Céline Caussimon et Cécile Girard, « Côte à côte » et bien en place

Ajouté par Bellart François le 8 avril 2014.

Superbe spectacle de proximité offert par ces deux artistes dans la salle Denise-Glaser, à Arras. Une prestation innovante, dans laquelle les propositions de bon goût ont fait passer à la petite soixantaine de spectateurs une soirée dont ils sortaient le sourire aux lèvres. Leur plaisir découle de cette juxtaposition de chansons et de musiques d’origines différentes, de l’inattendu que réserve chaque intervention et de l’éclectisme des sources.

Céline Caussimon chante et/ou joue de l’accordéon, Cécile Girard chante et/ou joue du violoncelle. Leur complicité est évidente au service de chansons du répertoire ou de Céline, et de compositions musicales. Sous l’archet de Cécile, jaillit un prélude pour violoncelle seul de Bach dans lequel j’ai particulièrement apprécié la subtilité et la souplesse des transitions : une petite merveille. Plus tard, elles jouent à deux une « valse chinoise » de Joseph Colombo, et une autre de Marc Perrone dédicacée à ce même compositeur et qu’elles dédient à François Cavanna. Elles se livrent aussi à une – paraît-il – improvisation mélodique sur un mot donné par le public…

Mais le talent des musiciennes se manifeste aussi dans l’accompagnement des chansons.

Celles de Céline que l’on connaît déjà (Où s’en vont les choses ?, Cerveaux dispos ou J’fais l’amour bio), cette fois habillées par le violoncelle, émeuvent ou font rire d’une nouvelle manière. Et quelques unes de son prochain disque « attendue », – qui ne devrait plus trop se faire attendre puisqu’elle a réussi à réunir les fonds nécessaires à son lancement – dont cette très forte Mes amis passeront avant.

Et toutes les belles reprises de Cécile aussi différentes qu’élégantes, surprenantes ou drôles : Saltimbanques de Guillaume Apollinaire et Louis Bessières, La dame pipi d’Eric Toulis, et une interprétation inoubliable Les fenêtres de Jacques Brel et Gérard Jouannest, une redécouverte de la progression et des images fortes de cette chanson. Elles terminent crânement avec Dans la salle du bar-tabac de la Rue des Martyrs de François Hadji-Lazaro, dans une version violoncelle-accordéon du plus bel effet. J’ai été séduit par le grand talent multiforme de Cécile Girard, prête à toutes les expériences d’utilisation de son instrument dans la veine enjouée, humoristique et émouvante et pas seulement romantique. On peut sûrement l’apprécier dans son spectacle « Violoncelle sur canapé », tous les mardis à 19 heures jusqu’au 6 mai au Ciné XIII Théâtre à Paris.

Lorsque deux artistes de cette classe s’unissent, c’est pour nous offrir un spectacle de haute couture.

Cabarets-découvertes à l’Hôtel de Guînes d’Arras

Ajouté par Bellart François le 16 avril 2014.

Ça et là, dans diverses villes de France, des associations d’amoureux de la chanson veulent faire découvrir ces artistes ignorés des médias qui proposent des spectacles de belle qualité. Par exemple, à Reims, il y a Reims-Oreille, à Chaumont, Chants de gouttière, à Toulouse Voix express et, à Arras, c’est Di dou da. Cette dernière organise six fois par an une soirée « cabaret-découverte » dans la salle Denise-Glaser (native d’Arras !) de 85 places d’un hôtel particulier, l’Hôtel de Guînes, restauré et dévolu par la municipalité à diverses activités culturelles.

Voici la programmation proposée pour la saison 2013-2014 : début novembre, Hélène Grandsire, fin novembre Clément Bertrand, fin janvier Audrey Antonini, fin février Laurent Berger, début avril Céline Caussimon et Cécile Girard dont vous avez pu lire sur ce site le compte-rendu, et pour la dernière date, début mai, le lyonnais Nico*. Pour mémoire, lors de la saison précédente, Tournée Générale, Dominique Babillote, Corentin Coko, Jeanne Garraud, Govrache et Jean-Sébastien Bressy furent programmés. Chaque spectacle accueille en première partie un chanteur amateur pour six ou sept chansons.

Cette programmation dont chacun peut apprécier le niveau est définie l’année précédente sous la houlette de Marie Delabre et Christiane Delacourte, fidèles bénévoles infatigables à cette tâche depuis des années. Elles écoutent avec attention tous les disques et démos qui leur parviennent de toute la France, et collectent les impressions des adhérents qui ont vu des spectacles-chanson dans d’autres villes ou dans des festivals. Elles organisent des réunions d’écoute où tous les militants intéressés peuvent venir discuter et voter pour les artistes qu’ils voudraient voir programmer. Cette façon ouverte de procéder, un havre de démocratie directe, favorise la concertation, et la mobilisation au sein de l’association. Ces cabarets-découvertes, ainsi que les autres cabarets de chanteurs amateurs, sont très conviviaux : ils représentent les bases de l’association, ce par quoi elle a débuté, le moyen d’amener des amis et familiers du secteur à la connaissance de cette chanson, et petit à petit d’en grossir le public local de façon solide et convaincue. Il y a quelques années, chaque soirée faisait salle comble. Cependant, il est indéniable que la fréquentation diminue progressivement, et c’est dommage, ce sont les fondamentaux de Di dou da qui s’étiolent. Les raisons doivent en être multiples, externes et internes, et peut-être qu’une plus grande présence systématique de tous, une meilleure communication avec la presse locale ou par site internet pourrait redonner à ces soirées leur attractivité antérieure et leur assise militante. Leur présentation par ces quelques lignes voudrait y contribuer !

Nico*, le goût des mots et de la formule

Ajouté par Bellart François le 8 mai 2014.

Toujours à Arras dans le cadre des cabarets-découvertes déjà évoqués, Nico* est venu de Lyon présenter son spectacle devant une « septantaine » d’amateurs de découvertes. Il avait fait le voyage avec Cécile Wouters, une pianiste au toucher subtil, originaire de Denain (qui faisait à cette occasion un petit retour dans sa région natale) et Romain Stochl, un contrebassiste plein d’idées musicales et à la rythmique rigoureuse. Cette formation s’est avérée absolument impeccable pour mettre en valeur l’univers de l’artiste avec un son réglé au cordeau par le technicien-maison Xavier Janda : pas un mot n’était recouvert alors que la musique était toujours omniprésente et ajustée. Dans les festivals ou ailleurs, on aimerait toujours bénéficier de tels équilibres sonores au service d’une diction aussi précise.

Toutes les conditions étaient réunies pour que Nico* séduise son auditoire, et il l’a fait avec beaucoup de talent. Talent de chanteur lorsqu’il a interprété Les bleus que Gainsbourg avait écrite pour Zizi Jeanmaire, Au café du Canal de Pierre Perret, Ton cul est rond d’Allain Leprest, Léo Nissim et Gilles Papiri et surtout – avec le concours de la belle voix de Cécile Wouters - Sarment d’Allain Leprest et Gérard Pierron : la salle était suspendue d’attention émue. Talent de récitant pour un somptueux C’était à l’heure des ivrognes de Bernard Dimey ou d’un de ses propres poèmes dans lequel il avoue ne rien savoir faire d’autre qu’être en vie. Talent d’auteur-compositeur dont le goût des mots et des formules était bien en harmonie avec les reprises précédentes… Il sait trouver les images et les expressions pertinentes pour les rendre visibles, et décrire par petites touches sensibles et justes la trajectoire d’une vie qui peut déboucher sur du désespoir, l’abdication des idéaux chez un quinquagénaire, le désir de disparaître et de se perdre, ou les conséquences psychologiques d’un viol, même si la victime finit par en guérir. Ses mots mettent aussi en évocation, en couleur et en animation les rêves et les désirs liés à chaque nouvelle rencontre féminine, que ce soit Lise sous la pluie, la fille du train en panne ou l’étudiante du 5° étage sous les toits, qui « sous ses doigts ressemble au 7° » !

On partage alors avec l’artiste ce qui fait son carburant intime : le besoin de rencontre, de contact avec l’autre pour faire échec à la solitude. La mise en textes et en musiques magnifiques des envies dans lesquelles se reconnaissent les spectateurs constitue le secret du succès de Nico*.

Spectacle unique aux Faites de la Chanson

Ajouté par Bellart François le 12 juin 2014.

Tout festival recherche le spectacle, sinon unique, au moins exclusif d’un petit nombre de manifestations, et non programmé dans le circuit. On vit régulièrement de tels spectacles à Barjac et aussi au magnifique festival Le Quesnoy en chanteurs (dont NosEnchanteurs devrait évidemment se faire plus fidèlement l’écho) : au cours des dernières années, sous la direction de Bernard Joyet, un grand nombre d’artistes y sont venus honorer certains de leurs aînés au cours de Fête à Boby, Fête à Boris et Fête à Anne Sylvestre (dont la diffusion d’extraits et d’entretiens m’avait permis en leur temps de réaliser des émissions de radio mémorables.) En plus du plaisir pris à la qualité de la prestation, les spectateurs apprécient cette impression d’avoir vécu un moment spécial réservé à eux-seuls. En dehors des hommages des amateurs, les « Faites de la chanson » n’avaient pas activé ce « concept » depuis, en 2010, un très réussi spectacle de Romain Didier accompagné par l’orchestre à cordes du Conservatoire d’Arras, sous la direction de Fabrice Bihan (violoncelliste arrageois de classe internationale au sein du quatuor Debussy, et directeur artistique d’un festival de musique classique Les Inouïes tous les ans en août). C’est pourquoi il convient de souligner l’initiative de l’édition 2014.

En prolongement des cabarets-découvertes animés depuis dix ans par Christiane et Marie (voir article précédent), tous les ans une chanteuse ou un chanteur passé à l’Hôtel de Guînes était invité sur la grande scène du théâtre. Cette année, c’est une idée de résidence de jeunes artistes déjà pratiquée par Christian Camerlynck en 2009 qui a été réactivée et adaptée : la soirée du 20 juin en réunira huit qui défendent dans les circuits associatifs une chanson peu médiatisée. Hervé Lapalud a été pressenti pour organiser ce spectacle et, en fonction de leurs disponibilités, a embarqué dans cette aventure Laurent Berger, Eric Frasiak, Davy Kilembé, Coline Malice, Gilles Roucaute, Julie Rousseau et Marion Rouxin (tous déjà cités dans NosEnchanteurs !). Ils sont heureux de se retrouver ou de se rencontrer et de s’atteler à ce projet commun de spectacle collectif. « La notion du partage et de l’amour de la chanson sera notre fil directeur » précise Hervé Lapalud ce qui inclut « un clin d’œil aux aînés » et donc des reprises en plus des chansons des uns et des autres. Les interprétations seront soit en solo, soit à plusieurs, voire tous ensemble de façon à obtenir un déroulement heureux, une belle rencontre. Déjà, ils sont au travail chacun de leur côté pour sélectionner les chansons et les répéter individuellement. Ils arriveront à Arras ainsi armés dès le 18 juin et auront une sorte de résidence pour peaufiner la conduite du spectacle et lui donner l’éclat qu’ils veulent obtenir. Ce sera La soirée spéciale de ce festival, à ne pas manquer, elle ne se reproduira pas !

Fait remarquable : l’activité militante au quotidien de Di dou da alimente les deux soirées les plus emblématiques du festival : « Dix ans de découvertes » résulte des cabarets et « S’ylvestre m’était contée… coup de chapeau à l’œuvre d’Anne Sylvestre » provient de la pratique du chant amateur. C’est à la fois une gratification et une exigence pour l’avenir.

Arras 2014 : se souvenir des belles choses

Ajouté par Bellart François le 22 juin 2014.

Le titre de ce beau premier film de Zabou Breitman me revient en mémoire pour identifier les spectacles de « Faites de la Chanson » à Arras dont je rends compte ici.

Le festival a débuté avec « Chansons aux enchères » de Laurent Viel, qui a déjà fait l’objet dans ce site d’une chronique très positive à laquelle je souscris globalement. Je me permets de souligner cette adhésion car – contre l’avis majoritaire à l’époque – j’avais détesté le traitement en contre-sens des chansons de Jacques Brel, je l’avais dit, écrit et argumenté, et je pourrais vous détailler les attaques dont je fus l’objet, incroyables avec le recul : ne pas aimer était interdit, le faire savoir était sacrilège. Aujourd’hui, Jacques Brel demeure pour longtemps encore vivant dans nos discothèques et sur nos platines, et les « interprétations » sont oubliées. Cette fois, plus d’ambiguïté, on vient voir Laurent Viel, et c’est du Viel pur jus : avec tous ses talents de comédien et de chanteur, il nous présente en commissaire-priseur inspiré de Bécaud un certain nombre de titres qui ont fait partie de son écosystème musical personnel dans lequel chacun peut se retrouver : il peut se laisser aller à cabotiner sur des pêle-mêle où se côtoient Sylvie Vartan, Bashung, France Gall, Dave et bien d’autres dont Mylène Farmer : on rit de la légèreté de ces chansons et de notre propre insouciance à les avoir fredonnées ! Et quand il revient gravement et sobrement à la vérité des textes d’Aragon, d’Aznavour ou de Barbara on y est d’autant plus sensibles… Le temps du spectacle passe vite, et même si la voix du chanteur donne quelques signes de fatigue, il termine par un hommage à Anne Sylvestre avec "Ça ne se voit pas du tout" absolument bienvenu dans un festival qui lui rendra hommage. Laurent Viel, grand homme de scène au service du répertoire, gravit le même chemin que Francesca Solleville, Paule-Andrée Cassidy ou Christian Camerlynck.

La seconde belle chose fut de retrouver sur place une autre grande interprète, Hélène Grange, un peu en sous-emploi sur la voie publique avec son « Échoppe aux chansons » de Brigitte et Martine. Mais, avis aux amateurs, elle propose avec Patrick Luirard un nouveau spectacle de « Chansons louf’s » décalées, excentriques et saugrenues comme dit la plaquette où son talent devrait éclater autant que dans son tour de chant précédent. À programmer impérativement. Retrouvailles aussi avec Gaëlle Vignaux en fée Bethsabée dans un très beau spectacle de chansons pour enfants qui les a entraînés dans des rêves et des réalités différentes et les a fascinés : « Léo et les fées papillon ».

Le troisième bon souvenir sera sans conteste le plateau partagé entre Valérie Barrier et Pascal Mary. La première est bien soutenue au piano par le subtil toucher de Léo Nissim ; elle nous offre au naturel ses chansons dans lesquelles elle impose doucement sa présence et sa perception du monde, son regard bienveillant sur Béni, sa patience, ses questions et ses bonheurs et c’est avec évidence qu’elle conclue « Juste accepter l’ordre des choses / Laisser crier les démons qui s’opposent »… Très attachant climat rehaussé de deux textes, l’un décrivant l’insupportable solitude et l’autre, d’Anne Sylvestre, sur le chemin de Compostelle… Et suprême élégance, elle chante "Le puceron et l’orange" a capella, comme suspendue à un fil invisible qui la relie au firmament, et sans préciser le nom de l’auteur.

Quant à Pascal Mary, il a enthousiasmé la petite salle comble (85 places !). Décontracté, accompagné par deux excellents poly-instrumentistes qui lui laissent les mains libres, pertinent et drôle dans ses transitions, il a construit son spectacle sur quelques idées fortes entre lesquelles ses chansons circulent : la critique de la société avec sérieux (Plus qu’avant) ou avec un humour ravageur (Canicule, Joyeux Noël), l’amour avec tout ce qui lui est lié, la rencontre, la rupture, la sexualité, la fidélité ou la désunion et enfin la mort qui sépare les êtres avec deux poignantes chansons "Soleil d’hiver" et "Ceux qu’on a perdus en chemin" sur laquelle il termine et qui subjugue les spectateurs. La qualité des textes, des musiques et de la voix de l’artiste au service d’une conduite au cordeau ont alternativement mené le public du rire franc aux émotions en boule qui remontent dans la gorge. Extraordinaire ambiance, dont le disque – pourtant splendide – ne peut donner qu’un aperçu incomplet.

De beaux souvenirs…

Arras 2014 : se souvenir des belles choses (2)

Ajouté par Bellart François le 24 juin 2014.

« Dix ans de découvertes », LE spectacle emblématique des « Faites de la Chanson » avait été pressenti sur ce site. On avait déjà vu et entendu il y a plus ou moins longtemps les huit participants séparément sur la scène de l’Hôtel de Guînes et on avait apprécié leurs talents respectifs. On avait écouté leurs disques ou les émissions de radio qui les avaient diffusés et on savait qu’ils ne pouvaient pas nous décevoir. C’est donc en connaissance de cause que 150 à 200 personnes, en dépit du football franco-helvétique, avaient pris ce soir-là le chemin du théâtre à l’italienne : elles ne l’ont pas regretté. Ce fut mon plus beau spectacle collectif depuis Gare à Riffard, organisé sur le même principe : dépasser les individualités et les fondre dans une petite troupe mobilisée sur un projet commun.

Dès l’entrée en scène d’Hervé Lapalud chantant Si tous les gars du monde accompagné d’une kora ouest-africaine (tout un symbole) on a compris qu’ils chanteraient la fraternité. Quand tous les autres l’ont rejoint, on a su qu’ils la vivaient déjà, que l’amitié était le ciment qui les avait rassemblés et unis dans la démarche. Ils ont mis en commun leurs voix et leurs talents différents de musiciens au service de leurs titres choisis dans l’esprit de la soirée : Julie Rousseau, puis Marion Rouxin et Laurent Berger au piano, Gilles Roucaute, Hervé Lapalud, Eric Frasiak et Laurent Berger aux guitares, Coline Malice à l’accordéon, Davy Kilembé à la basse et aux douces percussions, Hervé Lapalud à la kora et à l’harmonica.

Le spectacle s’est construit comme une fresque avec des chansons de chacun reprises au refrain et accompagnées aux instruments de façon toujours heureuse et pertinente. D’abord sont évoquées les tentations improductives ou vouées à l’échec du repli sur soi (Coline faisant crouler la salle avec son Île déserte), de l’ignorance des inégalités, de l’abomination du racisme (bouleversant Mon pays de Davy) et de l’inconscience de certains comportement (grave J’ai voté Front National de Gilles). Puis vient l’affirmation du besoin de racines (D’ici interprété quasiment en rap par Marion et le Petit Mouin de Julie) et d’insertion sociale par le travail (convaincant Monsieur Boulot d’Eric). Mais on ne peut vivre sans un regard respectueux (poignant Juste une femme d’Anne Sylvestre chantée par les trois femmes, chacune un couplet et le refrain partagé), sans une attention amicale ou amoureuse (Emouvante Elle t’attend par Laurent avec la participation de Coline) et sans la culture et le partage qui transcendent tout. Il faudrait citer tous les titres tant ils s’enchaînent bien l’un à l’autre reliés par un fil coloré d’humanisme, forment un patchwork dans lequel on reconnaît l’apport de chacune et chacun et dont l’ensemble s’affiche en une œuvre originale et flamboyante : une rare cohérence entre la forme et le fond. Ils termineront par une interprétation d’anthologie des Marquises de Jacques Brel qui boucle le cordeau et par Philistins de Richepin et Brassens a capella.

La chronique fidèle ne peut rendre qu’imparfaitement compte de la magie et de l’enthousiasme de ce spectacle où l’invention et l’imagination (trouver Quand les cigares… de Pierre Brunet pour illustrer le combat des intermittents…) font jeu égal avec l’émotion et l’humour (utiliser l’entretien radiophonique cafouilleux du début d’après-midi pour les remerciements divers !) et d’où diffuse en continu une saine et superbe complicité. Ces enfants qui sont devenus « chevelus, poètes » s’avèrent décidément indispensables pour embellir nos vies, leur donner un sens humaniste et une dynamique : on a bien de la chance de les avoir, et – chacun de leur côté ou ensemble – on leur souhaite de continuer à nous apporter un tel bonheur.

La dernière belle chose que nous ait offerte le festival fut un spectacle d’hommage à Anne Sylvestre par des chanteurs amateurs, accompagnés par l’impériale Dorothée Daniel et l’inventif Damien Nison. Vingt chansons tantôt humoristiques, tantôt graves, mises en scène par Xavier Lacouture et dont la réécoute avec une autre voix provoquait l’attention. Il faudrait doubler la dimension de l’article pour relater cette performance. Longue vie au chant amateur lorsqu’il se hisse à ce niveau et nous permet une telle redécouverte. Anne Sylvestre elle-même, très émue, ne s’y est pas trompée et nous faisons nôtres les remerciements qu’elle adressait à tous.