Suite à la publication de mon regard sur l'histoire de DiDouDa, Christian Camerlynck, en désaccord avec certains points, a voulu écrire sa contribution que je lui ai promis de la publier in extenso. J'ai donc reçu le message suivant et le fait paraître comme prévu.

----- Original Message -----
From: "Christian" <chris.camerlynck@orange.fr>
To: <francois>
Sent: Monday, September 09, 2013 6:05 PM
Subject: enfin

François,
certes j'ai mis le temps mais enfin voici mon texte concernant faites de la chanson. J'ai encore beaucoup à dire.. mais je réserve cela pour un travail que j'ai commencé sur mes bientôt 35 ans de chansons et 20 ans de travail pour et avec la chanson et la pratique amateur. Je ne sais quand cela verra le jour... j'avance lentement parce qu'aussi je continue mon labeur contre vents et marées ici au Honduras et en France.
je te souhaite bonne réception. Je vais publier ce petit article sur la Faites de la chanson et mon histoire avec DI Dou DA dans mon blog.

http://christian-camerlynck.over-blog.com/

DI DOU DA … les débuts d’une collaboration de plusieurs années

En 1997 alors que je dirigeais la mise en scène des Caprices de Marianne au Venezuela, La directrice de la scène nationale de Macon, Guislaine Gouby, m’a demandé de prendre en main la création d’un spectacle avec 180 enfants des quartiers difficiles de la Ville. En 1991 la même Ghislaine m’avait demandé d’organiser pour son théâtre Edwige Feuillère à Vesoul une action chanson sur l’ensemble de l’année. J’y ai animé des actions en milieu scolaire, les premiers ateliers pour adultes, et chansons en appartement avec Romain Didier et Isabelle Mayereau.

BARAKA dirigée par Gilles Bonnevialle et moi-même, avons accepté avec enthousiasme. Une année complète avec les enseignants, 180 enfants d’origine de plusieurs cultures, dont un certain nombre de petits Kurdes. Ils sont âgés de 11à 14 ans. Avec l’aide de deux jeunes femmes en formation de DUMISTE, les enfants ont suivi un parcours de formation et de création de chansons. Des musiciens se sont joints à nous et un spectacle eut lieu le 22 juin de la même année. Salle comble, succès.

Gilles Bonnevialle rédige un texte résumant le travail dans notre FANZINE : BARAKA.

Je ne sais par quel circuit Christian Lejosne, alors Président de DiDouDa, a reçu ce petit journal. Il prend contact avec Gilles et nous voilà partis à Arras pour évoquer un projet d’un évènement DDD pour le cinquantième anniversaire de la déclaration Universelle des Droits de l’homme. Chaque année L’association organisait une manifestation avec des chansons un peu emblématique.

Fort de l’expérience de Mâcon que je raconterais peut-être un jour, tirant les enseignements, je dis qu’il me parait difficile de réaliser en 6 mois un travail sérieux avec des enfants des écoles. Après réflexion, nous convenons de commencer le projet en 1998 par une sensibilisation des différentes associations et structures susceptibles de participer à ce projet. J’ai passé cette année bénévolement. Quelques détails de mon programme, contacts avec les écoles et les enseignants, contacts avec l’école de musique rencontres avec la municipalité, les élus toutes tendances, la Ligue des droits de l’homme, création d’un comité de pilotage.

Après cette petite étude du milieu, il s’avère que beaucoup trouvent cela intéressant, mais ni croient guère. L’école de musique voudrait bien participer, mais ne peut pas. La ligue des Droits de l’Homme veut que nous donnions sa vision des Droits de l’Homme et que les enfants apprennent la déclaration de façon ludique certes, mais là n’est pas notre projet.

8 classes sont candidates, l’inspecteur de l’Education nationale est d’accord et très encourageant. Les classes sont des classes que l’on dit difficiles.

Au cours de l’une des principales réunions de rédaction du projet, j’attire l’attention de l’équipe sur quelques points importants pour moi.

1 Je tiens à ce que l’on sache que je suis un professionnel du spectacle. Chanteur, comédien, metteur en scène. Que je suis aussi un formateur. J’ai donné des cours dans des instituts universitaires de théâtre, et réalisés des mises en scène. Je ne suis pas un animateur socio-culturel. Cela me parait très important. Je tiens à ce que l’on puisse voir un artisan chanteur qui s’engage dans la vie sociale et culturelle, et non un professionnel de l’action culturelle. J’ai exercé ce métier 10 ans dans des collectivités et je connais l’importance et le sérieux de ces professions trop souvent négligées par les élus et décideurs. Mais mon action est différente.

2 Nous décidons donc en début de l’opération de produire mon spectacle au Pharos.

Ce qui fut fait. Jean Paul Roseau m’accompagne. Ma seule exigence : un bon piano à queue, et un cachet pour le musicien ainsi que le remboursement des frais de voyage. Je logerai comme toujours chez Christian Lejosne. Salle comble grâce au travail de militant des DiDouDiste formidable souvenir. Je découvre la force des militants de la chanson que sont les adhérents de DiDouDa.

3 A Mâcon j’ai été très souvent surpris de l’attitude négative de certains parents. Refus de nombreux parents d’origine Kurde que les enfants soient photographiés. Pères molestant l’instituteur (coup de poing à l’enseignant) et l’enfant parce que le bus qui les ramenait du Théâtre à l’école avait 5 mn de retard etc. incompréhension de nombreux parents de l’utilité d’un tel travail : « ça n’est pas le travail de l’école, ils sont là pour apprendre »

Je propose donc de faire des ateliers avec les enseignants dans le cadre de la formation permanente, et des ateliers OSER CHANTER (label créé par nous BARAKA, ACORPS VOIX) destinés aux amateurs, aux parents qui le souhaitent et aux adhérents de DDD. Est-il besoin de rappeler le succès de ces stages. Animés au début de l’opération par Jean Paul Roseau et Moi-même.

4 Si je suis un saltimbanque qui a quelques qualités comme pédagogue du chant pour les adolescents et les adultes, je n’ai guère de compétences musicales avec et pour un public d’enfants. En accord avec l’équipe de DIDOUDA, nous prenons une décision tout autant importante pour la réussite de cette opération.

J’ai découvert à Macon, des jeunes musiciens° DUMISTES° qui reçoivent une formation Universitaire de sensibilisateur à la création musicale. Magnifique cursus, permettant à d’excellents musiciens sachant lire et transposer la musique, d’acquérir des compétences pédagogiques LUDIQUES, pour donner envie…

Un dossier pour la création d’un poste de DUMISTE (diplôme Universitaire musicien intervenant) était sur le bureau du maire depuis plusieurs années. DIDOUDA n’a pas le budget pour engager Christian Camerlynck et un DUMISTE, je décide de ne pas me faire rémunérer pendant la première année et de consacrer le budget de l’opération au recrutement et au salaire de Christian Pruvost que je suis allé chercher au CFMI de Lille. Christian est un formidable musicien et fut un extraordinaire pédagogue pendant les trois années de l’opération « Nous chanterons les Droits de l’Homme ». Je crois que ce poste de DUMISTE existe toujours, il est désormais rattaché à l’école de Musique.

Pendant ces trois années ce sont 580 enfants qui seront concernés et qui se produiront en plusieurs fois sur la scène du Casino accompagnés de Musiciens professionnels et de techniciens du même acabit. J’aurais l’occasion dans un ouvrage en préparation, de revenir sur le processus pédagogique que nous avons imaginé pour qu’autant d’enfants soient intégrés dans notre projet. Je dois également évoquer la pertinence d’analyse de Christian Lejosne sont engagement pour trouver et mobiliser énergie et financements. Avec lui nous avons créé un comité de pilotage auquel participaient Catherine Génisson députée qui a mis sa réserve parlementaire, Frédérique Leturc alors chef de cabinet du Maire d’Arras, la rencontre avec le maire qui a adhéré assez rapidement, la complicité avec François Desmazière Adjoint à la culture, nous rencontrions aussi fréquemment Jean Jacques D’Amore et Béatrice Coton, l’inspecteur d’académie et les 8 enseignants partenaires magnifiques et très engagés dans l’action de création.

Parallèlement nous avons développé des ateliers de pratique amateur de la chanson pour adultes et adolescents qui se déroulaient dans l’auditorium de l’école de musique. Encore une fois une stratégie fut mise en place chaque stage se terminait par une fin d’A Midi portes ouvertes. Les participants invitaient leurs amis et leurs familles et devant le résultat, nombreux ce sont inscrits aux différents stages. Il faudrait y consacrer un chapitre.

Il est je pense indéniable d’affirmer que ce qui devint un moment fort et complémentaire de l’association a contribué à la visibilité de DiDouDa et à une reconnaissance de l’efficacité de l’engagement des militants dans une partie de la programmation chanson à Arras, y compris vis-à-vis du théâtre d’Arras et de sa direction.

Avant même la création de » Faites de la chanson » DiDouDa et les chanteurs amateurs des ateliers ont participé à la Fête de la musique. Je me souviens des deux premières années à la salle des concerts où Jean Paul Roseau a accompagné de 19 h à Minuit tous les amateurs qui voulaient chanter. J’animais la soirée, faisais chanter le public, et veillait avec l’équipe au bon déroulement et au rythme de la soirée. Une sonorisation retransmettait à l’extérieur les échos de la « « Fête ». Cette fête de la musique se transformait en Faites de la chanson. Et nombreux furent ceux qui s’inscriraient aux futurs ateliers pendant l’année.

Ainsi est née une amitié entre les participants et organisateurs de DDD et d’A Corps Voix. Ces actions nous ont aussi permis à ACV de perfectionner notre « pédagogie », de définir notre Philosophie au service de la CHANSON. Sans cesse nous faisions référence à ce que nous appelions une politique d’éducation Populaire. Nos activités de stages Oser Chanter que nous développions déjà un peu partout en France et ce depuis 1992, nourrissaient notre expérience.

Sollicité par le festival d’Othe et Armance pour animer un camp créatif avec des Jeunes de la Région de Troyes et de la FNACEM nous y avons rencontré un jeune comédien et metteur en scène, Augustin Beccard qui a intégré l’équipe de D’ACV. A Corps Voix organisait et continue des stages en résidentiel pendant les vacances d’été. Devant l’afflux de participants et une nouvelle coopération avec le service Culturel d’Auchy Les Mines nous avons également rencontré d’autres musiciens accompagnateurs pour répondre à la forte demande de stages.

La condition essentielle pour engager des collaborateurs est et était que ce soit des praticiens de leur art, des professionnels du spectacle qui avaient des qualités de pédagogues, de passeurs, d’accompagnateurs. Pas des Maîtres, ni des professeurs mais des passionnés, des communicants qui sachent écouter et proposer des expériences qui permettent aux participants d’avancer. Aucune audition, aucune sélection, aucun autre critère que celui d’avoir envie de tenter l’expérience du chant n’étaient demandés aux futurs participants.

Nous étions très heureux quand certains nous disaient je chante faux, je n’ai pas d’oreille, on m’a dit que j’étais nul. NOTRE travail était de les accompagner pour qu’ils découvrent que tout cela était faux. Chante, chante et on verra ce qui ce passe, et nous t’accompagnerons pour que l’expérience soit positive. Et elle l’était.

Je crois que c’est parce qu’ils avaient vécus cela avec nous que Jean Jacques d’Amore nous a alors sollicité pour que nous l’aidions à organiser un MARATHON de la chanson pour fêter les Dix ans de DIDOUDA.

Trois jours de programmation avec au programme le spectacle Anne Sylvestre, et une Interview publique de La dame par Serge Le Vaillant alors à France Inter, dans la salle des fêtes de l’hôtel de ville. Une heure et demie d’entretien dans ce cadre magnifique, plus de 200 spectateurs et 5 chansons d’Anne Sylvestre interprétées par des amateurs venus de Di Dou Da et d’A Corps Voix, pour illustré les propos. C’est au cours de ce Marathon qu’est venu aussi Romain Didier et Presque Oui que nous avons programmés au cours des autres festivals de Faites de La Chanson. Il y avait déjà une boutique de cd, des moments réservés aux amateurs, la Boite à chanson dans la cour de l’hôtel de Guînes. Ce Marathon voulait être, et fut la préfiguration d’un évènement annuel pour la chanson à ARRAS.

Merci Jean Jacques.

Le soir même nous évoquions la suite de l’aventure.

Et nous voilà arrivés à la veille de la dixième édition de, « Faites de la chanson ». Bien sûr il y a évolution. Je me suis retiré volontairement au bout de cinq ans. J’en avais pris la décision dès la création. Quand on s’accroche à un projet, cela devient un projet personnel et non plus collectif. Construire n’est pas si facile, poursuivre avec la même philosophie l’est encore moins. La philosophie d’un projet est difficile à transmettre. Pression des financiers, du public, des membres de l’association, difficile de trouver l’équilibre. Gagner du public, former le public en allant à contre-courant des médias, de la mode et pourtant ouvrir à des artistes connus et moins connus est une vraie gageure. Construire une programmation n’est pas difficile, on ouvre un carnet d’adresses et il y aura toujours des artistes prêts à participer à l’aventure, mais faire venir le public, remplir une salle pour des artistes inconnus c’est beaucoup plus difficile… Il reste à établir des plans d’action culturelle en faveur des artisans chanteurs, auteurs, compositeurs. Pour cela il s’agirait aussi de former les élus à ce que devrait être une politique culturelle qui ne soit pas un saupoudrage des moyens, mais un vrai choix. Des villes comme Tourcoing par exemple s’y attellent… souvent ce sont des bénévoles qui construisent une politique, sont-ils reconnus par les politiques je n’en suis pas sur… En tout cas je suis convaincu que Di Dou Da avec ses tâtonnements, ses réussites, ses erreurs est un acteur indispensable qu’il faut soutenir. Il faut aussi critiquer mais en privé, pas en public… Les critiques doivent s’appuyer sur ce qui marche, sur le positif seul moyen d’arriver à construire.

Croyez tous en mes sentiments les meilleurs.

Christian Camerlynck

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