglais « Navigator » chantée par le guitariste et des suites de ridées du pays de Redon jouées par l’accordéoniste. Il manquait peut être un peu de rythme, il y avait parfois de l’incompréhension du propos (chantait-il trop près de son micro ?), toujours est-il que ce fut une belle soirée, mais un peu en deçà des promesses endiablées de la première partie. Mais les 3 compères sont venus rejoindre Gilles Servat et ses musiciens sur scène, pour un final qui nous a ravis !

La soirée se terminera tard, autour d’un verre offert dans une villa par « Chants de Gouttière » où bien sûr, une guitare est apparue et des chansons ont fleuri grâce à Thomas Pitiot, Michel Bühler, Gérard Morel, Gilles Roucaute, Laurent Berger et des chanteurs de Chants de Gouttière dont j’ignore les noms et qui ont bien mis en valeur des chansons de Dimey. Belle petite réunion d’amoureux de la chanson qui m’a amené à un coucher bien tardif !

A demain

Journée du 1° Août

Je ne vais pas faire trop long aujourd’hui, car je vais limiter mon propos à la soirée dans la cour du château. Petite parenthèse : les spectacles dont je ne parle pas ne sont pas seulement ceux dont je ne saurais pas dire du bien ! Ce sont aussi ceux qui – sûrement non dépourvus de qualités – ne m’ont pas donné envie d’écrire sur eux, pour plein de raisons qui peuvent tenir au spectacle lui-même, aux conditions dans lesquelles je l’ai reçu, et à ma propre réceptivité. C’est pourquoi, j’aimerais qu’il y ait d’autres listiers présents à Barjac qui écrivent aussi, afin que le faisceau d’avis – tous autant respectables les uns que les autres - puisse faire apparaître les convergences et les différences d’appréciations. Je l’ai déjà dit d’autres années… C’était juste un petit rappel, parenthèse fermée !

Donc, devant les gradins de la cour du Château bourrés à bloc, deux artistes bien différents, mais bien représentatifs de la chanson que le public de Barjac aime au dessus de tout. De la chanson avec du texte de qualité et intelligible, un accompagnement pas trop envahissant (un piano suffit, la preuve), et surtout de l’émotion, du rire ou du sourire, de la complicité avec l’artiste, de l’empathie pour son univers quelque soit le chemin emprunté. Et hier soir, il faut le dire, on a été servis, et c’est avec de grands sourires de contentement que les spectateurs ont quitté la cour !

Mouron d’abord, petite femme, grande voix avec belle tessiture et belle diction, capable de chanter et d’émouvoir sans aucun artifice ou trémolo. Des chansons dont les musiques empruntent des thèmes successifs qui demandent un travail de l’instrument et de mémorisation. Une voix et des mélodies qui touchent, un visage expressif, beaucoup de sensibilité, jamais de sensiblerie… Et pourtant, l’émotion était présente à chaque chanson, mais sans larme apparente, tout en dedans. Elle commence par chanter sa vie qui s’écoule de minutes en minutes, avec lesquelles, quand elles sont heureuses, elle construit sa mélodie. Elle évoque des personnages de sa famille, la très belle rencontre entre son grand-père et un autre musicien allemand à Berlin en pleine guerre, l’histoire de sa tante Antoinette qui a épousé un algérien dans les années trente, ce qui était une audace ! Et puis elle nous donne des chansons d’amour, une valse, une déclaration, une profession de foi « Préservons-nous de tout, mais pas d’amour ». Elle termine par une chanson écrite avec Romain Didier, ce qui ravit la salle. En rappel, un bel hommage au spectacle « Tant qu’il y aura des clowns ». Que dire d’autre de Mouron, sinon que c’est très émouvant, c’est un type de chanson un peu mélodramatique (ce n’est absolument pas péjoratif dans mon esprit !), un peu extraverti, qui correspond à un type de sensibilité plutôt contemporain d’Edith Piaf ou de Pia Colombo, mais qui doit pouvoir avoir encore de beaux jours devant lui. Un très beau moment de chanson quoiqu’il en soit.

Quant à Pierre Barouh, c’est le genre de prestation complètement hors normes, le genre de spectacle que chacun des six ou sept cent spectateurs a vécu comme s’il était seul avec l’artiste et son pianiste dans sa salle à manger ! Le charisme du personnage est énorme : il porte ses 77 ans comme un jeune homme, avec un sourire ravageur devant sa crinière grise. Il parle de sa voix douce et claire et son chant est un velours. Il arrive sur scène avec sa sacoche sans avoir rien prévu, et demande à son pianiste débutant (mais quel toucher et quelle connivence !) de lui faire des propositions… inattendu non ? Et ça démarre, il raconte des histoires qui mettent en perspective les chansons, en les datant ou en les précédant d’une anecdote. Son propos est clair et jamais excessif, et la chanson s’enchaîne sans transition, c’est comme à la veillée… Il nous chante « L’Allégresse », puis, avec Eric Guilleton à la guitare (qui a manifesté qu’il était content de le voir !) une « Lily » toute en sensibilité… Et il continue avec un tube « Des ronds dans l’eau » qui permet à ma voisine de situer le personnage ! Evidemment, il nous fait ensuite sa somptueuse « Samba Saravah » qui dure sept minutes et rend hommage à toute la musique brésilienne. Et après une « Titine » d’anthologie, une chanson de jeunesse, apparemment potache, et qui se révèle tragique à la chute : « Nous ferons danser les filles du dimanche » extraordinaire chanson que je ne connaissais pas… Vont suivre d’autres chansons moins connues, toutes aussi belles et émouvantes car le bonhomme sait écrire et sait chanter avec une sorte d’énergie cachée derrière sa douceur : « Une fille à sa fenêtre », « Daltonien » (très belle inspiration poétique sur ce défaut non rédhibitoire et héréditaire de la vision essentiellement masculine !), « Ce jour-là »… Je fus très sensible aussi à la chanson « Crépuscule », celui de la nuit de la Saint-Jean la plus courte… et j’ai bien aimé le « Petit Curé ». Enfin n’oublions pas ce grand moment où il fait chanter à toute l’assemblée « Mes amis recommençons » dont le texte, poétique à souhaits, avait été photocopié et distribué tout chaud pendant l’entracte. Le public était sur un petit nuage lorsqu’il a entamé sa dernière chanson, une chanson de Marc Lavoie, sur laquelle il s’est infiltré entre les gradins, continuant à faire chanter les gens et sur laquelle il a choisi de s’éclipser en ayant prévenu qu’il n’aimait pas les rappels organisés. Un public debout, heureux, qui l’entourait à le toucher en applaudissant frénétiquement. Un spectacle absolument atypique et intemporel autour d’un personnage hors du commun, un spectacle que les spectateurs de Barjac ne sont pas prêts d’oublier ! Certains ont trouvé la prestation un peu courte, moi-même j’aurais aimé qu’il nous chante « La Bicyclette » dans sa version originale… Mais tous comptes faits, on a eu quand même une quinzaine de chansons et la sensation de vivre un moment de spectacle unique, ce genre d’événement que tout festival cherche à proposer. Pour Barjac 2012, mission accomplie… Et je pense que ce n’est pas fini !

A demain.

Journée du 2 Août

Dernière journée d’un festival un peu harassant, tant la facilité avec laquelle se font les rencontres induit des rendez-vous pour discussions, interviews, repas en commun ou simples réunions autour d’un verre qui alourdissent agréablement le programme, mais sont synonymes de réduction des heures de sommeil. Quant à la chaleur qui ne nous a laissé aucun répit, elle a hélas rendus fatigants les après-midi au chapiteau. L’air redevenait doux à brunante et les spectacles de la cour du château bénéficiaient, quant à eux d’une douceur bienvenue. Je me disais en parcourant le village ce matin pour aller prendre l’autobus, que les concerts d’après-midi devraient avoir lieu à sept heures du matin, quand la fraîcheur de la nuit n’a pas encore cédé la place à la canicule. Et là, j’écris dans le TGV qui me ramène direct à mon Pas-de-Calais natal, et j’ai quelques heures devant moi pour ne rien oublier !

De la journée d’hier, je retiendrai la découverte de Pierre Le Bel Age… Je ne sais si c’est son vrai nom ou un pseudo, mais il lui va bien ! Un bel artiste, jeune et attachant, simple et bourré de talent. Il a de toute évidence la chanson dans le sang, il sait intuitivement comment l’écrire, comment y mettre la bonne musique, et comment la chanter à la guitare sans trop se prendre la tête, et pour une première présentation, c’était très honnête. Lorsque – dans quelques années, je vous en fais le pari – il se retrouvera sur la grande scène (comme avant lui Thibaud de Presque Oui par exemple) avec un ou deux musiciens, il travaillera ses intros et ses finales, mais c’est du détail. En attendant, ses premières chansons sont parfaitement construites, couplets et refrains, et les mots s’y appellent les uns les autres par homonymies ou synonymies et à la fois ils permettent de redécouvrir le sens initial des expressions, mais encore ils l’enrichissent avec un second sens en filigrane… Quelques titres pour illustrer mon propos : « Con comme la hune », « Pas demain la vieille » (chanson en hommage à Francesca Solleville) ou « La dame aux caméléons »… Rien que les titres donnent envie d’écouter les chansons, et on n’est – sémantiquement – jamais déçu. Quant aux sources d’inspiration, elles sont variées et abordent les sujets toujours avec un angle d’attaque original. Quelques autres titres pour s’en convaincre : « Quelle mouche a piqué mémé » pour parler des maisons de retraite et des spécimens particuliers qu’on peut y trouver ; « Méditations métaphysiques d’une dame pipi » pour énoncer un chapelet de potins et d’évidences de café du commerce ; « Je déménage » pour une rupture de couple ou encore « La tour de Babel » pour décrire un immeuble cosmopolite de banlieue. Les chansons sont à la fois sérieuses et humoristiques, parfois sensuelles (« Ma Métisse »), parfois empathiques avec des personnages décalés ou mal fagotés (« Chiffons »), toujours le regard est heureux, malicieux, bienveillant. J’espère en avoir écrit assez pour vous encourager à acquérir le Cd qu’il prépare (selon Gérard Morel, chez Tacet, avec la collaboration de Thierry Garcia) et qui, dit-on, devrait sortir fin 2012, début 2013. Une dernière précision pour situer la filiation de l’artiste : après avoir épuisé son stock de chansons personnelles, il a chanté « SDF », et en rappel « Berceuse » de Jean Ferrat…

Je vous avouerai que je ne sais pas quoi écrire de la soirée « Parole de Leprest » que nous avons vécue au château hier soir. Non que je ne l’aie pas appréciée, bien au contraire : j’ai toujours considéré qu’Allain Leprest était d’abord un superbe auteur et qu’il trouvait une dimension supplémentaire lorsqu’il était repris par des interprètes ! Alors, pensez si hier j’ai été gâté, entre Véronique Estel qui nous jouait les chansons comme des pièces de théâtre et nous faisait redécouvrir un « Y a rien qui s’passe » extraordinaire, Mouron qui donnait une amplitude inconnue à « La Gitane », Jamait qui nous faisait physiquement parcourir la « Rue Louise Michel » ou Jehan qui donnait une sensualité nouvelle à « Ton cul est rond »… et ce ne sont que quelques exemples marquants… Tout était bien ! Mais justement, pouvait-on s’attendre à autre chose avec les chansons de Leprest ? Alors que dire sinon « mission accomplie », on a donné du plaisir aux spectateurs avec les chansons qu’Allain Leprest nous a laissées et c’était l’objectif… C’est le genre de soirée unique que les festivaliers quittent avec des étoiles dans les yeux, convaincus à juste titre d’avoir vécu un moment exceptionnel qui ne sera jamais reproduit ailleurs, et s’il l’est, ce sera partiellement et sans la ferveur de la « première »… et que ce fut à Barjac et nulle part ailleurs ! Alors qu’écrire, sinon Merci Barjac, merci « Chansons de parole », et merci Allain Leprest.

Le festival se terminait par une folle nuit sous le chapiteau qui semble avoir duré longtemps…
Certains se sont couchés très tôt ce matin et se sont levés peu après en faisant une razzia sur le paracétamol… D’autres ont abordé une nouvelle journée sans se coucher. Personnellement, je ne pouvais envisager de vous écrire ces lignes en toute lucidité sans un minimum d’heures de sommeil, et donc je me suis éclipsé après le concert Leprest. J’ai réussi à dire au revoir à quelques uns et quelques unes d’entre vous au hasard des croisements, je m’excuse auprès de tous les autres. Un grand merci à toutes celles et tous ceux qui ont réagi à ces lignes, postées cette année au jour le jour… Et je suis content de pouvoir dire que – lorsque le site de Michel Kemper aura recouvré un peu de sens de l’organisation – vous pourrez y lire les chroniques de Catherine Cour dont j’ai pour ma part beaucoup apprécié le style et le franc parler. Merci à toutes et tous pour l’amitié des échanges, et merci aussi à celles et ceux qui m’ont parlé de mes émissions et m’ont encouragé à continuer.

Ces chroniques sont placées dans mon site. Dans quelques jours j’y apporterai une relecture et une correction des fautes ou incorrections, et éventuellement apporterai des précisions si vous me les signalez (noms des pianistes ou autres), mais évidemment sans revenir sur le fond du propos initial.

A l’année prochaine sur cette liste ou ce qui en tiendra lieu, ou éventuellement d’ici là s’il me prend l’envie de discuter de la pertinence d’une programmation par exemple !

Amitiés à toutes et tous.

François

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