Barjac 2014

Avant propos

Bonjour à toutes et tous

Je m’apprête donc à vivre mon 9° Barjac et à vous en proposer quotidiennement un compte-rendu pour la 7° année consécutive. Eu égard à l’accueil qui a été fait aux éditions précédentes, je m’engage encore une fois à organiser mon emploi du temps de façon à dégager les deux heures qu’il me faut chaque matin pour les assurer. J’ajoute que, si parfois la contingence me pèse un peu et que par moments j’aspire à vivre là-bas comme un festivalier de base, je le fais toujours par plaisir : si la démarche elle-même d’écrire est parfois pesante, le plaisir de relire une fois que c’est rédigé est toujours bien là !

Le programme de cette session est encore une fois très varié, et, dans le cadre délimité de cette chanson de parole qui est l’objectif du festival et la raison pour laquelle nous y allons, il y en a pour tous les goûts. Pour ma part, je me réjouis à la perspective de voir enfin sur scène Lili Cros et Thierry Cazelle, Delphine Coutant, Alcaz ou Emmanuel Depoix, et de revoir Laurent Berger, Elsa Gelly, Lily Luca, Nathalie Miravette et évidemment Rémo Gary, Anne Baquet et Anne Sylvestre ! J’espère ne pas concevoir de déception si le spectacle ne correspond pas à ce que j’en attendais.

Lorsque je n’écrirai rien, comme d’habitude, c’est que, soit je n’aurai absolument pas aimé, soit je ne serai pas inspiré pour écrire quelque chose, même si le spectacle était valable. Je vous préviens déjà qu’il y a deux artistes sur lesquels je risque d’être silencieux. D’abord Tony Melvil, vu à Arras dont les chansons répétitives et pauvres en texte ne m’ont pas convaincu, pas plus d’ailleurs que ses quelques notes de violon ou que son percussionniste automate aux décibels envahissants. Je ne demande qu’à me tromper, mais je crains un peu cette première partie de la dernière soirée, comme j’avais craint Dimoné au même endroit l’année dernière, et on a vu ce que ça a donné. Ensuite Laurent Viel. Tout le monde sait que j’avais détesté son cabotinage sur Brel et que j’avais alors été l’objet de pressions, de suspicions, de détestations pour avoir osé l’écrire et l’argumenter. J’avais en particulier rassemblé mes raisons dans un papier paru dans Vinyl en 2008 et intitulé « Vive la reprise ? » que vous pouvez lire sur mon site là :
http://bio-chansons.pagesperso-orange.fr/Chansons/Divers/ViveReprise.htm
La violence des attaques et des sous-entendus qu’elles contenaient m’a alors beaucoup appris sur l’intolérance et la susceptibilité de certains esprits… (Ça m’a bien servi quand mon émission a été ensuite agressée parce qu’elle disait des choses vraies et vérifiées que d’aucuns ne pouvaient supporter.) Mais c’est du passé.
Dans le même papier je disais aussi à quel point il était difficile de reprendre Barbara, et que celles et ceux qui s’y sont essayés ont proposé le meilleur comme le pire. Vous pouvez comprendre que je sois circonspect lorsque, depuis, j’ai appris que Laurent Viel reprenait Barbara !
Alors, bien que j’y aille avec un esprit neuf comme toujours pour une nouvelle écoute, je me doute que certains pourraient lire ce que j’écrirais sur Laurent Viel avec de l’a priori dans la tête. On verra le spectacle, mais ne soyez à l’avance pas étonnés si vous ne trouvez rien sur Laurent Viel.
J’ajoute une dernière chose. J’ai vu récemment à Arras le spectacle de Laurent Viel « Chansons aux enchères » et il m’a globalement beaucoup plu. J’en ai même fait un papier positif dans le blog « NosEnchanteurs » de Michel Kemper. C’est là :
http://www.nosenchanteurs.eu/index.php/2014/06/22/arras-2014-se-souvenir-des-belles-choses/
Aucune ou aucun de celles et ceux qui m’avaient méchamment vilipendé du temps de « Viel chante Brel » n’a eu l’élégance de simplement me remercier d’un mot pour cet article qui pourtant pourra figurer en bonne place dans la revue de presse de Laurent Viel !

Et donc, je reprends ce que je dis tous les ans : il serait bon que d’autres plumes viennent apporter un regard qui sera nécessairement différent et faire d’autres comptes-rendus du festival de Barjac. Il y aura les contributions de Catherine Cour et de Michel Kemper sur « NosEnchanteurs » que j’invite tout le monde à aller consulter aussi…

Journée du 26 Juillet

Première journée de festival, journée heureuse.

Heureuse car on retrouve avec bonheur tous les habitués – petit florilège de bises et de poignées de main diverses et nombreuses - et on fait connaissance avec des nouvelles et des nouveaux festivaliers qui assurent, bon an mal an, la relève du public : la chanson que nous aimons et que nous défendons recrute toujours de nouveaux adeptes et c’est heureux qu’aux jeunes artistes qui proposent un nouveau répertoire réponde un jeune public friand de leurs mots et de leurs notes. Quelques inquiétudes quant à la pérennisation du festival, que la commune ne pourra pas à elle seule porter à bout de bras, sont inscrites en filigrane dans le discours du Maire, par ailleurs très empathique avec les palestiniens massacrés. Et puis, bien entendu, des déclarations sur la nécessité d’un statut des intermittents qui permette à la culture et à ses acteurs de vivre.

Heureuse car le spectacle du soir est emblématique de ce brassage des générations. Il commence par une mise en bouche de cinq chansons de la jeune lyonnaise Lily Luca qui a pris de l’assurance depuis son dernier passage. Accompagnée de sa seule guitare, elle nous propose ses « tubes » : « La margot » et « Futur 2000 » et continue avec trois nouvelles chansons fort bien tournées : l’une sur le fantasme du toujours plus, la suivante sur un foulard en coton qui d’abord est un objet de souvenir comme « L’écharpe » de Maurice Fanon, et devient au fil de la chanson un prétexte à retrouvailles avant d’être un instrument de mort, et enfin la dernière, très émouvante sur l’évocation d’un amour « T’es où ». Belle progression de Lily Luca à qui on souhaite toujours autant d’inspiration et de maîtrise de l’écriture, ainsi que de prestance et d’humour dans son exposition sur scène. On peut lui proposer des dates sans hésitation, la prestation est garantie de qualité et l’artiste est super sympa.

Heureuse enfin car l’octogénaire Anne sylvestre nous a régalés de deux parties d’une douzaine de chansons chacune, spectacle grandiose dans lequel elle passe de l’humour à l’émotion avec le naturel et le brio qu’on lui connaît, la décontraction et le bonheur en plus. Il est patent son plaisir d’être là et de présenter un choix de chansons organisé au détail près (la patafix pour éviter l’envol des partitions), sans pression, sans la crainte du petit dérapage bien compréhensible et oublié avant même qu’il apparaisse. On savourait ces chansons les unes après les autres, avec leurs musiques porteuses, leur écriture sans faiblesse, leurs couplets denses et enchaînés avec une mémoire remarquable. Bien sûr, il y avait tout le dernier album avec ses perles « Juste une femme », « le p’tit sac à dos » ou « malentendu », et puis quelques unes plus anciennes comme les émouvants « Ecrire pour ne pas mourir », « Le lac Saint Sébastien » ou comme les drôles « Impedimenta » et « Langue de pute ». Et parmi les plus anciennes encore, j’ai beaucoup apprécié « Tiens-toi Droit », « Mousse » et « Amours marines » pour lesquelles Nathalie Miravette a écrit des accompagnements riches, évoquant Poulenc ou Satie, fort bienvenus. Enfin, il faut signaler à quel point le trio de musiciennes était pertinent et beau : Nathalie Miravette au piano, Chloé Hammond à la clarinette ou au cor de basset et Isabelle Vuarnesson au violoncelle… On ne dira jamais assez combien le violoncelle est un instrument d’accompagnement précieux pour la chanson, car il peut assurer la rythmique aussi bien que le contrepoint, et combien hier soir il était bien utilisé. Anne Sylvestre recueillit les longs applaudissements debout d’un public emballé et unanime, et son bonheur irradiait.

Heureuse journée d’un consensus qui épargne l’effort du chroniqueur !

 

Journée du 27 juillet


Comme tous les ans, le premier dimanche du festival a lieu le marché bio, occasion de flâneries, de petites emplettes, de rencontres et de déjeuners végétariens délicieux… Il faut prendre des forces pour cette première journée complète de festival, et quelle journée !

A dix sept heures, un chapiteau mieux aménagé (il y a des progrès d’année en année et c’est remarquable, les observations laissées çà et là sont prises en compte !) nous offre une belle rencontre avec un couple (de scène uniquement, on aura l’occasion plus tard de se trouver avec des couples « à la ville comme à la scène » !) très séduisant. Alexandra Hernandez, comme son nom ne l’indique pas est acadienne (elle en a l’accent !) et vient de Saint-Pierre et Miquelon, et Jonathan Mathis l’accompagne à l’accordéon, à l’ukulélé, au banjo, mais aussi aux boites à musique et aux froissements de papier journal. Alexandra joue de la contrebasse et bénéficie d’une voix superbe, avec une belle tessiture, des nuances et une densité remarquables… Elle en fait le meilleur usage pour des chansons originales et typiques de ses origines et aussi pour des blues aux sonorités riches. Le contact avec le public de ces deux beaux jeunes artistes est immédiat et la simplicité de la chanteuse y est pour beaucoup. Les chansons sont bien sûr des chansons d’amour à toutes les étapes (« Quand tu m’embrasses, quand tu m’effaces de l’inconnu », et plus tard « Au creux de mes bras, j’aime quand tu te débats ») et de désir d’avoir une vie harmonieuse (« Vivre comme un poisson dans l’eau » ou « la vie est légère et s’envole si vite en septembre »). Mais aussi des évocations de ces pays où les rythmes du temps sont imposés par les saisons (« Il faudra prendre des nouvelles de ceux qui dorment sous la neige, casser la glace à coups de pelles ») et de ces paysages de la Côte Nord du Saint-Laurent, le Pays de Gilles Vigneault, dont on ne peut entendre l’évocation du ciel pur sans un frisson quand on y est allé. Le concert se terminera par quelques blues (« Chanter du blues à la nuit blonde ») et le blues de la sortie de prison, toujours avec une pointe d’optimisme (« les chansons font partir la pluie et les épouvantails ») souligné par le beau sourire de l’artiste. Quelle belle rencontre !

Le groupe suivant sous le chapiteau, la Meute Rieuse, est d’une festivité plus classique. Emmené par la chanteuse et accordéoniste (ou guitariste à l’occasion), il a de l’abattage et crée l’ambiance, on peut claquer dans les mains sur le rythme donné par le bassiste qui actionne aussi quelques machines… Et quand les chansons sont en occitan (du moins je suppose) on se laisse entraîner par le tempo de la seule musique. Et on y prend plaisir surtout lorsque la traduction nous avait été donnée au préalable. Mais, il y a de belles chansons d’amour en français (« Ce baiser sur la bouche », « l’hôtel de charme à Parme »), des chansons sur le pays et des reprises en rythme méditerranéen inattendues et non dépourvues de charme comme « L’Orage » de Georges Brassens, « Une petite fille » de Claude Nougaro ou « Comprend qui peut » de Boby Lapointe dans une sorte de paso-doble. C’est de la bonne chanson populaire dans le meilleur sens du terme, et d’un volume sonore tout à fait acceptable, un équilibre des instruments auquel il ne faut surtout rien rajouter.

La soirée dans la cour du château commence par une bonne nouvelle. Après une belle facétie organisée par Jofroi à son endroit, Jacques Bertin nous annonce les deux lauréats du prix Jacques Douai de l’année : Thibaud Defever de Presque Oui et Michel Boutet qui était dans le public et a reçu alors une longue ovation bien méritée. Ce prix me ravit car il a été attribué à deux artistes extraordinaires de deux générations différentes, et dont je peux dire en toute connaissance de cause qu’ils ont en commun le talent, la gentillesse et la simplicité. Jacques Douai peut reposer tranquille, son nom est vraiment associé aux meilleurs.

La soirée se poursuit avec en première partie Nathalie Miravette « pianiste d’Anne Sylvestre et de beaucoup d’autres, mais pas que… » comme le disait Jofroi, qui a fait avec Jennifer Quillet une petite réduction de son spectacle enregistré l’année dernière à l’Européen et gravé dans un DVD. J’ai déjà eu l’occasion ici et là de dire tout le meilleur que je pensais de ce que fait Nathalie sur scène, de son talent inné d’interprète et de comédienne, et de ses progrès depuis la mémorable et fascinante première à Chaumont voici trois ou quatre ans je ne sais plus. Là encore, avec un sens aigu du spectacle et de ses équilibres associé à l’autorité que donne sa compétence musicale et sa connaissance des chansons, elle a ravi le public, et surtout l’a emmené des sommets de la drôlerie et du rire à la profondeur de l’émotion avec en particulier « Le pull-over » et surtout « Un mur pour pleurer » d’Anne Sylvestre que précisément elle accompagnait magistralement la veille sur le même plateau. Une chanson a beaucoup ému le public, tant elle semble avoir été écrite sur mesure pour elle « L’accompagnatrice » d’Antoine Sahler (qui fut le pianiste de son spectacle pendant la maternité de Jennifer). C’est ce genre de chanson où l’artiste livre une partie plus ou moins cachée de lui-même au public, ce qui crée pour quelques instants une communion intime riche, et précieuse parce que rare. Nathalie est une interprète à la fois instinctive et bosseuse, de la trempe des Pauline Julien ou Paule-Andrée Cassidy. Et s’il faut évoquer quelqu’un à l’issue de ce spectacle, c’est Bernard Joyet qui a été pour beaucoup dans la détection et l’épanouissement de ces talents. Merci Nathalie, tu nous as ravis !

En deuxième partie, un monument, comme avec Anne Sylvestre ou Jean-Michel Piton, Barjac sait en ériger… Rémo Gary. Je me sens rigoureusement incapable de faire un compte-rendu circonstancié de cette « Sagrada Familia » de mots, de phrases, de vers et de musiques où chaque recoin a sa justification, son sens et son rôle, où la construction est toujours en marche et où l’ensemble est tellement grandiose qu’il ne peut tenir dans un malheureux paragraphe… Nous avons bénéficié d’un artiste en super-forme, à la mémoire prodigieuse et à l’écriture vertigineuse, aussi bien dans ses formes que dans ses dimensions. Ramener aux thèmes abordés est immensément réducteur, mais on peut dire que Rémo sait parler d’amour sous toutes ses formes avec ses chansons d’introduction « Ouvre » et de conclusion « Ferme », de la société et des luttes qu’elle exige (« On a espéré le grand soir, espoir, à nous d’inventer les petits matins, mutins, pas chagrins du tout ») et surtout faire honneur à la poésie à travers deux grand morceaux de bravoure : « Les trois matelots de Groix » 20 à 25 minutes (j’ai pas chronométré) de flux verbal et poétique ininterrompu et salué par des applaudissements interminables, et « Les oiseaux de passage » de Jean Richepin dont il chante l’intégralité avec la musique de Georges Brassens. On quitte le spectacle sonné, groggy : la chanson peut avoir cette force et aller jusque là. Rémo Gary méritait bien les longues ovations : il a fait vivre au château et au public de Barjac un moment d’une qualité incandescente.

 

Journée du 28 juillet

Elle a commencé par le prix Jacques Douai. On a regretté l’absence de Thibaud Defever actuellement en Suède… Il a néanmoins envoyé un gentil message qu’Anne Sylvestre a lu à l’assistance… Et puis ce fut le tour de Michel Boutet d’évoquer avec humour quelques dates de son parcours et de nous chanter « Tout s’mérite », chanson de circonstance ! J’ajoute juste une petite mention pour la lumière marine dans les yeux de Sylvia. Les bonheurs et les émotions se partagent.

Le chapiteau de l’après-midi fut plein à craquer pour les deux spectacles. D’abord celui d’Entre Deux Caisses consacré aux chansons d’Allain Leprest et présenté comme un conte pour enfants du prochain millénaire qui se passerait dans un univers historique lointain, celui de la fin du XX° siècle et du début du XXI°, dans lequel ils retracent avec des chansons une journée de vie jalonnée de rencontres et d’événements. Ce spectacle est une petite merveille, d’abord parce qu’il choisit des chansons d’Allain dont la qualité poétique rend leur compréhension simple, et qui semblent s’imposer d’évidence : si les incontournables « SDF », « Sarment » et « C’est peut-être » font partie de la sélection, on retrouve aussi des petites perles comme « Café Cocu », « A l’Assaut de l’Île » (extrait de Francilie !), « Etrangement », « Il était mime » et évidemment « Je hais les Gosses » ! Ensuite les interprétations avec toutes les combinaisons que peuvent apporter quatre chanteurs du solo à la polyphonie sont toujours de belle qualité vocale et musicale, les instruments utilisés pour l’accompagnement variant selon les ambiances. Enfin parce qu’il est soutenu de bout en bout par des textes de présentation où se glisse parfois un humour léger, pour lesquels la fonction de récitant passe comme la casquette qui l’accompagne, de l’un à l’autre. Rien n’a été laissé au hasard : la couleur rouge, verte et gris-bleutée des chemises de chacun rappelle les maillots des Frères Jacques, et l’esprit de la mise en scène des chansons est quelque part inspiré de ce qu’ils faisaient. Et l’ensemble permet une relecture des chansons avec une autre lumière. Les chansons d’Allain Leprest sont un matériau modelable, destiné à tous, qui ne semble pas près d’être épuisé ! Superbe spectacle consensuel qui ne peut décevoir.

Second spectacle de l’après-midi, le couple Lili Cros et Thierry Chazelle. Il joue de la guitare et elle de la basse et de sa voix à la tessiture étendue, chantent ensemble les refrains et selon les morceaux, c’est soit l’une soit l’autre qui chante les couplets. On se rend compte qu’ils écrivent un peu chacun leurs chansons et font ensuite la mise en spectacle en commun. Mais ils partagent un bonheur d’inspiration, ils ont des idées originales, tant dans les thèmes que dans les musiques très agréablement variées. Les développements sont relativement simples, mais suffisants pour faire passer le contenu et pour faire plaisir, faire rire ou émouvoir. Les épouvantables « anthropophages » sont une métaphore à laquelle font écho « les supermarchés » qui n’ont pas le bonheur dans leurs rayons, ou « Monsieur Gaston » qui illustre la folie de la société de consommation. Derrière le rire, il y a une inquiétude sur les dérives de la société qui fait plus de profits avec « Errotica » qu’avec « Les trois Baudets ». Quant au couple, il navigue entre le regret du « mari idéal » ou de « Clint Eastwood » et les reproches sur les regards appuyés vers d’autres charmes ! Et je ne peux terminer sans citer deux très émouvantes chansons l’une sur l’absence (« T’es parti en éclaireur et tu nous as brisé le cœur ») et l’autre sur la femme devenue veuve de guerre après avoir tant préparé un retour heureux (« Irène et Charlotte »). Très agréable spectacle, ni mièvre ni prise de tête, dans lequel on se fait intelligemment plaisir.

Quant à la soirée, elle fut perturbée par une pluie continue et drue qui a interrompu la première partie de Delphine Coutant, et a transféré le concert de Gianmaria Testa dans la salle attenante devant des spectateurs assis par terre sur le pavé. Je ne suis pas resté dans ces conditions-là.

Journée du 29 juillet

Journée chargée, et il me faut commencer à écrire plus tôt si je veux avoir fini suffisamment à temps pour profiter à plein du programme d’aujourd’hui. Journée fraîche et agréable pour les nordistes comme moi, malgré quelques alertes de gouttes de pluie sans conséquences. Et journée de belles découvertes dont le partage me motive.

D’abord à l’apéro de midi, présentation du Centre de la Chanson par Gérard Morel et Roxane Joseph et des membres du bureau. Il faut aller voir sur leur site tout ce qu’ils proposent pour promouvoir la chanson et déceler les nouveaux talents : http://www.centredelachanson.com/
Il y a eu moisson d’adhésions nouvelles parmi les participants, et je trouve cela très encourageant. Et en illustration en quelque sorte des résultats du travail de cette équipe dynamique, deux lauréates de « vive la reprise », Garance et Lise Martin que nous retrouverons l’après-midi, sont venues nous faire en duo une chanson de chacune : c’était frais, spontané et de belle écriture. Elles ont été appréciées et ont recueilli des applaudissements mérités.

Eh bien justement, à 17 heures sous le chapiteau, nous les retrouvons, présentées, excusez du peu, par Anne Sylvestre qui a partiellement accompagné leur parcours débutant. (Ici je me permets un aparté personnel : je trouve excellente cette formule de plateau partagé entre deux artistes jeunes, qui n’ont peut être pas encore le potentiel ni le répertoire pour faire une heure de spectacle. Cette formule – exceptionnelle à Barjac mais qui pourrait s’instaurer plus régulièrement – évoque ce qui se passait dans les cabarets dans les années soixante où les débutants venaient chanter trois ou quatre titres chacun. Je pense que c’est Francesca Solleville qui avait dit tout le bien de cette formule : en quatre chansons l’artiste est capable de présenter son univers, son style, son écriture. Si ça ne plaît pas au spectateur, il prend son mal en patience en attendant le suivant car il sait que ça ne durera pas plus que quatre chansons. Si ça lui plaît, il a de quoi se régaler, il retiendra le nom et reviendra le lendemain. C’est un peu ce qui s’est passé, chacune a fait sept ou huit chansons, assez pour éventuellement apprécier et encourager ces jeunes artistes par exemple en achetant leur Cd à la sortie. Et au lieu d’une découverte, nous en avons fait deux ! Fin de l’aparté.) Alors Garance… une belle voix avec un léger voile, et une guitare, une assurance sur scène encore en construction surtout dans les présentations, mais des chansons agréables dont les thèmes sont assez tournés autour de la rencontre amoureuse (que ce soit avec la voisine de palier ou avec l’homme qu’on attend à la gare), sur sa fragilité (« C’est quasi rien »), sur les désamours et les ruptures par SMS (belle chute sur la chanson « De retour de Saigne (Saignelégier en Suisse) ») ou sur les petits problèmes de la vie quotidienne (« Je ne compte plus mes cheveux blancs »). Une artiste pleine de promesses qui a de la marge pour étendre son univers. Lise Martin est aussi attachante. Belle voix dense, un peu nasale, belle prestance et belle rigueur dans les présentations sur tous les plans. Elle s’accompagne de temps en temps à l’ukulélé et le reste du temps est accompagnée par un guitariste. Son écriture est remarquable, elle sait exploiter des métaphores, tenir la progression du propos et l’enrichissement du tableau de couplet en couplet, et manier la chute. Son inspiration est large, elle parle de la liberté mortifère lorsqu’elle se transforme en solitude, de la privation de liberté par l’érection de barrières, mais de la nécessité d’un chez soi pour avoir de l’assurance. Elle parle aussi d’amour, de la ville de Paris et des êtres chers qui y sont, de ceux qui sont au loin et qu’on voudrait voir arriver derrière le volet (« L’orage »), ou des différences entre les amoureux (« Si tu es le prince du vent, moi je me démène dans les sables mouvants »). Et puis elle nous fait une magistrale reprise de « Vingt ans » de Léo Ferré. Une artiste qui a déjà une belle maturité et des qualités qui lui permettent d’envisager une progression fructueuse. Le Centre de la Chanson nous a permis cet après-midi deux belles découvertes.

L’après-midi se poursuit avec « Laurent Viel chante Barbara ». Je marche sur des œufs, je vais essayer de ne pas employer de mots qui pourraient être différemment compris. Et je me garderai, bien que ça me démange, de toute comparaison avec ce qui a été fait ou qui aurait pu être fait dans un autre spectacle. Néanmoins, quand on chronique un spectacle et qu’on luiporte une appréciation esthétique, on juge par là-même les choix de l’artiste et, à travers ces choix, la démarche et l’artiste lui-même. C’est la loi du spectacle. Alors on se lance : Laurent Viel est une bête de scène, et quand il sait dompter le cheval fou, il est formidable. Dans ce spectacle sur Barbara, il a su alterner les chansons (de Barbara ou chantées par Barbara) sur lesquelles il pouvait donner libre cours à la fantaisie, aux jeux de scène, aux excès et à l’humour et celles sur lesquelles Barbara elle-même avait atteint le maximum des effets, sur lesquelles il ne fallait rien rajouter mais au contraire revenir au service du texte et de sa musique, de sa qualité émotionnelle intrinsèque. Dans la première catégorie, on trouve entr’autres « Hop-là », « Moi je m’balance » (une pensée en passant pour Bernadette Lafont qui nous quittait il y a quasiment un an), « L’homme en habit rouge », « Le regard des hommes » et encore « Les amis de Monsieur » où quelques attitudes bien ciblées font rire le public, et surtout « Paris Quinze Août » joué comme un sketch désopilant avec la participation active de Thierry Garcia, excellent par ailleurs à la guitare électrique qui remplace sans problème le piano de Barbara. Dans la seconde catégorie, dans l’immobilité presque totale avec toute la concentration portée sur l’articulation et le rendu du texte et de la mélodie, on trouve évidemment « Le Mal de Vivre », « Dis Quand Reviendras-tu », « Drouot », « Perlinpinpin » où il atteint presque le summum de l’interprétation qu’est celle de Paule-Andrée Cassidy, « Nantes » bien sûr, et pour moi la meilleure et la plus poignante interprétation sera pour « Mon enfance » sobre, dépouillée et droit au cœur. Les applaudissements sont copieux malgré le large dépassement de l’horaire imparti, et comme toujours dans ce genre de spectacle de reprises d’un seul auteur, il applaudit autant Barbara que l’interprétation que Viel en fait, et on restera sur cette réussite-là.

Le soir, dans la cour du château menacée par la pluie, (les gradins ne sont pas complets comme les jours précédents et on peut penser que l’expérience de la veille a refroidi certaines ardeurs !), encore des événements intéressants. D’abord l’arrivée dans le public, amenée par Monsieur le Maire, de Leila Shahid qui sera longuement applaudie lorsque Jofroi l’accueillera en déployant un instant le drapeau palestinien.

Et puis une première partie extraordinaire d’Elsa Gelly. On l’avait déjà vue il y a quelques années avec les chansons de Vincent Roca. Ici, c’est un spectacle osé d’interprétation de chansons sans aucun instrument « à voix nue » juste avec un petit micro invisible posé sur le front. Elle commence par « Déshabillez-moi » et le spectateur a la surprise de découvrir que, sans accompagnement, il découvre des sens dans ce texte qu’il croyait connaître par cœur. C’est le déclic, tout de suite on se passionne pour cette forme d’exposition des chansons. Et on a de quoi faire, car non contente de chanter ces textes sans aucune approximation mélodique, Elsa les met en scène avec vigueur et force gestes démonstratifs qui donnent un autre rendu à la chanson… Quand elle est traitée comme une pièce de théâtre, comme « Cristina », c’est absolument irrésistible… Elle enchaîne avec des chansons plus connues comme « Je m’voyais déjà » d’Aznavour, « Le chasseur » de Michel Delpech et, morceau de bravoure « Allumer le feu » (chanson écrite – eh oui – par Zazie, dont l’interprétation sans instrument souligne la pauvreté mélodique) et c’est là qu’elle donne une bonne partie de la mesure de ce spectacle : sa mise en scène ampoulée déclenche les rires à chaque vers, mais en même temps, elle démontre le ridicule de certaines gestuelles systématiques qui font double-emploi avec les mots et qui sont superfétatoires… Elle atteint là, en démontant les grosses ficelles du spectacle, un niveau de signification qui la rapproche de ce que fait Anne Baquet, que, tiens, justement, nous verrons le lendemain sur cette même scène ! Après le spectacle prend une autre orientation où l’émotion prend régulièrement la place du rire, comme dans cette interprétation absolument bouleversante de « La Noyée » de Gainsbourg… Elle terminera en apothéose avec « Vie, Violence » de Claude Nougaro, « Je t’aime » (superbe) de Michèle Bernard et la chanson « De Dame et d'Homme » d’André Minvielle en hommage à Marc Perrone. Quelle prestation : les applaudissements sont déchaînés, le public ne veut pas la laisser partir et seules quelques gouttes de pluie l’ont convaincu que c’était l’heure de l’entracte.

Après l’entracte, c’est au tour d’Yvan Dautin de prendre la scène… Je dois dire que je ne sais pas comment rendre compte du spectacle de ce diable d’homme qui peut être aussi agaçant que génial. J’ai pris beaucoup de plaisir à l’écouter, ses chansons ont de superbes mélodies grâce à Angelo Zurzolo qui swingue avec son piano, soutenu par un batteur pas envahissant et ça vaut le coup de donner son nom : Didier Guazzo, et un bassiste toujours pertinent, Gilles Bioteau. Et ses textes dans lesquels les mots et les expressions s’enchaînent de façon homonymique me fascinent. On tarde toujours à appréhender le sens de la chanson, et quant à lui donner un titre sur le moment, c’est mission impossible. J’ai un carnet plein de notes quasiment inexploitables pour cela. On dégage quelques thèmes : la difficulté du couple (« La malmariée » une de ses anciennes chansons), les mésententes sexuelles (« elle est petite, si petite »), les différences d’investissement dans le couple, la volatilité des sentiments (« la cigarette après l’amour nuit gravement à la santé, les mots les jours partent en fumée ») ; et puis aussi un regard toujours empathique sur l’entourage et sur les « gens de peu » : « On porte la cerise sans toucher au gâteau », « la cendrillon des bas-fonds », « La portugaise est morte ensablée » ; enfin un regard désabusé sur la société « Tout va mal » et la tentation de s’en isoler « Je suis d’un monde à part, du parti des oiseaux… ». Voilà, insaisissable Yvan Dautin, mais qui vous tient la scène pendant une heure et demie sans une minute d’ennui !

Journée du 30 juillet

Comme tous les jours pour moi (pour d’autres festivaliers il y a des rendez-vous à la salle Regain à 11 heures, et comme elle n’est pas grande, il vaut mieux arriver en avance. Et moi, à ce moment-là, je suis en train de rédiger cette chronique !) la journée festivalière commence par cette rencontre informelle de l’apéro sur le parvis du château. Chaque jour, cet apéro est offert par une structure, une association ou une production d’artiste. Hier c’était « Merlin » qui s’y collait. C’était une sorte de passage de relais entre Violaine Parcot et Michelle Manac’h, et pour toutes celles et ceux qui, comme moi, ont fructueusement travaillé avec Violaine, c’était un au revoir ! C’était aussi l’occasion de la sortie de deux disques d’artistes de cette production : celui de Francesca Solleville avec uniquement des chansons qui portent la signature de Jean Ferrat, pour le texte, la musique ou les deux, (ou qui ont été chantées par Jean Ferrat) et celui de Céline Caussimon « Attendue ». Evidemment elles nous ont chanté chacune deux titres accompagnées au débotté et sur un clavier de fortune, et avec Gérard Morel dans le rôle de lutrin, par la toujours disponible Nathalie Fortin. Céline nous en a donné deux superbes nouvelles « Je ne dis rien » et « Mes vieux enfants », et Francesca, toujours transfigurée quand elle chante sur quelque scène que ce soit, « Camarade » et « Ma France ». Belles retrouvailles avec Céline déjà rencontrée à Arras il y a peu.

On passe à la superbe soirée de la cour du château. Et d’abord Laurent Berger, impérial, accompagné avec le doigté, l’efficacité et la sobriété qui convenait, par Nathalie Fortin, la pianiste chouchoute du public de Barjac, qui a toujours droit à une ovation méritée. Ce spectacle, image en réduction de celui que j’avais déjà vu cette année, est une épure, une perfection d’équilibre et d’économie : 12 chansons et quatre textes en quarante cinq minutes de première partie. (Quand on regarde le minutage sur le CD, on s’aperçoit qu’une seule chanson dépasse les 3 minutes, et encore, de 20 secondes !)… Pour la durée des chansons, c’est l’anti Rémo Gary ! Pour l’écriture en revanche, ils sont tous les deux au même niveau de qualité. De sa belle voix grave et un peu nasale, et avec sa diction parfaite, Laurent nous fait faire connaissance avec plein de personnages qui doivent avoir un petit bout en commun avec lui ou avec nous : le timide frustré du « Faux pas », la discrète amoureuse d’un indécis « Elle t’attend », l’artiste sans public « Sous un pont », « la gardienne du fleuve » qui porte les amours, le fils cadré jusqu’à sa libération finale « Tout est permis », et bien d’autres dont le libraire du « Pas pressé » et évidemment « Valparaiso », ville ou femme ou métaphore de l’une pour l’autre…
Chaque fois, le spectateur est séduit par la fluidité du propos. Et lorsque les chansons portent des sentiments ou des désirs « Aller Voir », « On ne s’entend pas », « Comme une étoile », c’est avec la même dialectique de l’on s’approprie la démarche. Laurent Berger ne séduit pas seulement par sa prestance, par la subtilité de ses mélodies d’apparence simples, mais aussi par l’intimité qui se dégage de ses textes que l’on aimerait bien avoir écrits tant on peut y trouver de nous-mêmes.

En seconde partie, la grande, l’immense Anne Baquet et son pianiste complice Grégoire Baumberger. C’est le genre de spectacle non racontable, et je ne m’y risquerai pas : c’est un spectacle à voir, voire à revoir, où la performance des artistes est à son degré maximum pendant une heure et demie qui passe à toute vitesse. Toutes les chansons, toujours drôles et soigneusement choisies et agencées sont chantées avec la superbe voix de soprano lyrique d’Anne. Les jeux de scène doublent en permanence l’humour des textes, et tout y passe, parce qu’en plus de chanter, Anne sait tout faire : de la danse classique pour imiter à pieds nus les pas des danseuses, du piano pour jouer à quatre mains, s’accompagner elle-même ou accompagner son pianiste devenu chanteur le temps d’une chanson, du mime et du comique, et j’en passe. Et une partie de l’humour vient aussi de sa capacité à ampouler, et donc à déconstruire les petites ficelles des artistes, celles qui suscitent évidemment les applaudissements du public. Histoire de faire comprendre au public que le spectacle n’est jamais innocent, qu’il est plein d’artifices, qu’il est pensé, travaillé, répété dans le but de mettre en valeur l’artiste auprès des spectateurs. C’est donc au second degré qu’elle dit au public « je vous fais rire, mais ne soyez pas dupes » ! J’adore Anne Baquet, et compte-tenu des applaudissements interminables qu’elle a recueillis, je ne suis heureusement pas seul. Un spectacle à ne pas manquer s’il passe près de chez vous, et à faire programmer s’il n’y passe pas !

 

Journée du 31 juillet

On commence cette dernière journée de festival par un apéro à l’occasion duquel Dominique Babillote présente son CD consacré aux chansons du répertoire de Serge Reggiani, et dont il nous fait écouter « Ma Femme ». Puis c’est au tour de Coline Malice, organisatrice de l’événement de nous présenter son dernier CD tout chaud sorti des presses en juin. Elle nous donne la primeur de quatre chansons bien introduites par des citations ou des témoignages : « L’Horizon noir » où le chanteur est comparé à un peintre (« les chansons sont des toiles qu’on repeint tous les soirs »), « Frida » consacrée à Frida Kahlo, « Je suis femme » ou les chances et privilèges d’être femme et « Les nouveaux riches », pas d’argent, mais de temps et de liberté. De bien belles chansons qu’il me tarde de réécouter à la maison sur le CD !

L’après-midi, on est accueilli sous le chapiteau par un quatuor inattendu qui, monté sur une table devant l’entrée, nous chante sur un air bien swing la petite chanson dont voici en exclusivité le texte :

Bonjour, bienvenue sous le chapiteau
Tu fais coucou à tes copains assis sur les gradins
Un ticket tout neuf, un vieux pass
Tu passes
Si t’as de la boue sous tes godasses
T’auras quand même une place

Bonjour, bienvenue sous le chapiteau
Toute l’équipe s’est réunie pour te faire ce cadeau
Un ticket tout neuf, un vieux pass
Dégueulasse
Et même si tu sues comme un bœuf
T’auras quand même une place

Avouez que c’eût été dommage de laisser ce chef d’œuvre s’enliser dans les sables de l’oubli et d’en priver la postérité. Les membres de ce quatuor, que Pierre Buro a – j’espère – immortalisé en pixels, sont Audrey Antonini, Clémence Chevreau, Simon Goldin et Jérôme (merci de lui donner un nom de famille !).

On passe aux artistes programmés, deux locaux, pour chacun une demi-heure, cette formule dont je vantais tantôt le mérite pour les débutants et qui a, en cette occurrence, encore fort bien fonctionné. D’abord Jozef, un gars de Barjac qui nous propose six de ses chansons seul à la guitare. C’est spontané, sincère, et si le style est parfois encore un peu naïf, il y a des idées originales : il compare l’œil qui fait défaut au borgne à la première femme aimée et qui manque toujours un peu ; il remonte le courant à contre-sens en espérant arriver quelque part ; il décrit les rêves d’un amoureux d’une fille de joie, elle est tout pour lui, il n’est qu’un parmi tant d’autres ! Bref, une vraie inspiration. Et il termine par un rap de I Am « Je suis dangereuse ». De belles potentialités et une agréable surprise. Le suivant a un peu plus de bouteille, il s’appelle Baptiste Dupré, et il entre en scène avec deux autres guitaristes. On craint un peu pour les décibels, mais fausse alerte, il nous fera lui aussi sept chansons avec un bon confort d’écoute, des mélodies douces et très agréables et une voix apaisante qui pourrait bénéficier d’une meilleure articulation. Lui aussi a des sujets d’inspiration variés et intéressants. Il compare la terre à une vieille orange qui se flétrit, il rêve de vie et de vent lui qui patauge dans la mélasse, essaye de maîtriser les endroits où se porte son regard lorsqu’il est en face d’une jolie femme, et s’interroge sur le temps qui passe, la tendresse qui reste, et l’instant présent dont il faut profiter au maximum. Barjac, c’est aussi des rencontres comme celles-là, simples et belles.

Le soir, ce sera rapide. Comme Tony Melvil était seul en scène avec sa guitare (ou un petit peu son violon), j’ai pu prendre connaissance du contenu de ses chansons. Globalement, elles ne sont pas gaies-gaies : entre le wagon à bestiaux, l’HP, le mitard, l’arsenal ou les sourires au fond de l’eau, heureusement que pour son rappel, il disposait d’une chanson de Thibaud Defever et Isabelle Haas (« Le pompon ») dont il aurait pu citer les auteurs. Mais il avait passé beaucoup de temps à bavarder entre les chansons… Sauf erreur, six chansons en trois quarts d’heure, Laurent Berger en avait donné le double !

Quant à Lo’Jo, spectacle à écouter, à profiter de ces musiques et de cet exotisme sans se creuser autrement : c’est la fin du festival, on est fatigués !

Je n’ai, comme d’habitude, pas fréquenté les activités nocturnes qui étaient incompatibles avec un retour rapide et le besoin d’être opérationnel pour tout autre chose dès ma descente de train. Au revoir à tous ceux que j’ai rencontré ou retrouvés, avec lesquels j’ai pu discuter et échanger des avis conformes ou contraires, toujours intéressants, et dont j’aimerais qu’ils s’expriment aussi dans cette liste.

Quelques réflexions sur des points dispersés pour finir.
D’abord une chose qui a énervé tout le monde : cette année, les spectacles ont quasiment toujours commencé à l’heure lors du premier chapiteau de l’après-midi, et c’est un très bon point. Certains artistes n’ont pas respecté la consigne d’un spectacle d’une heure rappels compris et ont ainsi occasionné des sorties tardives. Si j’en cite certains, on va me taxer de mauvais esprit. Et pourtant, ceux-là mériteraient de se faire remonter les bretelles. Quand on sort du chapiteau à huit heures, voire huit heures et demie, on n’a plus le temps de se changer et d’aller dîner avant le spectacle du soir. Moyennant quoi, de nombreux festivaliers ont zappé le repas du soir au restaurant, et économiquement le manque de professionnalisme de certains artistes a des conséquences : comment peut-on espérer un soutien de la municipalité lorsqu’on sabote les retombées économiques d’un festival sur la commune ?
Ensuite, Jofroi a lancé une réflexion, celle du rajeunissement du public. Le dernier spectacle de la cour du château a illustré un des obstacles pour les plus jeunes à venir au festival : les enfants en bas âge. Pourquoi ne pas organiser une garderie ?
Enfin, il faut reconnaître que, par rapport aux sessions précédentes, le son était moins insupportable et mieux réglé au chapiteau. On n’a donc pas prêché dans le désert les années précédentes, et c’est bien une question de volonté et d’intervention des sonorisateurs… qui ont encore parfois un délai de réaction un peu long : malheur aux premières chansons !
Et puis, pour finir, c’était le Barjac le moins chaud depuis dix ans, et j’ai apprécié cette respiration !

A l’année prochaine, si tout va bien.

Amitiés à toutes et à tous.

François

 


Retour à la page d'accueil du site.