Chroniques CD, films, spectacles, DVD, livres dans l'émission "D'autres chansons" sur Radio-Scarpe-Sensée 94.1

Frédéric Bobin, CD Singapour (05/10/2009)
Delphine Coutant, CD La marée (16/11/2009)
Jeanne Garraud, CD, A côté des choses (15/02/2010)
Noah Lagoutte, CD Duo (05/10/2009)
François Verguet, CD Quatre étages (07/12/2009)
Katrin Wal(d)teufel, CD, Le Cello Woman Show (08/02/2010)

Chloé Stéfani (14/03/2011)

"Anna", Comédie musicale de Pierre Koralnik, Musique et lyrics de Serge Gainsbourg et orchestrations de Michel Colombier. Avec Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Serge Gainsbourg. (25/10/2010)
"Les Filles", film de Geoffrey Enthoven
(09/11/2009)
"Des Free-Songs partout !", spectacle de Juliette Kapla et Claire Bellamy (07/12/2009)
Festival "Faites de la Chanson", édition 2011 - 1 (12/09/2011)
Festival "Faites de la Chanson", édition 2011 - 2 (12/09/2011)
Festival "Faites de la Chanson", édition 2012 (18/06/2012) CHRONIQUE CENSUREE SOUS LA PRESSION DE DIDOUDA
Festival "Le 6° Son", édition 2012 (01/10/2012)
Festival "Les Inouïes", édition 2012 (05/11/2012)
Le chant amateur (17/12/2012)
La chanson et la Grande Halle du Gouverneur à Arras (21/01/2013)
Festival "Faites de la Chanson", édition 2013 (10/06/2013)
Chronique d'adieu (remerciements) (24/06/2013)

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Frédéric Bobin. "Singapour"

Voilà un CD jouissif, un disque comme on aimerait en trouver beaucoup. Un disque que vous mettez dans votre lecteur et qui va repasser trois ou quatre fois sans que vous songiez un seul instant à l'arrêter. Les chansons sont toutes belles, toutes intéressantes, toutes très mélodieuses et agréables à écouter, toutes avec de très beaux textes faciles à comprendre mais néanmoins remplis de subtilités, et toutes véhiculant des idées simples, généreuses, humanistes auxquelles on adhère immédiatement. Il n'y a "rien à jeter" comme dirait Brassens. Le plaisir d'écoute d'un tel disque ne faiblit pas.

Les secrets d'une telle réussite ? Deux frères, Philippe et Frédéric, tous les deux titulaires d'une maîtrise de lettres. L'un est prof de français, c'est Philippe, c'est celui qui écrit les textes des chansons ; il doit être perfectionniste car il peaufine le choix des mots et de leur agencement, pour un sens à la fois direct et plein de prolongements ; rappelez-vous du dernier couplet de "Singapour" que vous venez d'entendre : "Mes ancêtres ont connu la trique / Et puis la guerre / Moi c'est à coup de statistiques / Que l'on m'enterre / Y va falloir doubler mes doses de Kronenbourg / Y'a mon usine qu'a foutu le camp à Singapour". Il y a toute la détresse, ses causes et ses conséquences dans cette strophe ! Et toutes les paroles des chansons sont de la même farine, c'est une plume extraordinaire. Et l'autre frère, c'est Frédéric, celui qui chante en jouant de la guitare, des années de musique et de guitare classique, c'est lui qui compose les mélodies, tellement précises, tellement collées au texte qu'on ne peut pas en imaginer d'autre pour chaque chanson. Une telle connivence entre frères au service de l'art de la chanson est rare... Ces derniers temps, on voit plus de complicités fraternelles dans le cinéma.

Alors les chansons ? Je ne peux évidemment résister au plaisir de vous en faire écouter quelques autres. Quand je vous les passe, je les réécoute moi-même une fois encore, et je ne m'en lasse pas ! Et vous jugerez vous-mêmes : des portraits pleins de sollicitude, des prises de conscience du décalage entre pays pauvres et pays riches, et puis de jolies chansons très touchantes sur la rencontre confrontée aux événements historiques ou sur les ratés de la vie...

Je ne peux terminer cette chronique sans parler de Frédéric Bobin en spectacle : il assure à la fois la partie chant et la partie guitare avec une belle présence, et il est accompagné d'une basse et d'une batterie. La diction est parfaite et le son est réglé au cordeau, on n'est pas assourdi et on comprend à la virgule près la totalité du texte. Et comme le sens du propos est directement accessible, il n'y a pas de prise de tête pour chercher la signification des chansons. C'est la démonstration qu'on peut passer une excellente soirée de chansons avec guitare électrique, basse et batterie. Frédéric Bobin est un artiste qui, à l'instar de Thomas Pitiot ou Thomas Fersen, pourrait être un véritable trait d’union entre le rock et la chanson pour tous les jeunes qui ont du mal à s’arracher des guitares électriques zimboumboum et à aborder la chanson à texte. C'est un artiste précieux, qui aurait toute sa place au programme des Faites de la Chanson, du Sixième son ou d'autres festivals régionaux.
Ce CD est son troisième, les deux premiers sont déjà épuisés, je tâcherai de vous en passer quelques chansons à l'occasion ! C'est un CD autoproduit, et si vous voulez vous le procurer, le mieux est d'envoyer un message électronique à Frédéric Bobin lui-même via son site ou son myspace. Dites que vous l'avez entendu dans "D'autres chansons" sur Radio-Scarpe-Sensée 94.1, et il vous réservera le meilleur accueil !

François

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Noah Lagoutte. "Duo"

J'ai fait la connaissance de ce disque de Noah Lagoutte exactement comme vous : en écoutant la chanson "Vous étiez si jolies" et en restant figé d'émotion. J'avais lu beaucoup de bien de son CD dans un article de Vinyl, et cela m'avait engagé à aller l'écouter sur son Myspace. Et je suis tombé sur cette chanson dans laquelle les ralentissements de la vieillesse chez cette attachante dame sont présentés avec une approche à la fois, juste, simple, lucide, tendre et sensible. Le texte d'une belle fluidité est servi par une musique délicate qui vous reste longtemps dans l'oreille. La voix de Noah est claire, sa diction parfaite sans aucun artifice. Il y a beaucoup d'amour dans cette chanson, et il s'exprime avec sincérité, avec force et avec naturel... Quand on tombe sur un bijou comme celui-là, on n'a qu'une envie, écouter le reste du disque !

Et on n'en revient pas : tout le disque est de cette facture-là, de cette fraîcheur, de cette élégance dans le propos, de cette façon extraordinairement simple et légère d'aborder les plissements de l'âme et les mystères des conjonctures. Des textes accessibles qui recèlent des belles subtilités, des mélodies magnifiques et cette voix directe, reposante et amicale de Noah. Avec des approches originales, les chansons parlent des rapports humains, des rencontres et des hommes, des compagnons avec lesquels on a vécu une bulle de bonheur ou de ceux avec lesquels on aimerait faire un bout de chemin plus long. Elles parlent aussi avec une vérité masquée derrière l'humour des conditions de vie difficiles des jeunes, de la coexistence des générations... C'est toujours juste et touchant.
Si Noah Lagoutte a écrit la majorité des textes, c'est Frédéric Bobin qui écrit la majorité des musiques, et on retrouve sa marque, son sens de la belle mélodie, de celle qui convient au texte : ils ont bien collaboré pour ce disque, car Frédéric Bobin se charge de la partie guitare, et il intervient aussi dans certaines chansons à deux, d'où le titre de l'album. Ce disque est un concentré de talent.

En scène, Noah est accompagnée par Frédéric Bobin, de telle sorte que s'ils sont engagés tous les deux pour deux soirées consécutives, on aura deux spectacles avec ce qui se fait de mieux en jeune chanson actuelle en un seul déplacement depuis Lyon où ils habitent.
Il y a d'autres chansons sur le Myspace de Noah, ce sont des nouvelles qu'elle est en train de travailler. Elle prépare une démo et dès qu'elle me l'aura envoyée, je vous promets de vous la passer et de nous faire plaisir !
En attendant, le CD "Duo" de Noah est lui aussi autoproduit : avec l'ajustement du marché du disque, les producteurs prennent de moins en moins de risques et produisent de moins en moins de jeunes, qui n'ont que l'autoproduction pour pouvoir diffuser leurs chansons et se faire connaître ! Si vous voulez l'acquérir, le mieux est d'envoyer un message électronique à Noah Lagoutte elle-même via son site ou son myspace. Dites-lui que vous l'avez entendue dans "D'autres chansons" sur Radio-Scarpe-Sensée 94.1, et elle vous réservera le meilleur accueil !

François

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"Les Filles", film de Geoffrey Enthoven

Aujourd'hui, ma chronique sera pour un film de cinéma. Ca n'arrivera pas souvent car je n'ai certainement pas les connaissances et les compétences pour ce genre de chronique, je ne suis qu'un cinéphile moyen qui marche plus à coup de ressentis ou d'émotions que d'analyses ! De plus, c'est un film vu en avant-première au Festival du film d'Arras, et donc pas encore distribué dans les circuit, j'espère que ça ne tardera pas, et que tous ceux qui le désireront pourront aller voir ce film en salle. Vous vous rappellerez alors de cette petite chronique, et si elle peut vous encourager à y aller, tant mieux. Vous pourrez, avec les autres chroniques, la relire sur mon site, dont je vous donnerai l'adresse un de ces jours si vous me le demandez ! Et avant d'aller plus loin, un grand merci au Festival International du film d'Arras qui en est à sa dixième édition, avec un succès énorme qui ne se démentit pas d'année en année : il nous permet de voir de tels films et d'attirer l'attention dessus, c'est extraordinaire. Plan-séquence fait du bon boulot, félicitations !

Alors ce film ? c'est un film belge flamand, de Geoffrey Enthoven. il s'appelle Meisjes, Mädchen en allemand, traduction littérale : jeunes filles, titre français "Les filles". Et je vous le dis tout de suite, c'est un film très gai, où trois facteurs se mélangent et font de ce film un profond bonheur pour le spectateur : la gravité, la gaieté et la chanson... Nous y voilà, et vous comprenez maintenant pourquoi je vous parle de ce film. En deux mots et sans déflorer l'histoire et tous ses ressorts dramatiques et humoristiques, c'est une femme de 68 ans, Claire, qui le jour de l'enterrement de son mari retrouve à la fois son second fils, Sid, musicien sans succès condamné à végéter, et ses deux copines d'adolescence, Magda et Lutgarde, avec lesquelles elle avait fait un trio vocal "Sisters of love", tout un programme ! Et elle se met dans la tête de reprendre ce trio sous la conduite musicale de son fils, qui va grandement plier leur répertoire de sixties aux concepts de la musique actuelle, bardée d'amplis et de machines. C'est alors la chanson, toute la chanson, depuis celle des sixties, d'Elvis, jusqu'à celle des années 2000 en passant par Jacques Brel et Michel Fugain, qui va servir de moteur à l'évolution psychologique des personnages. Et ces chansons, qu'elles retravaillent au milieu de diverses péripéties, vont faire bonifier tous les personnages et faire bonifier le regard du spectateur sur les personnages : le bonheur de chanter va irradier sur tous. Ainsi, la mère se rapproche de son fils alors que ce n'était pas gagné ; les deux frères aussi dissemblables au point d'en venir aux mains, finissent par devenir complices dans un évident bonheur. Artuur, le pathétique dragueur des mamies devient sympathique tant il insuffle de goût d'oser. Le mari de Magda comprend que les joies qui lui restent à vivre sont ici et non au cercle polaire. Même Lutgarde, figée dans ses stéréotypes musicaux finit par dire aux élèves de sa chorale religieuse qu'elle va monter sur scène et chanter du rock'n roll, un moment symbolique dans le film ! Enfin, Claire va pouvoir vieillir avec l'éblouissement des paillettes, de la scène et des chansons dans les yeux et agrémenter sa fin de vie de ce rêve ou de ce souvenir, comme le spectateur voudra... La dernière scène est absolument à la fois époustouflante et dramatiquement émouvante. Tout ça grâce au bonheur de chanter sur scène. Une rédemption des personnages par la chanson, toute la chanson, sans distinction d'époques, voire de pays d'origine.

Ce film est émouvant pour tout un chacun, on en sort le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux, on n'a pas vu le temps passer. Vous pouvez comprendre aussi pourquoi et comment il m'a touché au plus profond : parce qu'il donne un rôle primordial à la chanson dans l'épanouissement, l'expression, la joie de vivre de chacun et la capacité à vivre ces bonheurs ensemble.

François

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Delphine Coutant. "La marée"

La découverte de Delphine Coutant a été pour moi un enchantement, le bonheur d'une source découverte après la fatigue de la marche au moment où la soif commence à être impérieuse. La fraîcheur de ses mélodies, la poésie de ses textes, la clarté de sa voix capable de s'abriter à l'ombre et la suggestivité sonore de ses arrangements, autant de points d'attaches à ce disque envoûtant.

Alors qui est Delphine Coutant ? Je n'en sais pas beaucoup plus que vous. Une trentenaire brune au visage doux et à la voix limpide, poète et musicienne jusqu'au bout des ongles : elle joue du violon mais aussi et avec le même bonheur de la guitare, du piano, du mélodica et j'en oublie. Elle compose des musiques variées, toujours mélodiques, adaptées à la tessiture de sa voix et décide de tous les arrangements. Elle a une écriture de ses textes à la fois précise et elliptique, qui autorise à chaque auditeur les interprétations sur lesquelles il veut mettre l'accent...

Et que disent ces chansons qui vous pénètrent et vous retournent, comme une eau glacée révèle la chaleur de votre bouillonnement intérieur ? Elles parlent de la vie, des choix qu'elle impose, des écartèlements qui en découlent entre les désirs et les raisons, les attirances et les résistances, les illusoires et les possibles. Elles exorcisent le passé et ses racines tandis qu'elles envient et en même temps redoutent l'avenir et ses mystères. Elles croisent la mort et la violence et tentent de les dépasser. Elles désespèrent de pouvoir, même si peu que ce soit, changer le monde. En fait elles explorent nos propres paradoxes et incertitudes. Et tout cela, et bien d'autres choses encore, avec des vers tout en nuances et en suggestions et des musiques toutes en insinuations. Dans ses chansons, Delphine Coutant apparaît comme une femme heureuse qui se demande pourquoi elle n'est pas malheureuse, ou l'inverse. Et cette valse-hésitation autour des causes du bonheur ou du malheur fait tout le rythme et le balancement de ce disque, aussi bien entre les musiques et les textes à l'intérieur d'une chanson, qu'entre les différentes chansons. En prime, trois courtes plages de musique instrumentales font respirer l'œuvre.

Voilà encore une belle artiste (nantaise comme Liz Cherhal) dont la présence rehausserait nos festivals régionaux en recherche de prestations nouvelles et de qualité. Son album est le troisième, il est frappé au coin du talent et de l'expérience. Pour le commander, le mieux est de voir les adresses sur le site de Delphine elle-même... Dites-lui que vous l'avez découverte grâce à François sur Radio-Scarpe-Sensée, et elle vous réservera le meilleur accueil !

François

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"Des Free-Songs partout !", spectacle de Juliette Kapla et Claire Bellamy

Parler de Juliette Kapla après avoir fait une émission sur Presque Oui est assez logique : ils ont partagé les mêmes manageuses de Sostenuto, et c'est par ce biais que je l'ai connue, preuve qu'elles faisaient bien leur boulot !

Juliette Kapla a sorti en 2001 un premier CD dont j'ai extrait "La Trentaine Rougissante" que vous venez d'entendre, chanson moqueuse et humoristique dans laquelle elle retourne la situation à son avantage. Ce disque avait retenu mon attention : les chansons étaient bien écrites, longues, avec une belle évolution du propos. Je voulais voir cette chanteuse défendre ses chansons en scène. Malgré les dates proposées, ça n'a pas pu se faire tout de suite, mais j'ai fini par la voir dans un improbable bistrot parisien où les buveurs de bière faisaient plus de bruit qu'elle. Pas les conditions idéales.

Son second CD de 2005, cinq titres nouveaux, m'a encore beaucoup plus intéressé : la voix avait mûri, les chansons avaient gagné en écriture, en poésie et en musique. Très beau travail, dont je vous réserve deux titres pour la suite. Mais toujours pas de spectacles, car entre-temps, Juliette faisait du théâtre, racontait des histoires, animait des ateliers d'écriture ou des matinées pour les enfants.

Dernier contact, en mars dernier : Juliette crée un nouveau spectacle, complètement différent. Je n'ai pas pu y aller à ce moment-là, mais je l'ai vu samedi 28 novembre dernier dans une petite salle de Lille. Ca s'appelle "Des Free-Songs Partout !" C'est un spectacle en duo avec une contrebassiste, chanteuse et bricoleuse de machines d'écho, Claire Bellamy. Cette artiste-là tire des cordes de son instrument (et uniquement des cordes, pas comme d'autres qui prennent la caisse pour un tambour !) une infinité de sons qu'elle articule d'une manière intelligente et unique. Un spectacle jubilatoire si on entre dedans en abandonnant à la porte toutes les idées reçues qu'on a sur la chanson. C'est de la chanson tantôt chantée, tantôt scandée, tantôt jouée, c'est expérimental et c'est unique, ça se situe au carrefour de la chanson, du jazz, de la poésie et du théâtre. L'écriture de Juliette Kapla joue sur les mots, et leurs assonances, pulsées par la contrebasse dans tous ses états, font la musique des chansons, c'est du grand art. Les textes même les plus anodins ont un double sens comme annoncé dans Espace-Passe :

"Bienvenue dans mon espace-passe
J'ai des chansons à double fond
Et derrière l'aimable grimace
Mon guignol en sait long

Bienvenue dans mon espace-passe
Malgré mes détours de magie
Mes chansons sont à double face
Comme souvent la vie"

Tout est de cette facture-là. Ça peut évoquer ce que font Loïc Lantoine et François Pierron d'une part pour le duo paroles-contrebasse (mais en bien plus fin et subtil) et Gérard Morel ou Agnès Bihl d'autre part pour le jonglage avec les mots, les doubles sens et les contrepèteries. Je vais vous faire écouter deux extraits du spectacle, mais ça n'a évidemment pas le même retentissement que sur scène.

Allez voir ce spectacle s'il passe à proximité de chez vous. Si vous faites des programmations et avez besoin d'idées originales, faites jouer ce spectacle. Dans tous les cas, laissez-vous emporter par ces deux comédiennes et musiciennes, Claire Bellamy et Juliette Kapla, sans vous poser de questions au préalable. Et vous passerez une soirée à la fois divertissante et insolite.

François

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François Verguet. "Quatre étages".

J'ai connu François Verguet comme guitariste, lorsque avec son frère Mathieu, bassiste, il accompagnait sur scène d'autres artistes. Et comme, en baignant dans le milieu, il lui avait pris l'envie et le goût d'écrire lui-même des chansons, il était amené à en chanter deux ou trois au cours des spectacles. Et c'était un enchantement. On en concevait immédiatement une hâte de les réécouter, et une frustration de devoir nous contenter de quelques démos. Heureusement, on savait qu'un disque était en projet. Il s'est fait attendre, mais, ça y'est, il est sorti.

On peut apprécier sa voix avenante et bien timbrée qui nous offre onze chansons dont chacune, dans un registre différent, est attachante. Elles nous emmènent dans ce petit coin de son jardin où François cultive ses sensibilités dont toutes les fleurs, à leur manière et selon les saisons, y sont belles et remarquables. Ensemble, elles donnent des massifs harmonieux qui retiennent l'attention du promeneur, tantôt par le texte poétique et bien tourné, tantôt par les mélodies toutes heureuses et évidentes et tantôt par la subtilité de la guitare qui les entoure.

Et comme le jardinier choisit ses semences pour assortir les formes, les teintes et leurs successions dans le temps, François Verguet a disposé une variété d'idées et de sentiments. A la première écoute les corolles les plus lumineuses sont celles qui expriment la tendresse et la beauté des rencontres et des amours qui rendent meilleurs. Ainsi "Ca Fait Du Bien", (que vous venez d'écouter) est une jolie ballade d'une grande simplicité et d'une grande force sur la bulle de bonheur qui résulte des retrouvailles des corps. Et encore "La Motte-Piquet", (que vous allez entendre ensuite) analyse un regard affectueux porté sur un visage croisé au hasard, ou "La Gueille", sautillante et heureuse décrit une rencontre amoureuse réciproque. Certaines plantes aux couleurs plus sombres participent à l'équilibre d'ensemble en exprimant des doutes ou des craintes. Ainsi la montée de l'angoisse paranoïaque est décrite dans "Six Jours", et d'autres chansons sont plus désabusées sur l'état du monde actuel.

Ce disque est une belle illustration de la diversité des émotions, des anxiétés comme des félicités qui fleurissent dans l'esprit de chacun... Elles sont évoquées sous forme de petites compositions originales aux couleurs musicales contrastées et à la poésie séduisante. J'aurais aimé dans certains arrangements un peu plus d'imagination, l'intervention d'une clarinette ou d'un violoncelle et pas seulement le trio électrifié guitare-basse-batterie, trop systématique même s'il est maîtrisé ! J'aurais aussi aimé y retrouver l'humour d'autres belles chansons présentes dans les démos précédentes, comme par exemple "Cupidon" déboussolé, noyant ses désillusions dans l'alcool ! Mais déjà comme ça, c'est très beau, et ça se réécoute avec appétit. Très joli premier disque, riche de promesses !

Ce disque est distribué par Mosaïc Music. Vous devez pouvoir le trouver dans les magasins réels ou virtuels. Vous pouvez aussi, en dernier recours, contacter François Verguet par son site ou son myspace. Dites-lui que vous venez de la part de François de l'émission D'autres chansons sur Radio Scarpe Sensée 94.1, et il vous réservera le meilleur accueil !

François

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Katrin Wal(d)teufel, "Le Cello Woman Show".

La chanteuse que vous venez d'entendre vaut largement le détour. En spectacle, elle se présente seule sur scène avec son violoncelle qui est plus qu'un instrument d'accompagnement : c'est véritablement un partenaire à qui elle fait tenir un rôle déterminant dans son "Cello woman show". Elle est menue Katrin, son violoncelle est plus large qu'elle, et son corps disparaît derrière l'instrument lorsqu'elle l'enlace. On ne voit que sa tête qui dépasse auréolée de cheveux multidirectionnels. Mais elle maîtrise à la fois la technique et la subtilité de la couleur sonore de l'instrument, ce qui lui permet de créer des ambiances musicales différentes et variées sur ses chansons. Le spectateur a donc une première phase d'étonnement et de curiosité tant la formation scénique est inhabituelle. Il n'y a pas beaucoup d'artistes qui chantent en s'accompagnant eux-mêmes au violoncelle : je connais la québécoise Jorane, le flamand William Schotte et notre régionale Lucie Darm.

La découverte des chansons est alors une révélation de qualité... Elles sont d'apparence légères en première écoute comme celle que nous venons d'entendre qui s'attache à des détails tels que le recours au serrurier quand on a perdu ses clés ou la passage de la serpillière traquant la poussière. Mais on s'aperçoit vite que ces chansons vont plus loin et qu'elles abordent des questions beaucoup plus essentielles telles que le néant dans lequel nous plonge la mort ! Et chanter cela avec ce ton, c'est comme le dit la dernière strophe, l'équivalent d'une séance chez le psy, c'est une façon de conjurer l'angoisse de l'inconnu d'après la mort. De ce fait, on a furieusement envie de réécouter les chansons après le spectacle, et justement, Katrin vient de sortir ce disque "live". On retrouve les ambiances et les fantaisies de cette drôle de chanteuse, mais aussi les textes qui sont tout sauf anodins, et qui tous font référence à des petites ou grandes craintes qui encombrent notre esprit et tentent de s'en affranchir. C'est la peur de changer et de ne pas savoir s'adapter au changement, d'être capable de haïr plus facilement que d'aimer, de ne pas résister à la curiosité sur l'autre, de ne pas trouver les mots pour exprimer un mal-être... Ce disque est extraordinaire : il mérite d'être écouté yeux clos ou dans la pénombre pour le laisser interroger son âme : on s'aperçoit alors qu'il exprime des sentiments universels, et que son humour en permet une formulation détendue et décomplexée.

Mais c'est véritablement sur scène que Katrin est magique : elle et son violoncelle jouent et s'agitent, se tournent autour et font rire sur des propos graves. On ne voit pas l'heure passer, on passe du rire aux larmes et de la dérision à l'émotion, c'est formidable. Que tous ceux qui souhaitent des idées d'artistes à faire venir sur les scènes de la région pensent à Katrin Wal(d)teufel, ils ne le regretteront pas. Et en attendant, il faut écouter le CD "Le Cello Woman Show" sorti chez TACET, référence TCT 091101-1, qui devrait théoriquement se trouver dans les bacs des bons disquaires, réels ou virtuels.

Et si vous avez la chance de la rencontrer après le spectacle, dites lui le bonjour de François, Emission D'autres Chansons sur Radio Scarpe Sensée, elle vous réservera le meilleur accueil !

François

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Jeanne Garraud, "A côté des choses"

Cette chanson que vous venez d'entendre est une jolie métaphore poétique : les rails représentent un chemin de vie tout tracé dont le moindre écart équivaut à une catastrophe ferroviaire, mais dont le terminus est toujours obligatoirement au même endroit. C'est rassurant et confortable, mais ô combien monotone. Si on suit ce chemin sans trop se poser de questions, il sera rapidement trop tard pour regretter de n'avoir pas pris des chemins de traverse dont la curiosité et la découverte devraient compenser l'inconfort de l'incertitude. La jeune chanteuse qui a composé la mélodie et le texte de cette chanson, et qui la chante avec sa belle voix, à la fois retenue et affirmée, est de celles qui ont choisi d'explorer les chemins incertains du métier d'artiste de chansons, et peut-être parfois se prend à imaginer les commodités d'une voie moins aléatoire. Quoiqu'il en soit, cette artiste fait preuve d'une grande maturité de réflexion, et cette maturité qui anime toutes les chansons de son CD est le signe d'une vie déjà bien remplie, riche de vécus et de partages... et il n'est pas étonnant que cette chanson donne son titre à l'album.

Cette chanteuse, c'est Jeanne Garraud, une lyonnaise née au moment du décès de Brassens, dans une famille où la chanson et la musique étaient l'instrument culturel dominant. C'est donc naturellement vers la poésie et la chanson qu'elle s'est orientée après ses diplômes d'études musicales supérieures. Et après plusieurs années de scènes et de spectacles, d'interprétations des chansons des autres, elle s'est petit à petit mise à écrire et à chanter ses propres chansons. "A côté des choses", son premier CD, est une petite merveille qu'il faut écouter en la dégustant, dans une relation particulière de dialogue entre ses propres réflexions et celles de l'artiste. De sa voix douce, mais assurée et qui sait parfois s'amplifier, Jeanne vous parle de choses et d'attitudes de la vie, ou de sentiments et d'inquiétudes que vous avez déjà éprouvés et qui éveillent un écho dans votre conscience et dans votre histoire. Ça paraît même étonnant qu'une jeune artiste pas encore trentenaire ait tant exploré les replis de l'expérience amoureuse : elle redoute l'étiolement de la vie de couple, la perte du dialogue entre les amants, la raréfaction du désir, le sens de la curiosité sur la vie antérieure et future de l'autre, la sensation à la fois de liberté et d'échec consécutive à une rupture, la difficulté de trouver les mots et de pouvoir exprimer à quelqu'un son amour au bon moment... Tout cela fait des chansons attachantes, subtiles et à plusieurs degrés possibles de réception. Le plus simple est d'abord de se laisser entraîner par la belle voix et les mots de la chanteuse et de laisser les images et les souvenirs venir dans son esprit... Et puis le reste arrivera lors d'une réécoute que l'envie de poursuivre le contact provoquera inéluctablement.

Jeanne Garraud, seule en scène, est une superbe artiste dont la voix, le sourire, la présence et le jeu de piano ou d'accordéon emportent l'adhésion du public. Il faut programmer cette belle chanteuse dans notre région lors de soirée ou de festival, et on ne le regrettera pas. Et en attendant, il faut écouter son disque toutes affaires cessantes. C'est un disque autoproduit qui a reçu le prix de l'autoproduction SACEM, et a eu le coup de coeur de la défunte revue Chorus. Vous ne le trouverez donc pas en magasin, mais vous pouvez le commander en passant par le site de Jeanne : http://www.jeannegarraud.org/. Précisez que vous l'avez connu par l'émission "D'autres Chansons" de François sur Radio Scarpe Sensée, et elle vous réservera le meilleur accueil !

François

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Comédie musicale "Anna" de Pierre Koralnik,
Musique et lyrics de Serge Gainsbourg et orchestrations de Michel Colombier.
Avec Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Serge Gainsbourg.

Deux types de regards peuvent être portés sur cette œuvre.

Celui de l'archéologue y voit un objet témoin du paroxysme des "trente glorieuses" : un monde où l'argent coule à flots en particulier dans l'univers de la reine publicité, ce qui permet les extravagances de toutes sortes et la débauche de moyens pour la quête improbable d'une chimère. Mais, déjà en 1967, c'est une observation sans concession sur le milieu publicitaire qui, à grands frais, brasse beaucoup de vent pour un hypothétique résultat, en l'occurrence un fiasco ! car déjà cette bulle publicitaire aux couleurs vives et aux sonorités fortes, habitée par des éphèbes et mannequins bien habillés et disponibles, est loin de la réalité du Paris gris et laborieux et des klaxons des 404, DS 21, 2 CV ou Dauphines. Ce sont deux mondes dont l'intersection est un ensemble de plus en plus vide. Les premières séquences donnent les clés sans équivoque : ce ne sont pas des projections de peintures aux couleurs criardes qui effaceront les murs des taudis et les terrains vagues. Et le volume musical de l'omniprésente guitare électrique de ces années-là se détache comme une abstraction au dessus du bruit des trains, des moteurs et de la rue. Donc un film historiquement très daté, mais peut-être inconsciemment prémonitoire sur le retournement des valeurs !

L'autre regard est humain, il s'intéresse à la quête démesurée d'une idée de l'amour, aussi bien pour Serge qui se focalise sur un visage et des yeux, que pour Anna qui fantasme sur son beau directeur (et c'est vrai qu'il est craquant, Jean-Claude Brialy avec sa casquette de marin et son écharpe multicolore !). Dans les deux cas, seule la recherche compte et toutes les autres questions sur la personne sont esquivées derrière cette obsession. Pour les deux protagonistes l'échec final est consommé lorsqu'ils donnent une dimension humaine à l'objet de leurs rêves, et la dernière chanson est éclairante : "Je n'avais qu'un seul mot à lui dire, je t'aime, alors peut-être..." autrement dit, même si l'on est côte à côte, l'amour ne peut exister que si on se parle et se découvre mutuellement. En cela, cette comédie est annonciatrice de Je T'Aime Moi Non Plus, où faute de dialogue "L'amour physique est sans issue". Je ne sais pas si Koralnik, se plaçant dans la lignée de La Femme Au Portrait de Fritz Lang, a été conscient de cette ode à l'anamour qu'a tissée Gainsbourg dans son film. Mais sous l'angle de la collision entre le rêve d'amour et sa réalité au quotidien, cette comédie musicale n'est pas seulement actuelle, elle est éternelle.

Dans l'ambiance du film au scénario un peu léger, Gainsbourg, en subtil artisan, installe mine de rien ses chansons sur toutes les formes d'amour, du plus sordide au plus délicat, en passant par toutes les fantaisies et tous les questionnements identitaires sur le sujet. Il y a la vie des sens qui annonce bien le Gainsbarre indécent dont on endurera les facettes quelques années plus tard. Mais on trouve aussi de belles formules derrière lesquelles le manieur de mots cache toutes sortes d'obsessions ou de sentiments : "Je te chasse de mes pensées / (...) Mais tu me reviens toujours / (...) Comme un boomerang". Et surtout on admire le travail de l'orfèvre des plus belles chansons d'amour, qu'il soit imaginé, décalé ou romantique "Suis-moi jusqu'au bout de la nuit / Jusqu'au bout de ma folie / Laisse le temps, oublie demain / Oublie tout ne pense plus à rien". Que cette dernière chanson ait été reprise par des quantités d'interprètes n'a rien d'étonnant, elle est tout simplement magique, texte et musique formant un ensemble inoubliable, dans le droit fil de "Laisse-toi au gré du courant / Porter dans le lit du torrent / (...) Quittons la rive / Partons à la dérive", sa première chanson de film pour L'Eau À La Bouche quelques années plus tôt !

François

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Chloé Stéfani, "Dis-lui"

Je suis sûr que la plupart des téléspectateurs connaissent Chloé Stéfani… Ceux qui ont vu le téléfilm « Henri IV » le 11 mars 2010 sur France 3 se rappelleront sans doute de Gabrielle D’Estrées, la maîtresse du roi de France, rôle dans lequel elle resplendissait de toute sa beauté. Ceux qui ont vu la série de 8 épisodes « Le réveillon des bonnes » sur France 3 en novembre et décembre 2007 se souviendront aussi de Jeanne la boiteuse, preuve que les rôles au physique plus ingrat ne rebutent pas le talent de comédienne de Chloé… Et on pourra la revoir dans « La Très Excellente et Divertissante Histoire de François Rabelais » produite par France 2… Mais cette chronique n’a pas pour objet de dresser la liste exhaustive de tous les rôles, grands et petits, que Chloé Stéfani a interprétés sur le petit et le grand écran…

Lorsque je l’ai rencontrée en 2008, Chloé m’avait dit qu’elle écrivait des chansons et elle m’avait promis de me tenir au courant… C’est ainsi que j’ai été informé de la sortie d’un livre-disque « Dis lui » en février 2011… Le livre est de Rémi Stéfani, et le disque qui y est inséré contient dix chansons mises en musique par Vincent Stora et chantées par Chloé Stéfani qui est l’auteure de la majorité des textes. Le livre est un roman dans lequel Albertine fait en une saison l’apprentissage de l’embouchure d’un fleuve, du travail, de la perversion, de l’amitié, du vrai visage de son père, de la liberté, de l’amour et de la mort : un vrai chamboulement, la vie qui déferle sans prévenir dans une existence plane, et dont le tumulte serait de nature à perturber profondément une jeune fille fragile et peu préparée à un tel ouragan. Mais, pour Albertine, le rétablissement va prendre le chemin de l’écriture de chansons : elle chantera les désolations de son âme en même temps que ses espoirs. Et les chansons du CD auraient pu être les chansons d’Albertine : elles peuvent être écoutées en résonance avec la lecture du livre, mais peuvent aussi vivre seules, portées par la belle voix de Chloé Stéfani. Et personnellement, je conseillerais d’écouter le disque avant de commencer la lecture du roman… et de le garder pour le réécouter une fois que, la dernière page tournée, le livre aura été rangé dans les rayonnages.

Car si l’association des deux est une belle et pertinente idée, les chansons peuvent aussi se suffire à elles-mêmes. Ce sont des chansons de vie marquées par la métaphore du fleuve qui se jette dans la mer, et qui peut évoquer la fuite du temps, mais aussi les boues charriées, la purification de l’âme comme celle de l’eau, les voyages, les rencontres avec leurs corollaires l’amitié et l’amour, mais aussi l’entraînement au loin dans les tourbillons de la séparation ou de la mort. Et toujours sous-jacentes, une dose d’optimisme, une certitude que la tristesse n’est pas définitive et que la confiance en l’avenir est toujours préférable à la déprime. Et ce qui me plaît par-dessus tout, et ça ne vous étonnera pas, c’est la rédemption par l’écriture et par la chanson : prendre sa plume et exprimer ses difficultés avec des mots, des vers de la poésie et de la musique, et chanter ses résolutions et ses projets, c’est le bonheur, c’est « décrocher la lune ». J’aime quand des comédiens ou comédiennes trouvent insuffisante l’expression de leurs pensées profondes à travers des personnages ou des rôles imposés, et ont recours à la chanson comme moyen de partage de leurs vrais sentiments. Chloé Stéfani, à sa façon, nous indique la valeur salutaire de la chanson, et je lui en sais infiniment gré !

Le livre et le CD sont édités chez Casterman, et l’ensemble coûte environ 15 €, le prix d’un simple disque ! Vous trouverez ce paquet cadeau chez votre libraire, et le 16 avril prochain, Chloé Stéfani sera au « Furet du Nord » à Lille. Demandez lui une dédicace et dites que vous venez de la part de François, émission D’Autres Chansons sur Radio Scarpe Sensée, et elle vous réservera le meilleur accueil !

François

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Festival "Faites de la Chanson", Edition 2011, première chronique

Ce sera ma première chronique sur les Faites de la Chanson depuis mes chroniques « Poil à gratter » de 2009 qui avaient beaucoup démangé Christian Camerlynck. Peut-être ces chroniques – dont je ne renie pas une ligne – étaient-elles dans la forme un peu rentre-dedans, c’est la loi du genre : d’autres chroniqueurs très populaires sur les radios nationales ont fait bien pire vis-à-vis des hommes politiques ! Tout personnage qui veut avoir un affichage scénique et médiatique s’y expose, et doit par avance accepter la part de caricature que ces chroniques contiennent, c’est la rançon de la liberté d’expression ! Il n’empêche. Ces chroniques, sur le fond, traquaient des dérives et donnaient des idées qui, pour la plupart, ont été utilisées l’année suivante avec beaucoup de pertinence, lorsque Di Dou Da a enfin repris entièrement en main l’organisation et les programmations de ces Faites de la Chanson. C’est ce dernier aspect des choses qui me motive ici, à savoir donner des idées, des pistes de réflexion, des ouvertures pour les prochaines éditions…

D’abord, faisons le bilan ! Sur quel critère apprécier ces Faites de la Chanson ? En ce qui me concerne, je pense qu’elles atteignent leur objectif lorsqu’elles permettent à des artistes peu ou non médiatisés de se présenter au public, et à un public toujours plus étoffé de venir découvrir et apprécier toutes ces chansons dont il ignorait l’existence. Cela peut se jauger au remplissage des salles : je n’ai pas les chiffres, mais une impression générale : le public acquis se fidélise et assure systématiquement une base suffisante à laquelle viennent s’ajouter des nouveaux adeptes qui progressivement amplifient le nombre de spectateurs. Cette confiance d’un nouveau public dans une programmation qui lui fera passer de bonnes soirées, est un travail de longue haleine, et d’année en année on en voit les effets ; 2011 est une marche de plus dans cette montée.

Ce qui est plus facile à chroniquer, c’est la programmation… Je dirai que c’était un bon cru, et que plusieurs artistes peu ou pas connus à Arras ou ailleurs, ont rencontré un public qu’ils ont pu enchanter ou émouvoir de leurs talents. Ce fut le cas de D.U.O., d’Alain Sourigues, de Gaëlle Vignaux dans les spectacles du soir, mais aussi de Flavien Riez, Lisa Rédal, Sophie François, Solemnis ou Laurent Malot dans la cour de l’Hôtel de Guînes. Si on y ajoute le concert d’ouverture de Louis Chédid, impeccable pour le lancement, et l’hommage à Serge Gainsbourg pour la conclusion, on obtient une belle brochette qui honore le festival en accord avec ses finalités. Le cas MéliSsmelL est plus ambigu : ses chansons sont belles et émouvantes sur disque, et son personnage attachant en entretien et charismatique sur scène. Néanmoins plus de la moitié des titres sont présentés avec un habillage rock qui ferme la porte à toute compréhension des textes, et les cris quasiment inhumains de la chanteuse, ainsi que les applaudissements qu’ils suscitent, me laissent une impression de malaise : est-ce que les Faites de la Chanson ont pour objectif de convoquer un public pour qu’il assiste en voyeur à l’autodestruction d’une voix, symbole ou prélude à l’autodestruction d’une chanteuse ? J’ajoute que je ne suis pas le seul à avoir souffert à ce spectacle, il y a eu, à « La Voix du Nord » des discussions entre chroniqueurs aux avis opposés ! Reste le spectacle des Etrangers Familiers, peut-être agréable et original, mais inutile à mon sens, motivé par des considérations d’anniversaire de la mort de Brassens, et par des influences externes… Un seul hommage par festival, c’est bien suffisant, avec ce que font les amateurs dans les premières parties !

Car justement, parlons-en de ces amateurs… Que de beaux moments ils nous ont fait passer : ils ont fait revivre la diversité du répertoire aussi bien dans ses inspirations que dans son histoire. Et de façon à la fois sobre et sincère avec juste ce qu’il faut de présentation, de mise en place, de gestuelle, de coordinations et de lumières. Et ils participent à leur manière à l’attractivité que les soirées proposées exercent auprès du public. Bel équilibre réalisé là : il n’en faut pas plus, ça deviendrait prétentieux, pas moins, ce serait poussiéreux…

Quant au reste, que faut-il noter ?

• D’une part, que les spectacles ne commençaient qu’avec dix minutes de retard, ce qui est fâcheux, mais déjà un gros progrès par rapport aux demi-heures des années précédentes… Il faudrait encore raccourcir les entr’actes… Mais dans l’ensemble, il n’y eût plus de fins de spectacles trop tardives : des lillois pouvaient prendre le dernier train sans partir avant les dernières chansons et les rappels !
• Ensuite, que les petits films de présentation se justifiaient le premier soir, mais devenaient redondants les soirs suivants, et que la présentation vidéo de mi-festival aurait pu être limitée à une projection : elle faisait surtout plaisir à Télé-Gohelle. Ces partenariats tous azimuts créent des obligations et font perdre de l’indépendance et parfois de la mesure !
• D’autre part, que le pari du plein air est parfois téméraire dans nos régions, surtout pour les soirées glaciales comme celle du jeudi 23 juin…
• Enfin, que des manifestations aussi importantes que les stages, ateliers, master classes, conférences, interviews sont passés inaperçus du public pour des questions d’horaire, de climat, de localisation… Bref il y a encore à réfléchir sur bien des aménagements…

Entendons-nous bien, je suis très conscient que face à l’organisation huilée avec des bénévoles dévoués et enthousiastes, qui a fait tourner toute la machinerie du festival et a fait l’admiration de tous les observateurs extérieurs venus le temps d’une journée ou d’un spectacle, je m’attache à des détails… Mais si personne ne les dit jamais… ils ne pourront être pris en compte et je sais qu’il y a une volonté de tendre vers une organisation la plus parfaite possible, que qui est tout à l’honneur de Di Dou Da.

Enfin, dernier point qui m’est cher, le son… Il n’y eût que quatre soirées où le son fut à peu près correct, c'est-à-dire où les équilibres ont permis de comprendre les textes. Ce fut le cas de D.U.O. – parfait, de Sourigues – avec quelques réserves sans doute dues à son micro mal placé, des Etrangers Familiers parce qu’on connaissait à l’avance les paroles de Brassens, et du spectacle Gainsbourg de clôture. Pour Gaëlle Vignaux, dès que son batteur entrait en action il couvrait sa voix, pour Chédid on ne comprenait que les refrains au milieu de la forêt de guitares, et pour MeliSsmelL, on n’a pu entendre les textes que sur les chansons avec peu d’instruments. Et pour les amateurs, il n’était pas rare que le piano joué un peu forte couvre leur voix pas toujours très puissante. Je rappelle que c’est un festival qui met à l’honneur la chanson à texte. Pour un festival de musique, il y a le Main Square, où toutes les MéliSsmelL du monde peuvent aller crier dans un micro au milieu de guitares saturées… Laissons lui ce créneau, et que les Faites de la Chanson s’attachent à proposer au public des chansons intelligibles à la virgule près ! Il n’est pas nécessaire d’écrire des textes travaillés et originaux si c’est pour qu’on ne les comprenne pas !

Allez. Je vitupérerai sur les fumigènes, inutiles et allergisants une autre fois. Et je conclue sur une satisfaction de bon aloi que je ne suis pas sûr de retrouver dans d’autres festivals où je vais me rendre cet été !

François

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Festival "Faites de la Chanson", Edition 2011, seconde chronique

A présent, quelques propositions pour les prochaines Faites de la Chanson. Ce sera peut-être un peu décousu et catalogue, mais j’essaye d’inscrire mes idées dans une dynamique d’ensemble, l’objectif étant d’ouvrir les chansons des artistes peu ou pas médiatisés à un public de plus en plus fourni qui acquiert la curiosité de venir les découvrir et qui y prend plaisir.

L’un des leviers de Di Dou Da est évidemment le chant amateur qui a acquis désormais ses lettres de noblesses, d’abord avec « A corps voix », et puis ensuite avec plusieurs intervenants qui tous ont apporté leur pierre complémentaire à cette construction. Ne nous y trompons pas : le plaisir du chant amateur va de pair avec celui de la découverte d’autres chansons, d’autres artistes et du répertoire francophone. Il amène les chanteurs amateurs et leurs familles dans des salles pour des spectacles auxquels ils ne seraient peut-être autrement pas allés… et ils en ressortent heureux ! Objectif atteint. Maintenant que le chant amateur individuel de Di Dou Da est bien identifié, pourquoi ne pas prendre langue avec une chorale locale d’amateurs qui ferait de la chanson francophone, et qui pourrait être responsable d’une ou deux premières parties ? La chorale qui est intervenue dans l’hommage à Gainsbourg s’est très naturellement insérée dans le spectacle sans concurrence, mais au contraire en complémentarité avec les interventions des amateurs individuels ! C’était ma première suggestion.

Maintenant si on s’oriente vers la découverte d’artistes nouveaux, je pense qu’un seul grand spectacle au Casino est suffisant pour lancer la mécanique festivalière… L’expérience prouve que la nécessité de remplir le Casino oblige à des programmations décalées, à faire confiance à des têtes d’affiches qui considèrent avec désinvolture un petit festival de Province, bref donne des soucis inutiles tout en éloignant le festival de ses objectifs. En cas d’impossibilité absolue d’utiliser le théâtre, pourquoi ne pas viser plus petit plutôt que plus grand ? Faire des journées découvertes où plusieurs jeunes artistes (dont la somme des cachets n’égalerait pas les dépenses engagées pour une grosse production !) pourraient défendre leurs univers dans des salles de moindre dimension ? Le Pharos a déjà servi, la salle Reybaz, peu employée, pourrait être sollicitée, la salle bleue de l’Hôtel de Guînes ou la cour si le temps le permet, ou l’auditorium de 200 places qu’on envisage de construire dans le Palais Saint Vaast… On passerait d’une salle à l’autre au long de cette journée et on aurait quatre ou cinq petits concerts d’une petite heure, entrecoupés de boîtes à chansons… Si c’était un dimanche, ce serait parfait… On aurait ainsi rempli l’objectif de mettre le maximum de jeunes artistes en présence du maximum de public. Des candidats pour cette journée, je vous en trouve dix en un rien de temps, et tous valables !

Je poursuis mon raisonnement en l’éclairant différemment : si on veut que des jeunes artistes puissent rencontrer le public, il faut aussi leur donner l’opportunité de trouver des « dates » de concerts, et pour cela les faire entendre aux programmateurs de la région, pour qu’ils puissent faire, l’année suivante, d’autres concerts et rencontrer le public d’autres villes de la région : que les Faites de la Chanson soient pour eux un point de départ dans le Nord Pas de Calais, et non une apothéose sans lendemain, aussi belle fut-elle. Pourquoi ne pas faire ces journées plus copieuses et plus resserrées sur un gros week-end, pour attirer et faire venir les responsables des programmations des différentes saisons culturelles de la région au moins ? Ils se déplaceront plus facilement s’ils peuvent voir de nombreux artistes nouveaux en peu de jours, sans obligatoirement rester toute la durée du festival. Ainsi les Faites de la Chanson, par l’originalité de son offre deviendraient le lieu où les décideurs des calendriers des saisons culturelles viendraient prendre connaissance de nouveaux spectacles, rencontrer les artistes et leurs managers, chose qu’ils ne peuvent guère faire sur une manifestation qui ne présente qu’un artiste nouveau par soirée et s’effiloche sur dix jours… Donc resserrer le festival sur une semaine, pas plus, dans laquelle il y aura, assez rapprochées deux journées découvertes avec plusieurs concerts… Et, dans cette perspective, les artistes d’autres régions désireux de venir chanter dans le Nord Pas de Calais, seraient nombreux à postuler et arrangeants sur les conditions matérielles s’ils avaient la perspective de repartir avec quelques possibilités d’engagement doublés d’une couverture presse de belle qualité ! J’ajoute un dernier point là-dessus : si on veut vraiment faire de ces Faites de la Chanson un tremplin régional pour les artistes, il ne faut pas de programmations bégayantes avec ce qui s’est fait deux ou trois mois plus tôt à 20 ou 30 km : il faut une affiche complètement originale sur un rayon d’action d’au moins 50 à 60 km.

Autre levier d’action : le jeune public. J’en ai déjà parlé dans la dernière émission avant l’été en interrogeant Fabienne Marsaudon et Michel Précastelli sur ce qu’ils faisaient auprès des jeunes. Ce jeune public, c’est la relève de demain. Il faut lui redonner le goût de la chanson en lui montrant concrètement ce qu’est la chanson : quoi de plus concret que d’écrire des chansons dans des ateliers ? Dans des classes primaires volontaires, réaliser bien en amont du festival une résidence d’artiste avec atelier d’écriture de chansons et perspective d’une participation à un spectacle des Faites de la Chanson. On touche là les enfants, leurs petits camarades, les enseignants, l’école, les parents et les familles, c’est un levier important pour amener un nouveau public au spectacle de chanson, pour montrer le pouvoir, la valeur et le plaisir de la chanson. Quoi de plus en accord avec les objectifs du festival ?

Une dernière remarque sur les partenariats et leur contenu…Au cours du débat des radios associatives, les responsables de DiDouDa n’ont pas trop su quelles coopérations ils pourraient avoir dans le cadre d’un partenariat avec Radio Scarpe Sensée… Je leur en propose une, simple et flagrante. Ils sont relativement nouveaux dans le domaine de la programmation des spectacles et du choix des artistes : ils n’ont pas encore un carnet d’adresses très fourni, ce qui les rend très (trop ?) opportunistes dans leurs choix et démunis devant un désistement qu’il faut remplacer au pied levé, très dépendants des sollicitations et parfois enclins à programmer sans trop connaître. Et c’est normal, ils ne peuvent prendre connaissance de tous les dossiers qu’ils reçoivent et écouter tous les disques, aller à toutes les invitations : ils ont une autre activité professionnelle qui ne leur en laisse pas le temps. Pour ma part, je vais à certains festivals, je reçois un certain nombre de disques que j’écoute ; je fais un tri et je présente aux auditeurs plusieurs titres, ceux que je pense être dans l’esprit de l’émission et des Faites de la Chanson. Je pense donc contribuer à ma mesure à l’élargissement de leur choix. C’est une première forme de coopération complètement informelle, mais basique et évidente dont on devrait voir les effets dans les programmations. Si ce n’est pas le cas, à quoi bon chercher d’autres pistes de collaboration, compliquées et externes, et parler de coopération ?

Voilà donc quelques réflexions qui pourraient alimenter les discussions et les orientations. Maintenant, chacun est évidemment maître chez lui et agit comme bon lui semble, et en fonction de l’appréciation qu’il fait des moyens d’accéder aux objectifs qu’il se sera défini.

François

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Festival "Faites de la Chanson", Edition 2012, CHRONIQUE du 18/06/2012 CENSUREE SOUS LA PRESSION DE DI DOU DA

Le programme des Faites de la Chanson , Edition 2012…

J’ai fini la promotion des artistes programmés aux Faites de la Chanson d’Arras, édition 2012, et vous avez pu écouter leurs chansons – quand elles m’ont été envoyées par leurs productions ou leurs services de presse. Je vais vous dire dans cette chronique ce que je pense de cette programmation. Parce que, grâce à la liberté totale que m’offrait Radio Scarpe Sensée, j’ai toujours donné mon opinion, vous seriez sans doute surpris que je ne le fasse pas cette fois. Ceux qui n’ont pas envie d’entendre peuvent quitter l’écoute quelques instants !

Je ne suis pas partie prenante dans cette programmation, sur laquelle Didouda n’a jamais communiqué avec moi, sauf – à ma demande et avec un mois de retard – pour me transmettre les adresses de certaines productions d’artistes. Pour les émissions de présentation des artistes, on a considéré que j’étais une courroie de transmission acquise, je m’en suis rendu compte quand j’ai eu le programme imprimé. Et je me suis soumis, comme vous avez pu vous en apercevoir : deux spéciales Pierre Perret, une spéciale Juliette et trois émissions de présentation des autres artistes, je n’ai pas failli.

Les artistes proposés pour lesquels j’ai pu écouter les disques méritent de rencontrer le public : ils font des chansons de qualité qu’apprécieront – je l’espère – ceux qui iront les écouter et sans doute les découvrir. L’objet de ma réflexion, c’est la pertinence de leur programmation, l’adéquation entre leur présence et l’esprit du festival.

D’abord, en ce qui concerne l’hommage à Pierre Perret, je l’ai déjà dit, je ne pense pas qu’il était utile de mettre sous les projecteurs, même via son œuvre, un homme qui, récemment, s’est fait tristement remarquer. Il eût été préférable d’attendre quelques années que les esprits se calment à son sujet pour lui rendre un « hommage » ! On aurait pu honorer bien d’autres artistes, encore vivants comme Georges Moustaki ou Guy Béart, ou dont on célèbre l’anniversaire comme Boby Lapointe ou Francis Lemarque, ou originaires de la région comme Jacques Douai ou Jean-Claude Darnal. Il y avait d’autres choix bien plus judicieux.

Maintenant, la soirée d’ouverture au Casino avec le spectacle de Juliette ne peut souffrir la moindre contestation : Juliette est la preuve vivante qu’une artiste de qualité peut toucher un vaste public. En cela, sa présence est évidente, et elle remplit à merveille le rôle de « locomotive » du festival. Il n’y a pas besoin de 3 locomotives dans un train de sept wagons, une seule suffit.

Donc, les deux autres soirées au Casino sont beaucoup plus discutables : la nécessité de remplir la salle introduit dans la programmation un paramètre qui oblige à déborder du cadre strict des objectifs du festival. Ni Carmen-Maria Vega, ni à plus forte raison Richard Gotainer, n’ont besoin de DiDouDa pour rencontrer leur public et se faire un nom. Ils coûtent cher, pompent une partie du budget qui pourrait être mieux employée à d’autres promotions, et ne sont pas complètement représentatifs de la qualité de spectacle de chansons prônée par le festival. Je serai curieux par exemple d’observer comment on entendra leurs textes au milieu des décibels.

La majorité des programmations au théâtre sont beaucoup plus en adéquation avec l’esprit du festival. « Entre 2 caisses », malgré leur nom abominable, donnent un spectacle musicalement remarquable avec un choix de chansons intéressant et une belle présence scénique.
Nathalie Miravette (que j’avais suggérée depuis deux ans) a enfin été invitée en qualité de chanteuse, et ce qu’elle fait est époustouflant. Quant à Bernard Joyet, c’est un incontournable : les arrageois l’avaient découvert en 2005 et 2006. Il avait, comme Romain Didier, « essuyé les plâtres » du festival et il méritait amplement de revenir avec son nouveau spectacle. Mais, le mercredi 20 juin, on terminera tard : il y a deux parties avec des artistes, et en plus, les amateurs en lever de rideau : on aurait pu s’en affranchir comme on l’a fait sans état d’âme le dimanche et le lundi !

En revanche, la présence de Laurent Malot sent le copinage à plein nez. Certes il avait dépanné l’année dernière la défection de Gotainer. Est-ce que ça justifiait qu’on lui renvoie le « Roux-Cambaluzier » ? On ne sait rien de son spectacle, ce sera pratiquement la première à Arras, il n’y a aucun disque ! Mais la partie lumière du spectacle est signée Joël Legagneur, celui qui, justement, a été embauché par DiDouDa pour la programmation du festival (1). On n’est jamais si bien servi que par soi-même pour s’assurer de palper son pourcentage. Martin Hirsch a épinglé ce travers dans le monde politique : c’est du conflit d’intérêt. Joël Legagneur est à DiDouDa ce que Jean-François Copé est au parlement ! Pourquoi Laurent Malot a-t-il droit à un retour de monte-charge, alors que par exemple Jofroi, qui, a un nouveau spectacle rôdé (que j’ai vu) et un disque support, qui avait aussi bien dépanné lors de l’hommage à Jean Ferrat, lui, n’y a pas droit ? Parce que Joël Legagneur a fréquenté les ACP avec Laurent Malot, mais pas avec Jofroi ?
Quant à l’âme Fauve, la fille de Jean-Louis Blaire, c’est aussi un autre copinage, pour lequel didouda a fait une autre entorse à sa règle de première partie théoriquement exclusivement amateur. Mais je suis sûr que l’Ame fauve sur scène sera la révélation du festival !

Quand – par l’intermédiaire des subventions – on utilise des fonds publics, c'est-à-dire l’argent des citoyens, on se doit moralement d’être irréprochable et de ne pas prêter le flanc à la question de l’éventualité de son utilisation partisane !

J’eusse aimé qu’une partie du budget dépensé pour les soirées pharaoniques du Casino ou pour une embauche discutable, aille à la promotion d’artistes en pleine progression, que les Faites de la chanson ne contactent pas car, d’une part, il n’y a pas de créneau de première partie (réservée théoriquement aux amateurs), et d’autre part, ils ne sont sans doute pas encore assez implantés dans la notoriété pour faire une tête d’affiche de seconde partie. Des artistes comme ceux-là, je vous en ai passé des dizaines dans les émissions D’autres chansons depuis 4 saisons. On dirait que les gens du Pas-de-Calais n’ont pas le droit de les connaître ! Il y aurait à réfléchir sur cet aspect-là de la programmation. Quant à l’œuvre de longue haleine d’éducation à la chanson du public de demain par des ateliers d’écriture avec les scolaires, ce sera, comme tous les ans, pour une autre fois !

Sauf imprévu que je ne souhaite pas, le festival sera une belle fête et les festivaliers seront contents. Aura-t-il pour autant rempli toutes ses ambitions culturelles ? Je vous laisse le soin de répondre par vous-mêmes à la question au soir du 26 juin.

Je vous remercie de m’avoir prêté attention !

François

(1) Curieusement, depuis la diffusion anticipée de cette chronique qui a provoqué l'intervention de Didouda pour qu'elle soit censurée, la mention de l'auteur des lumières a disparu de tous les documents de présentation du spectacle de Laurent Malot visibles sur internet. Mais pas du document technique professionnel où Joël Legagneur apparaît nommément à la première page comme faisant partie de l'équipe qui fait le déplacement et le spectacle avec Laurent Malot. Les curieux de pièces à conviction peuvent consulter la copie de cette première page ici.

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Festival "Le 6° Son" à Liévin, édition 2012

Cette chronique introduit les 3 émissions de présentation des artistes qui viendront au festival le 6° Son à Liévin, Grenay et Sallaumines. Ce festival existe depuis une dizaine d'années, il fut au départ le seul à programmer de la chanson francophone à texte dans la région, et ce n'est pas son moindre mérite. Il propose des artistes peu programmés localement, et on y vient pour faire des découvertes. Qui dit découvertes, dit enthousiasmes ou déconvenues possibles, cela fait partie du jeu. Mais qui dit découvertes dit aussi recherches, sélections en amont et surtout aventures et risques. Rien que pour cet état d'esprit - qui a tendance à s'effilocher ailleurs où on veut des "affiches attirantes" à tous prix – le 6° Son mérite toute la reconnaissance D'autres Chansons.

Cette édition ne déroge pas à sa tradition, et propose une superbe affiche qui laisse une grande place à le jeunesse : Art Mengo et Gotainer y font figure d'anciens, Les Mauvaises Langues, Dimitri et Aldebert d'aînés, et tous les autres sont des jeunes qui cherchent à creuser leur sillon sur le chemin des spectacles. Cela est de bon augure, et fait preuve d'une exploration tenace et curieuse de ce qui éclot sur les scènes de l'hexagone. Voilà ce qu'on attend d'un festival : des artistes expérimentés qui tracent la route à l'émergence des nouveaux. Dans cet esprit, j'exprimerais deux regrets dans la programmation. Deux artistes sont déjà passés à Arras il y a trois mois. Fallait-il les reprogrammer si vite à 20 km de là ? Passe encore pour Gotainer qui peut encore drainer d'autres spectateurs. Mais "L'âme Fauve"… Si on s'en tient à ce qu'on a vu, elle a encore besoin d'apprendre complètement son métier dans des petites salles, prendre des cours de chant pour embellir certains secteurs de sa voix, savoir se tenir et se vêtir devant un public, apprendre par cœur ses textes… les programmations chez les amis de papa n'auront qu'un temps après quoi viendra celui des désillusions si l'offre qu'elle propose n'est pas plus solide et plus étoffée. Je ne suis pas sûr que ce soit un bon service à lui rendre que de la propulser sur des scènes trop grandes au lieu de lui laisser sereinement préparer son bac… et faire ses classes ! A part ce petit bémol, les douze autres artistes programmés sont, chacun dans leur genre, bienvenus.

A cette satisfaction globale de programmation s'ajoute d'autres causes de contentement. D'abord un emploi du temps serré : six spectacles sur 4 jours, et dans 3 cas sur 6, trois artistes par spectacle : en quatre jours consécutifs on peut faire plein de découvertes, et cela devrait attirer le maximum de responsables des programmations des divers offices de la culture de la région… Et ce serait bien le diable s'ils ne repartaient pas avec quelques noms à mettre à leurs affiches. Le festival aura alors mis toutes les conditions pour jouer un rôle de promoteur de la chanson dans la région, ce qui est sûrement un de ses objectifs. Espérons seulement que pour les autres festivaliers, les spectacles ne durent pas trop longtemps et ne se terminent pas trop tard.
Autre intérêt de ce festival, son ouverture aux enfants qui sont le public de demain, à qui il importe de montrer ce qu'est et a toujours été la chanson, qu'elle peut être à la fois un moyen d'expression populaire, un spectacle de qualité et un plaisir. Et à cet égard, la prestation de Manu Galure sur des chansons de Charles Trenet à des horaires scolaires est exemplaire : la jeunesse au service de la chanson de toujours. Je lui souhaite le plus grand succès auprès des enfants, et je ne doute pas qu'il leur donne le goût d'accéder à la chanson par le disque, la scène ou même le chant individuel ou collectif.

Voilà, vous l'avez compris, ce festival est dans le droit fil de l'esprit de notre émission, et vous vous en rendrez compte en écoutant les chansons des artistes invités. Je vous engage donc à aller au maximum de soirées, et je souhaite longue vie à ce festival. Et en 2013, guettez-le en octobre. Je ne suis pas souvent-là à cette époque-là, et je risque de ne pas systématiquement vous en parler : ne le négligez pas pour autant !

François

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Festival "Les Inouïes", édition 2012

Ma chronique aujourd'hui va vous sembler… anachronique dans une émission consacrée à la chanson… Mais pas tant que ça, vous verrez… Je voudrais vous parler d'un festival de musique classique qui a eu lieu à Arras et quelques autres villes et villages la dernière semaine d'Août : les Inouïes. Si je n'en parle pas ici, qui en parlera et où ? Ce sera un peu long, mais c'est parce qu'il y a tellement de bonnes choses à dire ! Ce festival est organisé tous les ans depuis plusieurs années par une association dynamique "Musique en roue libre". J'avais déjà assisté les années précédentes à certains de ses concerts. Cet été, ayant cette semaine-là du temps disponible, j'y ai participé à la fois comme spectateur payant, et comme bénévole lorsqu'il fallait donner un coup de main à l'organisation matérielle. J'ai ainsi pu voir les deux faces de ce festival attachant : dans le public et pendant le concert d'un côté, et derrière la scène avant et après le concert d'un autre. Cette approche passionnante m'a permis de pointer quelques qualités et originalités fort bienvenues de ce festival.

Je suis d'abord ébloui par la qualité extraordinaire de la programmation : des œuvres très connues et d'autres beaucoup moins jouées qui constituent des découvertes, des compositeurs classiques (Bach, Schubert, Schumann) voisinant avec des modernes vivants et venant exécuter et/ou présenter leurs œuvres, bref un éclectisme extraordinaire allié à une qualité d'écriture musicale et d'interprétation jamais prise en défaut. Des interprètes de renommée internationale voisinant avec des jeunes en pleine montée en puissance, résidant ensemble et partageant les expériences, parfois unissant leurs musiques dans la même prestation. La présentation d'instruments méconnus et pourtant très mélodieux comme l'orgue de cristal… De la musique riche et qui remplit complètement l'acoustique parfaite de la salle des concerts ou d'autres salles moins habituelles, sans besoin d'amplification électrique : la musique sans les décibels, quel véritable bonheur !

Cette programmation remarquable s'inscrit dans une volonté de rapprocher la musique des autres arts et des autres domaines culturels… Il y eu ainsi des concerts dans des salles du musée de l'abbaye Saint-Vaast, à proximité des carrosses ou dans des salles de l'hôtel de ville, dans des églises comme à Béthune ou à Bertincourt, ou simplement dans des halls et pendant l'accueil du public. Et ce dépaysement, ce choc des arts fut bienvenu et a montré aux spectateurs que la culture ne se morcelle pas en spécialités, mais que c'est un tout !

Et puis, se greffe sur ce festival des stages et ateliers de musique pour les jeunes, voire les enfants qui sont la relève du public d'aujourd'hui et dont il importe de former le goût musical au-delà du rap, de trois accords de guitare et de l'électricité !

Alors comment tout cela est-il possible ? D'abord avec une association soudée où chacun met bénévolement la main à la pâte : il n'y a pas de petite tâche ingrate pour bénévoles de seconde zone. J'ai vu à une heure du matin après un concert le président de l'association nettoyer le sol d'une salle qui devait être rendue propre le lendemain matin. Tout le monde est sur le pont, et exécute les travaux nécessaires au moment où on en a besoin : de la réalisation des repas pour les artistes à l'arrangement des salles et des églises, du transfert des matériels en camion à celui des musiciens en mini cars, de la billetterie à la réalisation des documents distribués quotidiennement aux spectateurs, il y a du travail pour tous les bénévoles et tous sont à l'ouvrage. J'ai transporté des chaises et des estrades avec des jeunes artistes qui le lendemain jouaient dans l'orchestre ou avaient conçu les affiches !

Mais bien sûr, il y a le grand ordonnateur de tout cela, Fabrice Bihan, violoncelliste de renommée internationale originaire d'Arras, et qui met au service du festival ses compétences et connaissances musicales et son extraordinaire carnet d'adresses constitué au fil de multiples concerts. Il est le directeur artistique du festival, il en conçoit la programmation, les lieux et ambiances. Il est au four et au moulin, présente les concerts et y joue du violoncelle dans au moins la moitié d'entr'eux ! Et même reclus de fatigue, il est toujours calme, souriant, gentil et disponible. Et il est secondé par Samuel Deberles, un ingénieur qui a accepté d'assurer la direction administrative et la communication du festival pendant ses congés !

Enfin, et cela a été salué par Monsieur le Maire d'Arras, c'est un festival qui ne coûte pas cher. Tout le matériel est prêté par des structures locales (Conservatoire, salle des fêtes, clubs sportifs, etc…), toute l'organisation est assurée par des bénévoles, il n'y a pas d'emploi plus ou moins complaisant dans le budget, tout l'argent récolté à la billetterie, auprès des sponsors et par les subventions est consacré à la rétribution des artistes et à leur entretien sur place. Il est remarquable que des musiciens de ce niveau et de cette renommée acceptent de rester plusieurs jours, d'animer des stages, de se mêler aux plus jeunes pour faire des résidences artistiques, de manger sur place avec tous et de loger dans un gîte pour économiser les frais d'hôtel. Quand on voit ça et qu'on compare avec les exigences de certaines productions pour d'autres festivals, on est rassuré : tous les artistes ne sont pas gangrenés par la susceptibilité, le goût du luxe et l'appât du gain ! Certains savent faire passer l'essentiel, le partage de leur art, avant d'autres considérations mercantiles ! Mais, Monsieur le Maire, la compression de la rétribution des artistes a ses limites quand même…

Surtout quand on se rend compte du rayonnement et de la renommée de ce festival dans la France entière : Radio France est venu enregistrer deux concerts et les diffuse sur ses ondes nationales le 23 septembre et le 21 octobre : toute la France musicale a connaissance de ce festival d'Arras grâce à plus de deux heures de musique retransmise, et Fabrice Bihan sera en studio pour en parler le 21 octobre.

Vous comprenez que pour moi, ce festival est exemplaire dans tous les compartiments de son activité et de sa réalisation, et je pense que certains festivals arrageois seraient bien inspirés d'en prendre modèle, et de laisser au vestiaire leurs susceptibilités et leur programmation sans envergure. Et vous tous les auditeurs de D'autres Chansons, quand l'occasion se présentera, tentez la musique classique, osez la découvrir, vous en récolterez un grand bonheur. Et en 2013, à la fin du mois d'août, je ne serai pas à l'antenne pour vous le rappeler, mais n'oubliez pas le festival "les Inouïes", un festival qui vous attend pour partager ce qu'il a de plus précieux, la musique, les musiques…

François

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J’ai toujours été touché par le chant amateur.

Le fait qu’un quidam (comme dirait Guy Béart) prenne la peine d’apprendre complètement une chanson, texte et musique, pour le seul plaisir de pouvoir la chanter in extenso et de se l’approprier mieux que par la seule écoute, c’est déjà méritoire. J’aime bien pouvoir me chanter sous la douche des chansons d’un bout à l’autre, en essayant de faire le moins de fausses notes possible : je me mets au service de cet objet éphémère qu’est une chanson et je m’octroie à bon compte trois minutes de plaisir.

L’étape suivante est de chanter en public cette chanson… Cela m’est arrivé récemment pour faire plaisir à une amie, au cours de son repas d’anniversaire ! Se pose alors la question du plaisir des auditeurs, et cela dépend évidemment du degré de conscience ou d’inconscience que l’on a de sa propre prestation et de ce qu’elle fait endurer aux autres. Au cours d’un banquet, c’est un classique et les convives applaudissent essentiellement le culot du chanteur, et accessoirement sa chanson !

Mais quand c’est un public dans une salle, qui n’a pas payé sa place pour écouter la crémière pousser sa chansonnette, mais pour l’artiste professionnel programmé ensuite, s’est-on déjà posé la question de ce qu’il pense et pourquoi – éventuellement – il applaudit ?

Le cas le plus fréquent, c’est lorsque le chanteur n’a pas fait un choix très hardi et ressort un succès. C’est casse-gueule. Dans ce cas, il est ipso facto comparé à la version originale, et souvent à son détriment ! Le spectateur fait alors l’impasse sur les imperfections d’interprétation, et se repasse dans sa tête la chanson telle qu’il l’a connue, et il applaudit alors le souvenir des émotions que cette chanson a éveillées en lui, et non le massacre qui vient d’en être fait. Au fond il crédite l’amateur de lui avoir remémoré cette chanson, point. Parfois, c’est rare, une émotion nouvelle jaillit de la prestation de l’amateur qui a su donner à la chanson des dimensions supplémentaires et les faire partager au public. Dans ce cas, les applaudissements sont plus denses, et l’amateur est conforté dans son choix… Mais, si cela devrait être l’objectif systématique, c’est plutôt l’exception et le nombre de chansons de Barbara, Brel ou Ferrat que des amateurs ont passé à la moulinette, est à mon sens excessif, et devrait inciter à limiter le chant amateur en public, s’il ne produit que cela.

Toute autre est la démarche des amateurs qui choisissent dans l’immensité du répertoire des chansons beaucoup moins connues, qu’ils font parfois redécouvrir, le plus souvent découvrir au public. Ceux-là ont toute mon adhésion, car ils se mettent – tout en se faisant plaisir – au service du répertoire qu’ils font vivre, ils donnent une nouvelle vie à des chansons qui ont eu une carrière au mieux fugace, et qui souvent se révèlent très belles et très signifiantes. Ainsi, entendre pendant ces premières parties des chansons quasi inconnues de, au hasard, Bernard Haillant, Michèle Bernard, Jacques Debronckart, Gaelle Vignaux ou Gilbert Laffaille, cela me réjouit et me procure beaucoup plus de plaisir d’écoute que des banales reprises sans relief de succès archi connus. Dans ce cas, pas de danger d’être confronté à la version initiale, et si l’interprétation est compréhensible, bien articulée et musicalement audible, je ne marchande pas mes applaudissements…

J’irai alors plus loin : la vraie justification du chant amateur est justement de se mettre au service d’œuvres de belle qualité, mais peu connues souvent pour des raisons de goulot de diffusion. Cela demande du travail de recherche, de choix, des efforts de répétition, de mémorisation, de mise en scène, mais le résultat est bien plus satisfaisant qu’une enième version écorchée de partout de « Dis quand reviendras-tu ? ». Et quand ce panel de chansons fournit la matière de toute une première partie (comme avec Nougaro) ou mieux d’un spectacle complet, alors le chant amateur se hisse aux sommets à la fois de l’efficacité, de la découverte et de l’émotion… Et les professionnels ne s’y trompent pas quand ils viennent épauler ces initiatives de leurs compétences scéniques et musicales ou de leurs parrainages.

Ainsi nous avons eu, le 13 février 2009, une soirée complète consacrée par des amateurs aux chansons de Mannick qui a honoré la représentation de sa présence et de quelques chansons. Qui connaissait les chansons de Mannick ? On les a alors découvertes ou redécouvertes de belle façon, et j’avais fait le 16 février 2009 une émission spéciale Mannick grâce à eux !

Dernièrement, le 3 novembre 2012, c’est Judith Fages et Vincent Chevalier qui nous ont concocté un superbe spectacle avec les chansons de Jacques Serizier. Qui, en dehors des habitués des cabarets ou des revues de chansons, connaissait Jacques Serizier sur Arras ? J’avais bien fait le 24 janvier 2011 une spéciale Jacques Serizier, mais qui s’en rappelle ? A trois, avec Damien Nison le pianiste, ils ont travaillé, répété, mémorisé, demandé les conseils d’une metteuse en scène, et en fin de compte nous ont servi un « Cocktail Serize » d’une qualité quasiment professionnelle… Ils ont eu l’honneur de la présence et de quelques chansons de Nathalie Solence, la veuve de Jacques Serizier, et les spectateurs sont repartis ravis, le sourire aux lèvres, ayant passé une très belle soirée et ayant fait connaissance de l’œuvre d’un artiste peu diffusé. Des disques de Jacques Serizier ont même été vendus tant les gens étaient contents de cette découverte ! Judith et Vincent ont distingué le chant amateur dans son secteur le plus noble. « Cocktail Serize » peut être rejoué à la demande sur n’importe quelle scène ou chez des particuliers, et on espère une belle carrière à ce spectacle, ce qui serait la meilleure récompense pour leur investissement et leur travail, mais surtout multiplierait le nombre de gens séduits et heureux ! Et évidemment, nonobstant l’absence remarquée de Jean-Jacques d’Amore ce soir-là, ils devraient faire une première partie aux prochaines Faites de la Chanson !

Puissent ces exemples inspirer d’autres amateurs pour des spectacles dédiés. Il y a beaucoup d’artistes dont l’œuvre est loin d’être bien connue… quelques noms… Jean-Claude Darnal, le douaisien, et je leur promets la présence d’Uta Darnal sa veuve ou de Julie Darnal, sa fille qui chanterait quelques chansons. Pierre Louki, et ils seraient mis en relation avec Georges Varenne, son fils. Maurice Fanon, et je leur promets le patronage de Joseph Moalic, son biographe. Jean-Pierre Suc, et je contacte sa sœur Mireille. Et puis encore plein d’autres Roger Riffard, René-Louis Lafforgue, Christian Stalla, Danielle Messia… On n’en finirait pas d’allonger la liste… Il y a de quoi faire pour les amateurs au service du répertoire, au moins pour ceux qui ne veulent pas se contenter de reprendre une chanson-bateau !

François

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La chanson et la Grande Halle du Gouverneur à Arras

Dernièrement, j’ai rendu visite à la veuve de René-Louis Lafforgue et nous avons eu une conversation passionnante au cours de laquelle elle m’a avoué avoir jeté tout ce qu’elle avait longtemps gardé de l’activité chanson de son mari décédé prématurément en 1967…Les artistes ont tous des archives contenant des partitions, des chansons non retenues, des programmes, des brouillons, des correspondances, des épreuves d’essais, des disques rares, des émissions radio ou télévision, des références du fichier INA, des mémoires commencées et inachevées, des photos, des collections de revues, des « presse-books » et plein d’autres choses… Ces documents sont précieux pour l’histoire de la chanson et pour tous ceux qui veulent s’y intéresser, ils demeurent la mémoire de l’artiste après qu’il a disparu : leur perte est irrémédiable. De même des professionnels, collectionneurs ou simples curieux amateurs se sont constitués une belle documentation avec des raretés voire des inédits confiés justement par des artistes ou leur famille !

Tous ces documents n’ont pas la même valeur pour l’entourage de l’intéressé. Quelques uns peuvent avoir une petite cote de revente sur internet, mais noyés dans la masse, personne ne peut dire lesquels. Les possesseurs les gardent jusqu’à leur dernier souffle : c’est un peu le sens de leur vie. Et les héritiers, bien encombrés, mettent tout à la benne à ordures. Pour un Paul Tourenne (Les Frères Jacques) qui a donné tout son fond à la bibliothèque de la ville de Paris avant de se retirer à Montréal, combien d’artistes ont tout laissé en plan, une maison pleine de souvenirs et de documents.. Les héritiers ne savent qu’en faire, et dans le meilleur des cas en stockent les cartons dans leurs greniers. Mais c’est souvent dilapidé à Emmaüs ou ailleurs. Il n’y a pas en France de structure capable de recevoir ces documents concernant la chanson, d’en faire le tri, et de constituer des fonds d’archives à la disposition de ceux qui s’intéressent à l’histoire de la chanson. Ils permettraient la réalisation de livres ou des documentaires comme par exemple celui diffusé sur Arte le 25 décembre 2012 « Il est minuit, Paris s’éveille » et qui a fait l’unanimité de la critique. Lorsqu’une médiathèque (exemple la médiathèque Dimey à Nogent) veut reconstituer un fond solide à partir d’éléments dispersés, il lui faut des années avant de pouvoir rassembler incomplètement ces choses éparpillées.

Je me dis qu’une ville qui ouvrirait un tel organisme devrait pouvoir rapidement l’enrichir. Cela constituerait un musée où seraient exposés les autographes et les costumes, une discothèque où seraient recopiés les documents sonores originaux, une vidéothèque et une bibliothèque, une structure de prêt voire une boutique virtuelle d’occasions lorsque des documents (disques vinyles, DVD, revues, livres ou partitions) seraient recueillis en plusieurs exemplaires par des legs différents. Et comme la chanson est un art vivant, il devrait aussi y avoir des espaces et scènes pour la découverte de nouveaux talents. Un tel établissement devrait évidemment intéresser les organismes des artistes (SACEM, ADAMI, etc…) qui pourraient contribuer à son financement, ainsi que le Ministère de la Culture. Il aurait une dimension nationale. Imaginez, Guy Béart, Charles Aznavour, Anne Sylvestre et bien d’autres attachés de presse ou journalistes anonymes qui lèguent par testament leurs archives à cette fondation… Elle organiserait des expositions, des festivals qui attirerait du monde. Ce genre de maison existe mais dédiée à un seul artiste. Par exemple l’Espace Félix Leclerc sur l’Ile d’Orléans près de Québec : il y a au rez-de-chaussée une billetterie, une boutique et une salle de spectacle et à l’étage des endroits délimités où sont exposés des objets ou des souvenirs, et un auditorium où chacun peut écouter au casque les chansons de Félix Leclerc de son choix.

Et bien sûr, je pense à la Grande Halle du Gouverneur à Arras, classée Monument historique, dont l’utilisation future n’est pas encore définie. Ce superbe bâtiment, avec ses 176 mètres de long, est assez grand pour y organiser des cellules (comme dans les corderies de Rochefort ou même d’Etaples), des espaces dédiés (bibliothèque, discothèque, salle d’écoute, vidéothèque, aire de projection, exposition permanente, expositions temporaires, etc…) et une salle de spectacle modulable de 100 à 200 ou 250 places, ce format de salle qui manque à Arras. Le grand parking faciliterait l’accès des visiteurs. La proximité de la Citadelle et de ses équipements futurs permettrait leur restauration, voire leur hébergement… et les inciterait à la visite des autres sites historiques et touristiques de la ville, Arras n’étant qu’à une heure de TGV de Paris. La proximité de Vimy et des canadiens donnerait aussi une ouverture sur la chanson québécoise d’une immense richesse.

Il y a là, la possibilité de rencontre entre un lieu et un besoin. Il suffirait d’un catalyseur et d’une volonté pour une recherche de financements. Si le projet pouvait avoir un début d’intérêt, il faudrait songer à la nomination d’un administrateur pour organiser sa conception, sa mise en place et la communication pour solliciter des archives d’artistes et/ou de leurs familles. Plus tard, il y faudrait du personnel (archivistes, bibliothécaires, personnels chevronnés en lecture musicale, biographes ou écrivains sur la chanson, personnel compétent pour les sites web, etc…), dans un premier temps 4 ou 5 permanents. Surtout des administrateurs discrets, économes et ayant la diplomatie nécessaire auprès des artistes et des familles. Mais tous ces paramètres se régleraient si une volonté politique se fait jour sur un tel projet. C’est pourquoi je lance cette idée auprès des décideurs publics du secteur. Ce serait bien si des réactions pouvaient enrichir le dossier et prouver que cette idée n’est pas illusoire, mais répond à un besoin.

François

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Festival "Faites de la Chanson", édition 2013

Il y a sur Arras un festival « Faites de la Chanson ». Il vous paraîtrait bizarre que je n’en dise pas un mot… Alors, je vais en parler en marchant sur des œufs car je peux parler librement en respectant toutefois l’injonction du président de Didouda en parlant de moi : « s’il utilise une nouvelle fois le micro de Radio Scarpe Sensée, reconnue et c’est hautement méritée pour son éthique et ses valeurs, pour nous porter si peu soit-il atteinte, je prendrai personnellement toutes les dispositions pour demander réparation. » Après ça je ne vois pas la marge d’appréciation qui me reste, et vous pourrez juger de leur conception de la liberté de critique… Mais, foin des intimidations comminatoires, je ferai la chronique prévue, c'est-à-dire le commentaire de ce qui, dans l’affiche, concerne ce à quoi et à qui s’intéresse l’émission « D’autres chansons »… Michèle Bernard que j’ai interrogée sur sa venue à Arras et dont vous avez pu entendre la réponse dans l’émission du 6 mai dernier, et que je vous encourage à aller voir… Et Michel Jonasz dont tout le monde dit beaucoup de bien de son spectacle actuel piano-voix, et dont nous allons écouter une chanson car je crois que c’est complet… Et ainsi se clôturera ma chronique sous haute surveillance.

Chanson de Michel Jonasz (On allait au bord de la mer)

Hors chronique car ils ne sont pas sur l’affiche, j’ai repéré sur Arras de belles programmations en cette seconde quinzaine de juin… D’abord au Théâtre, Pascal Mathieu, un orfèvre dans le maniement des mots et de la grammaire. Il a écrit des textes pour Romain Didier et il défend ses chansons sur scène. A ne pas manquer. Ensuite, toujours au Théâtre, Xavier Merlet que nous avions découvert dans l’émission le 19 avril 2010 à l’occasion de son cabaret découverte. Il nous emmène dans son monde musical extraordinaire de grandes chansons. Allez-y, vous ne serez pas déçus.

Et puis, je vois d’autres programmations très intéressantes sur Arras : L’univers très personnel de Fantine… Le spectacle extraordinaire de Claudine Lebègue « A ma zone » qui insère des chansons dans toute une dialectique de la banlieue, et qui se prolonge, non pas seulement dans un disque comme d’habitude, mais dans deux livres passionnants… Les « Free songs » de Juliette Kapla et Claire Bellamy, spectacle dont l’émission D’autres Chansons a été la première à rendre compte, c’était le 7 décembre 2009… La chronique a d’ailleurs été la seule affichée sur le site de Juliette Kapla pendant tout un temps, et je suis content d’avoir pu, si peu que ce soit, rendre service au lancement de ce spectacle. Ensuite, le 8 novembre 2010, nous avons fait tout un entretien avec Juliette Kapla, peut-être vous en souvenez-vous. Actuellement, Juliette a un second spectacle solo, toujours aux confluents de l’écriture, de la chanson, du lyrique, de la danse et du théâtre, une sorte de one woman show que je vous conseille de ne pas manquer s’il passe à proximité, et qui s’appelle « Fautes de Frappe », c’est un moment extraordinaire d’invention et de bonheur… Il y a aussi Je Rigole, dont D’autres chansons a diffusé des extraits le 17 décembre 2012, c’est plus récent, vous vous en rappelez peut-être… Et puis, il y a deux de ces lyonnais auxquels nous avons fait l’honneur de cinq émissions en février et mars 2013 : Hélène Grange et Frédéric Bobin. Ce dernier est une vieille connaissance de l’émission : on l’avait chroniqué une première fois le 5 octobre 2009, puis nous avions fait un entretien avec lui le 23 mai 2011, et nous avions rendu compte de son dernier CD le 18 février 2013... Et puis il y a encore « Question de point de vue » un groupe de chanteurs a capella au sein duquel vous reconnaîtrez la talentueuse Julie Rousseau, avec laquelle j’avais fait l’un des premiers entretiens de l’émission, le 2 février 2009 et que j’ai régulièrement diffusée depuis… Que de bonheurs vous attendent avec tous ces artistes qui se situent dans le droit fil de cette chanson que nous avons toujours soutenue dans l’émission… Malheureusement, ils sont programmés dans des salles de 85 places maximum, et tout doit sans doute être déjà plein.

François

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Chronique d’adieu

Nous sommes au terme de la 5° saison de D’autres Chansons, c’est la 214° émission…
C’est le moment de remercier toutes celles et tous ceux qui m’ont permis de faire cette émission depuis 5 ans : Carine, Hervé et Denis de Radio Scarpe Sensée qui y ont cru tout de suite, en 2008 ; Isabelle et Jean-Marie qui ont ensuite maintenu le cap dans cette voie, et ce bon Jérôme qui a toujours été un précieux allié. Merci à eux et à tous les participants bénévoles de Radio Scarpe Sensée pour la bonne ambiance dans laquelle tout cela fut fait.

Je voudrais aussi remercier tous les artistes et les personnes qui ont toujours accepté aimablement de répondre à mes questions pour les auditeurs, et ont ainsi contribué à la vie et à la qualité de l’émission, à sa vérité aussi. Je voudrais tous les citer, dans l’ordre chronologique de leurs interventions depuis 2008.
Alors, pour la saison 2008-2009, merci à Myriam Jabaly, Julie Rousseau, Liz Cherhal, Manu Galure qui n’a pas été diffusé car l’enregistrement a été rendu impropre par la superposition d’une sinusoïde de bruit !
Pour la saison 2009-2010, merci à Véronique Pestel, Alice Dézailes, Xavier Besse, Béatrice Coton, Isabelle Haas, Jeanne Cherhal, Gilles Tcherniak, Coline Malice, Laurent Berger, et Nathalie Miravette superbe conversation que vous n’avez jamais entendue car l’enregistreur, encore une fois a foiré !
Pour la saison 2010-2011, merci à Françoise Hautfenne, Annick Roux, Ludivine Faivre, Juliette Kapla, Thibaud Defever, Samuel Veyrat, Ian Zielinski, Marie-Françoise Balavoine, Bernard Joyet, Anne Sylvestre, Agnès Bihl, Gérard Morel, Nathalie Miravette, Serge Utgé-Royo, Jean-Pierre Arbon, Thibaud Defever (une seconde fois cette saison-là !), Clarika, Yves Jamait, Noah Lagoutte, Frédéric Bobin, Florian Malochet, Fabienne Marsaudon, que de beaux souvenirs
Pour la saison 2011-2012, merci à Pierre Maguelon (à titre posthume hélas !), Gaëlle Vignaux, Florian Malochet, Lucile Bayard, David Sire, Clémentine Duguet, et Samuel Leroy à l’occasion des vingt ans de Radio Scarpe Sensée.
Pour la saison 2012-2013, merci à Nathalie Miravette, Michel Orphelin, Yves Amour, Pierre et Maryse Bernard, Claudie Lafforgue, Eric Frasiak, Dany Lapointe, Marie Bobin, Audrey Antonini, Lily Luca, Coline Malice, Michel Boutet et Delphine Coutant dont vous n’avez rien pu entendre car l’enregistreur a refusé de démarrer, Marie-Françoise Balavoine, Flavia Pérez, Francesca Solleville, Xavier Lacouture, Nathalie Miravette (une seconde fois cette saison !), Gérard Morel, Agnès Bihl, Thibaud Defever, Michèle Bernard, Yves Jamait, Monique Haillant, et pour finir en apothéose, Thibaud Defever et Liz Cherhal ensemble !

Je ne me rendais pas compte avant de faire ce récapitulatif qu’ils étaient si nombreux. Les moments passés avec tous ont été pour moi de pur bonheur, et j’espère qu’ils l’ont été aussi pour vous auditeurs. Ils ont tous reconnu ma légitimité ont donné du crédit à l’émission ! Encore une fois un immense merci à tous.

Je voudrais aussi citer celles et ceux qui m’ont aidé dans la préparation de certaines émissions en me prêtant des disques ou des raretés, ou en établissant presque le conducteur… Je pense à Béatrice Coton, Ghislain Debailleul et Joseph Moalic… Grand merci à eux.

Encore, et là, je ne pourrai les citer toutes et tous, mais je remercie toutes celles et tous ceux avec qui j’ai correspondu pour obtenir des renseignements, des dates, des disques à diffuser : les artistes évidemment, mais aussi les attaché(e)s de presse, les interlocuteurs des productions, bref toutes celles et tous ceux qui, en répondant favorablement à mes demandes, ont permis d’alimenter toutes ces émissions. Merci encore

Enfin, un énorme merci à tous les poètes, musiciens, chanteuses et chanteurs, auteurs, compositeurs, interprètes pour les quelque 3 000 chansons différentes diffusées pendant ces cinq saisons. Ils ont donné à cette émission son âme et sa raison d’être.

Et le plus grand merci à vous, auditeurs anonymes ou non, qui avez écouté avec confiance toutes ces chansons que je vous ai choisies : j’ai la faiblesse de penser que vous les avez aimées.

François

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